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théorie politique

Kriegspiele. L’Ukraine centre de conflits impérialistes

Publié le 26 Mars 2014

Kriegspiele. L’Ukraine centre de conflits impérialistes

Partout dans le monde les événements se succèdent de façon dense et rapide. En quelques jours, la lutte pour le pouvoir en Ukraine est devenue un conflit international explosif. Le monde est au bord de l’un des plus grands et des plus risqués conflits géopolitiques depuis la fin de la guerre froide. Cent ans après le déclenchement de la Première guerre mondiale, catastrophe décisive du XXe siècle, beaucoup de signes montrent que le ‘«grand jeu’« des grandes puissances pour la conquête de zones de souveraineté et d’influence, est une fois de plus entraîné dans une dynamique fatale. Ukraine – Appauvrie et sujet de luttes brutales En raison de sa position géographiquement stratégique, l’Ukraine, pays composé de plusieurs ethnies, a toujours été vigoureusement combattu par les plus grandes puissances. Comme cadre pour les Première et Seconde guerres mondiales, le pays revient sur son histoire douloureuse. Les différences régionales et socio-culturelles qui resurgissent à la lumière, ont des racines profondes. Avec l’effondrement du bloc de l’Est, le pays s’est de nouveau déporté à droite au cœur de la politique des puissances impérialistes. La question de l’orientation politique et économique de l’Ukraine est devenue plus urgente. Visiblement, le «processus de transformation démocratique» s’est achevé en Ukraine comme ailleurs en Europe de l’Est. L’ancienne et la nouvelle élite de l’appareil d’État et du parti a jeté son dévolu sur les meilleures parties de l’économie, limité ses revendications entre elles et créé un système élaboré sur le népotisme et la corruption. Ces années de transition ont été marquées par un déclin industriel rapide. Le PIB s’est effondré, tombant de 60 %. C’est seulement en 1999 que les niveaux de production de 1989 ont repris. Les années 2000-2007 ont été une brève période de reprise économique. Mais les taux de croissance de l’ordre de 7 % atteints à cette époque étaient essentiellement basés sur le prix des matières premières en général à ce moment-là, et, en particulier, sur le prix élevé de l’acier sur le marché mondial (exportation la plus importante de l’Ukraine). Lorsque la bulle spéculative a éclaté en 2007-2008, le rêve le plus cher des libéraux et des nationalistes de souveraineté économique de l’Ukraine est mort. La crise a frappé le pays de toute sa force. L’inflation a augmenté de 12,8 % (2007) à 25,2% (2008), tandis que la production industrielle a chuté de 34 % et l’endettement public a atteint des niveaux astronomiques. C’est seulement grâce à des milliards de crédits du FMI, liées aux exigences radicales de coupes budgétaires, que l’effondrement économique total du pays a été évité, au moins à court terme. Son coût, comme toujours, a été payé par la classe ouvrière. Aujourd’hui, plus de 30 % de la population vit avec un revenu qui ne permet pas de vivre. Cela affecte en particulier les vieux. 80 % des retraités ont une pension de 81€ minimum, qui, comme dit le proverbe, n’est ni suffisante pour la vie, ni pour la mort. L’Ukraine a des salaires exceptionnellement bas, et c’est précisément pour cette raison, qu’elle est intéressante pour les investisseurs étrangers comme atelier de la misère à long terme. Avec un salaire moyen de seulement 300 € et un salaire minimum d’environ 110 €, le niveau des salaires est trois fois inférieur à celui de la Pologne. Les subventions pour les loyers et les coûts de l’énergie, en cours de négociation avec l’UE, sont pratiquement les dernières barrières contre l’appauvrissement total de millions de personnes. En outre, il y a des écarts de salaires et de revenus entre la ville et le reste du pays, et entre les différentes régions du pays. Le fossé entre l’occident essentiellement agricole et l’est industrialisé (comme, par exemple, pour la région du Donetz) est particulièrement aiguë. Tout cela encourage les tendances régionalistes et aiguise les différences socio-économiques déjà traditionnelles et l’approfondissement des divisions dans la classe ouvrière. La paupérisation croissante de la population contraste avec la richesse et le pouvoir illimité des oligarques. Les 50 plus puissants oligarques contrôlent plus des deux tiers de la richesse. La majorité de leur fortune se trouve dans des paradis fiscaux étrangers. Mais, sans les clans oligarchiques, pratiquement rien ne se passe dans la politique ukrainienne. Ils ont toujours su affirmer et forcer leurs intérêts contre la grande majorité de la population. Sur l’orientation de la politique étrangère, cependant, leur opinion varie en fonction de leurs intérêts commerciaux. Bien que certains de ces oligarques parient sur le secteur énergétique de la Russie, d’autres se promettent de gros profits grâce à l’adhésion à l’UE. Ces conflits entre les clans ont joué un rôle décisif dans la détermination des événements politiques en Ukraine au cours des dernières années, conduisant à la construction des gouvernements les plus variés et à une instabilité politique croissante. Entre Bruxelles et Moscou : Ianoukovitch marchait sur des œufs. Pendant un certain temps, il semblait que le Président Ianoukovitch, désormais limogé, pourrait contenir, tout au moins, les intérêts divergents des oligarques. Ianoukovitch est souvent dépeint comme ami de la Russie. Cependant, ce qui est vrai c’est que le petit criminel Ianoukovitch était la création politique de l’oligarque pro-russe Rinat Achmetov. En termes de politique étrangère, Ianoukovitch a toujours joué l’équilibre entre l’UE et Moscou. Cette décision était fondée sur le calcul de monnayer la position géostratégique de l’Ukraine en principale voie de transport pour la livraison de pétrole et de gaz naturel de l’Est vers l’Ouest, en espèces sonnantes et trébuchantes. Une politique qui a finalement échoué, ou plutôt devait échouer. La manœuvre entre la signature du traité d’association avec l’UE et la renégociation des accords gaziers avec la Russie n’a conduit qu’à augmenter la pression des deux côtés. Alors que la Russie a menacé de fermer le robinet du gaz et de façon sporadique mené une guerre commerciale contre l’Ukraine, l’UE a insisté sur une mise en œuvre stricte des exigences du plan de sauvetage du FMI. Parmi ces exigences étaient la demande d’un gel des salaires, de la réduction des subventions pour l’électricité, des coupes drastiques dans les dépenses publiques ainsi que le relèvement du gaz et de l’énergie de 40 %. Demandes qui, dans un pays déjà appauvris comme Ukraine, conduirait à la paupérisation de millions de personnes. Ianoukovitch était tout sauf un philanthrope. Pendant sa période au pouvoir, il y a eu une série de réductions décisives en matière de sécurité sociale. Néanmoins, il ne se sentait pas en position, dans la mesure où la politique intérieure était concernée, de mener à bien le programme de coupes à la mesure de celle exigée par l’UE. Il s’est donc trouvé dans une situation de plus en plus compliquée. Alors que la dette extérieure a doublé de 75 milliards de dollars, les réserves d’or de l’Ukraine ont fondu de 37 milliards à 15 milliards de dollars. La position d’État tampon économiquement viable entre la Russie et l’UE est devenue de plus en plus intenable. Ce fut le moment où Poutine a fait un geste habile, il laissa entrevoir une perspective de crédit et de livraisons avantageuses de gaz à l’Ukraine. A la fin du traité d’association avec l’UE, Moscou a obtenu une victoire importante sur ces points. Cependant, la réponse de Bruxelles et de Washington ne tarda pas à venir. Maidan En raison de la brutalité de la police, les manifestations initialement très peu spectaculaires contre la résiliation de l’accord d’association avec UE, ont développé une dynamique particulière. L’outrance au cours de la répression, le mécontentement social et la méfiance généralisée des élites politiques corrompues ont fédéré un vaste mouvement de protestation social. Le paradoxe était, cependant, que ces éléments n’étaient pas, au premier abord, politiquement articulés, ou plutôt, ne pouvaient pas être articulés politiquement sur Maidan. Les demandes sociales n’ont pratiquement joué aucun rôle dans le mouvement. La classe ouvrière n’est pas non plus intervenue dans les événements comme une force indépendante et organisée. Au lieu de cela, les représentants des partis de l’opposition pro-occidentaux ont dominé la scène politique. En le faisant, ils pouvaient compter sur le soutien financier massif de l’UE et des États-Unis. Selon la déclaration du secrétaire d’État US Nuland, le gouvernement américain a investi près de 5 milliards de dollars depuis 1991 dans une «Ukraine prospère et démocratique » (1). Le chiffre correspondant pour l’UE n’est pas encore disponible. A travers les visites de solidarité très médiatisées des représentants de haut rang de l’UE et des politiciens, comme par exemple, le sénateur américain John McCain et le représentant de l’UE pour les affaires étrangères ou les euro-politiciens allemands : Elmar Brok (CDU) et Rebecca Harms (Verts), l’affaire a pris une dimension internationale et, en effet, une dimension géopolitique. L’escalade sur Maidan continua qui a conduit à un autre moment décisif avec l’arrivée massive de forces fascistes comme le Parti « Svoboda » et de groupes paramilitaires comme le «Secteur Droite ». Leur arrivée s’est faite grâce à des travaux préparatoires longs et systématiques. Les fascistes ont trouvé en Ukraine un terrain particulièrement fertile pour capitaliser sur la frustration et le manque de perspectives de la population. Le déplacement vers la droite du discours politique, la réhabilitation et l’ idéalisation du leader fasciste ukrainien Stepan Bandera (NDT : Stepan Bandera figure du nationalisme, fondateurs de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) en octobre 1942 et dirigeant de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN), ancien collaborateur des nazis et responsable du massacre de milliers de Juifs pendant la guerre de 1939-1945. L’UPA avait déjà été soutenu par les ‘« démocraties ’« à la fin de la deuxième guerre mondiale), à qui a été décerné à titre posthume l’honneur de «Héros de l’Ukraine» par le gouvernement «Orange» du président Yushschenko le 22 janvier 2010, donnent aux fascistes des points supplémentaires. Les positions de droite et ultra-nationalistes sont largement répandues dans l’establishment politique de l’Ukraine. Ce n’est pas par hasard que le Parti du boxeur Vitali Klitschko, l’UDAR (L’Alliance démocratique ukrainienne pour la réforme), construit et financé par la Fondation Konrad Adenauer, qui est proche de la CDU, n’a pas de problème dans l’alliance officielle avec les fascistes de «Svoboda». Les fascistes n’ont pas seulement le vent en poupe, mais encore, une bonne infrastructure organisationnelle et financière. Ainsi, ils étaient en mesure de payer les voyages en bus de leurs partisans et leur donner des indemnités journalières afin qu’ils puissent intimider et chasser de plus petits groupes, et se peindre comme les «défenseurs du mouvement contre les forces de police », en utilisant leur groupe de combat pour des affrontements de rue. Avec les tirs mortels sur Maidan, un degré d’escalade supplémentaire a été atteint conduisant finalement à un tournant. Aujourd’hui, il est encore difficile de savoir qui était exactement derrière les fusillades. En fait, cependant, sur ce point, il est de plus en plus clair que Ianoukovitch n’était plus capable d’avoir prise sur la situation. Pour cette raison, il fut de moins utile aux oligarques qui l’avaient soutenu. Comme ils se sont éloignés de lui, l’UE et principalement le gouvernement allemand, ont commencé une offensive diplomatique pour devenir maitre de la situation, sous prétexte de ‘« désescalade politique ’«. Oligarques, fascistes et Oranges maffieux: une Rada par la grâce de Merkel Le résultat de ces efforts a été la construction du soi-disant «gouvernement de transition » avec Arseni Iatseniouk, acolyte de l’oligarque millionnaire Ioulia Timochenko. En termes de politique intérieure, le remaniement du gouvernement est un réajustement mineur dans la structure complexe du pouvoir des oligarques. Ceux qui tirent les ficelles sont maintenant aux côtés de la «princesse du gaz » Ioulia Timochenko : le magnat de l’acier Sergej Taruta, le roi du chocolat Petro Porochenko, le magnat des médias Victor Pinchuk, ainsi que Igor Kolomoisky, qui, avec Gennadiy Bogolyubov, contrôlent la plus grande banque du pays qui avec une fortune estimée à 6,5 milliards de dollars, est la quatrième d’Ukraine. Rinat Akhmetov aussi, avec 11 milliards de dollars, l’un des hommes les plus riches de l’Ukraine qui contrôle la moitié de la production d’acier, de charbon et d’électricité, a fait un rapide demi-tour. «L’usage de la violence et de l’anarchie de l’extérieur est inacceptable » a-t-il déclaré. ‘« Son conglomérat de 300.000 employés qui représente l’Ukraine d’Ouest en Est et du Nord au Sud » fera tout pour maintenir l’intégrité du pays (2). Il est donc clair que cela valait la peine pour l’UE de renoncer à l’application de sanctions contre lui. Le fait que, pour la première fois depuis 1945, des fascistes déclarés sont assis dans un gouvernement reconnu et protégé par l’UE, est, cependant, une nouvelle étape qualitative. Par leur présence massive sur Maidan, les fascistes sont devenus une force politique décisive en Ukraine. Ils ont imposé plusieurs ministres et le contrôle de parties importantes de l’appareil d’État et de la sécurité ce qui encourage ses fantassins à agir violemment contre d’autres forces politiques et créer une véritable atmosphère de pogrom. Dans ce climat de peur, les organismes d’entraide juifs ont dû fournir une aide d’urgence pour les Juifs ukrainiens (3). Quelques rabbins ont appelé leurs fidèles à quitter Kiev (4). Avec l’interdiction du russe comme deuxième langue officielle, les fascistes de la Rada ont présenté une proposition visant à faire disparaître l’article du code pénal ukrainien qui punit la négation des crimes fascistes. Ces mesures ont alarmé les parties russophones à l’Est du pays. Ces craintes ne sont pas dénuées de tout fondement. Svoboda, fondée en 1991 comme ‘« parti national socialiste », n’a jamais fait mystère de son point de vue. L’un de ses objectifs principaux est le projet d’un ‘«Grande Ukraine ethniquement pure ’«. Cela implique l’abolition de l’autonomie de la Crimée ou l’intégration de la Crimée dans l’État ukrainien, la ‘«liquidation du symbolisme bolchevique », «l’entrée de l’Ukraine dans l’OTAN et la restauration de l’Etat Ukrainien en tant que puissance atomique. «Pour créer une Ukraine véritablement ukrainienne dans les villes de l’Est et du Sud ... nous devrons annuler le parlementarisme, interdire tous les partis politiques, nationaliser l’ensemble des secteurs, tous les médias, interdire l’importation de toute la littérature de la Russie ... remplacer complètement les dirigeants de la fonction publique, dans la gestion de l’éducation et le militaire (en particulier à l’Est), liquider physiquement tous les intellectuels russophones et tous les ukrainophobes (rapidement, sans procès. L’enregistrement des ukrainophobes peut être fait ici par un membre de Svoboda), exécuter tous les membres des partis politiques anti-ukrainiens...», (déclaration mise sur le forum officiel du parti en 2010) (5). Comme le leader fasciste Stepan Bandera, les leaders membres du Parti paradent en uniforme SS (6). En avril 2013, Svoboda à Lvov chemina sur les traces de la division SS Galicia. Suite à cela, des anciens SS ont reçu des médailles à Hôtel de Ville de Lvov. Néanmoins, pour l’ambassadeur de l’UE en Ukraine, ce Parti est «un partenaire d’égale valeur pour discuter avec l’UE» (7). Le gouvernement allemand également ne craint pas les contacts avec Svoboda : Svoboda peut être un parti nationaliste de la droite populiste avec des positions d’extrême droite, mais, dans le travail parlementaire, malgré des tendances d’extrême droite évidentes, le gouvernement répond par rapport à la question parlementaire (8). Elmar Brok, président de la commission du Parlement européen pour les affaires étrangères a exprimé des vues similaires (9). Svoboda n’est pas un parti qu’il aime, mais c’est celui qui a effectué le renversement de Ianoukovitch, a déclaré le politicien de la CDU, qui est intervenu lui-même avec force sur la scène de Maidan en répondant au magazine Panorama : «Tant qu’il est garanti que ce parti intervient pour l’État de droit et la démocratie en Ukraine’« tout est correct. ‘«C’est, je crois, ce qui est décisif et pas du passé’« (10). Dans le contexte d’un changement de cap vers une «politique étrangère plus entreprenante», proclamée par le Président fédéral Gauck, le paysage médiatique allemand a été élogieux pour l’«offensive diplomatique allemande» réalisée à Kiev. La République Fédérale avec le ministre des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier a «occupé son rôle de leader en Europe ». Le commentateur de la très conservatrice Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ) s’en réjouit. Sans le «travail opiniâtre et de persuasion des ministres des Affaires étrangères de l’Allemagne, de la France et de la Pologne, l’Ukraine» se serait «rapproché de l’abîme de la guerre civile ouverte. Les Américains, aussi, peuvent le voir» (11). Selon les informations de l’Office allemand des Affaires étrangères, il y avait de bons motifs stratégiques pour ce «travail opiniâtre de persuasion » : «L’Ukraine possède une série d’avantages géographique : avec près de 45,6 millions d’habitants, un nombre relativement important pour le marché intérieur, quelques secteurs de niche hautement développés, comme l’aviation et les fusées, la proximité géographique des débouchés dans l’UE et l’Europe de l’Est, un haut degré de demande de consommation potentielle refoulée et la modernisation des investissements, de bonnes conditions naturelles pour l’agriculture ainsi qu’un relativement faible niveau des salaires en conjonction avec une main-d’œuvre hautement qualifiéeˮ (12). Plus carrément et clairement compréhensible, même pour les plus stupides, le portail en ligne de Tagesschau résume les intérêts allemands en un mot. L’Ukraine possède également «un intérêt militaireˮ pour la Russie et l’UE, car «la flotte russe de la mer noire se trouve ancrée en Criméeˮ. En tant que deuxième plus grand État européen de la zone (après la Russie), il est le «grenier à blé de l’Europe», et, en plus, une «pièce important pour le projet russe d’Union eurasienneˮ. En liant l’Ukraine au traité de libre-échange prévu, les Européens pourraient, cependant, «élargir leurs débouchés et assurer un accès plus facile à l’Ukraine pour les matières premières et les ressources naturelles» (13). Cette situation évoque les souvenirs traditionnels et de stratégie d’expansion allemande. A travers l’exemple de l’orange, qui du point de vue d’aujourd’hui est très approprié, pour l’ancien cerveau des Affaires étrangères allemandes, Paul Rohrbach (1869-1956) qui avait expliqué les objectifs de «l’Ostpolitik » visant la Russie dans les termes suivants : «comme ce fruit constitué d’éléments individuels qui sont facilement séparables les uns des autres, l’Empire russe se compose de pièces différentes : les provinces baltes, l’Ukraine, la Pologne et ainsi de suiteˮ. S’il arrivait que ces pièces étaient ‘«détachées avec succès les unes des autres en acquérant une certaine autonomie, il serait « facile de préparer la fin du Grand Empire russeˮ (14). Ainsi, aujourd’hui, cette «théorie de la décomposition» s’est heurtée au réel. Les fractions de l’orange individuellement sont bien pourries. L’Ukraine économiquement est épuisée et en faillite. Par conséquent, la politique de l’extension à l’Est se montre très risquée car coûteuse. En outre, il reste encore à prouver que le «leader européen », l’Allemagne, a bien joué, en plaçant ce conflit sur cette nouvelle trajectoire. La lutte pour l’Eurasie – Le Grand Jeu s’enflamme. L’apparition des différentes ‘«forces d’autodéfense’« et les formations cosaques mises en avant par Moscou en Crimée est plus ou moins originale, mais n’étaient guère nécessaires dans les régions du Sud-Est de l’Ukraine. Les événements de Kiev ont amené à ébullition les tensions et les aspirations séparatistes. Avec un mélange diffus de propagande consistant à une phraséologie « antifasciste », la nostalgie soviétique et le nationalisme grand-russe, Moscou tente de rendre cet état d’esprit encore plus chaud, et de le pousser à l’offensive. La Crimée a une valeur particulièrement forte en tant que symbole nationaliste. En outre, elle est d’un grand intérêt stratégique. La perte de la Crimée et de Sébastopol, comme point d’appui de la flotte, serait décisive et limiterait la marge de manœuvre de la Russie dans la Méditerranée et la région du Caucase. Même en 2008, pendant la guerre en Géorgie, la Crimée a été l’objet de conflits vigoureux lorsque le président ukrainien, alors pro-occidental, Viktor Iouchtchenko avait menacé de ne pas renouveler le traité régissant le stationnement de la flotte russe de la mer Noire. Toutefois, il s’agit de bien plus que de la Crimée. La crise actuelle n’est pas moins que l’aboutissement d’une longue série de conflits inter-impérialistes. Nous sommes conscients que l’adhésion de l’Allemagne réunifiée à l’OTAN a compliqué la question. Pour nous, cependant, une chose est sûre : l’OTAN ne sera pas étendue d’elle-même vers l’Est. [...] pour le reste, en ce qui concerne la non-extension de l’OTAN, c’est plus général. Genscher, le ministre allemand des Affaires étrangères avait donné ces assurances à Cheverdnadze, le négociateur soviétique de l’époque, en marge de la conférence du Traité «Deux plus Quatre». Il a été enregistré le 10 février 1990 et a longtemps été tenu secret (15). En fait, c’est le contraire qui s’est produit. L’OTAN a été systématiquement étendue vers l’Est. En 1999, la Pologne, la République tchèque et la Hongrie adhérent à l’OTAN. Cinq ans plus tard, les républiques baltes de Lituanie, de Lettonie et d’Estonie ont suivi, ainsi que la Bulgarie, la Slovaquie et la Slovénie. En 2009, l’Albanie et la Croatie ont rejoint la ligue militaire occidentale. Les plans pour un parapluie américain antimissile en Europe, les guerres en Irak, le conflit en Syrie et le spectacle multicolore comme «la révolution des roses» en Géorgie en 2003, «la révolution orange» en Ukraine en 2004 et «la révolution des tulipes » au Kirghizistan en 2005 sont des causes supplémentaires de conflit. La Russie a réagi à cet encerclement avec le projet d’«Union eurasienne». Sur le même modèle que l’UE, le Kremlin avait prévu de construire un bloc économique commun qui comprendrait la Biélorussie, l’Arménie, le Kazakhstan, le Tadjikistan, le Kirghizistan et l’Ukraine. L’ancien ministre des Affaires étrangères des États-Unis, Hillary Clinton a décrit ce projet, non sans raison, que la «recréation de l’Union soviétique». Avec la création de l’’«Union eurasienne ’«, une nouvelle vigueur politique de sécurité et militaire dominée par la Russie devait émerger entre la Chine et le «monde occidental». Notamment en raison du contrôle géostratégique des matières premières importantes et des routes de l’énergie, un puissant contrepoids aux États-Unis et à l’UE s’est développé. Déjà, au cours de la guerre en Tchétchénie, Moscou a prouvé sa détermination à défendre ses frontières extérieures de toutes ses forces dans la région du Caucase d’une grande importance stratégique. Après la guerre en Géorgie en 2008 les ambitions occidentales ont reçu une rebuffade claire tandis que des points de victoire importants ont été remportés contre les États-Unis dans le bras de fer diplomatique en Syrie. Cependant, avec la question ukrainienne, qui joue un rôle clé dans les plans d’avenir d’«Union eurasienne «, nous en sommes aux choses sérieuses. Selon Zbigniew Brzezinski, l’éminence grise de la géopolitique des États-Unis, dans son livre Le grand échiquier : la suprématie américaine et ses impératifs géostratégiques – sans l’Ukraine la Russie n’est plus une puissance eurasiatique. Selon lui, son existence en tant qu’État indépendant contribue à la transformation de la Russie. L’Ukraine est considérée comme le pivot géopolitique ; explicitement, dans la situation actuelle, le succès résolu de l’Occident est nécessaire. Afin de se préparer à tous les cas, l’OTAN devrait mettre en œuvre ses plans d’urgence et le stationnement de plus de troupes en Europe centrale (16). «Si l’UE est sérieuse dans la volonté de jouer un rôle dans le monde, il faut commencer ici », selon Brzezinski, à nouveau (17). L’objectif stratégique de cette politique peut se résumer en une formule simple : qui gouverne l’Eurasie, dirige le monde. Pour cette raison, l’influence de la Russie doit être repoussé et, à la fin, brisée. La Russie, logiquement, ne restera pas et ne laissera pas cela se produire. La perte de l’Ukraine serait un énorme revers pour ses propres ambitions de grande puissance. Moscou va donc utiliser tous les moyens politique de puissance pour empêcher l’intégration totale de l’Ukraine dans l’Ouest et dans l’OTAN, et / ou de séparer d’autres régions de l’Ukraine du Sud et de l’Est aux côtés de Crimée. Franchement bons amis : la dynamique géopolitique de la crise Car en considérant l’attitude dure de la Russie, des divergences se font jour entre l’UE et les États-Unis. Alors que les États-Unis et les pays de l’Est européens de l’OTAN : la Pologne, la Lituanie, l’Estonie et la Lettonie insistent sur des mesures plus sévères contre la Russie, le gouvernement allemand est sur une ligne plus modérée. C’est parce que – mais pas seulement parce que – des efforts de l’Allemagne sont faits pour garder et utiliser une «marge de manœuvre diplomatique». L’Allemagne obtient 40 % de son gaz naturel et 35 % de son pétrole de la Russie, le volume des investissements des entreprises allemandes en Russie s’élève à 22 milliards de $. Il y a donc un risque dans ce match. Le calcul de la concrétisation de ventes de l’Ukraine à l’Ouest s’est rapidement avéré être une croyance erronée et fatale. Dans le même temps, on doit admettre que, à la lumière de la situation créée à Kiev, on ne peut pas vendre la peau de l’ours russe avant le l’avoir tué. « L’étape trois était toujours dans mon esprit. Aujourd’hui c’est plus ferme», a déclaré la chancelière Angela Merkel après le sommet extraordinaire de l’UE du 6 mars qui a décidé, pour la première fois depuis la fin de la guerre froide, d’un plan de sanctions contre Moscou en plusieurs étapes (18). Alors que les États-Unis peuvent rester indifférents aux préoccupations économiques et politiques de l’UE et de l’Allemagne en particulier. Ils ne sont pas particulièrement en affaire avec la Russie que ce soit avec la politique énergétique ou économique. Or, après leurs déboires dans le conflit syrien et des problèmes avec l’affaire de la NSA, les États-Unis voit maintenant la chance de regagner un peu le terrain perdu. L’ambiguïté et les constellations fragiles des intérêts des États de l’ouest rendent la situation que plus dangereuse. Le fait que la Chine ait récemment intensifié son budget militaire de façon gigantesque à 95,9 milliards €, témoigne du caractère explosif de la dynamique de la crise géopolitique actuelle (19). Jusqu’à présent, la Chine s’est exprimée en des termes assez sobres et retenus. A long terme, cependant, la liaison de l’Ukraine à l’Ouest affectera également d’importantes questions économiques et les intérêts stratégiques de Pékin. La Chine a investi des milliards dans des projets en Ukraine et, dans le cadre de «l’Organisation de coopération de Shanghai», elle est la poursuite d’une politique de coopération économique et militaire étroite avec la Russie afin de repousser l’influence des États-Unis en Asie centrale. Par conséquent, il est ne faut pas présumer du fait que Pékin va occuper une position de neutralité dans en cas de l’aggravation du conflit. Il n’y a jamais un « bon côté » dans la guerre impérialiste. La présente querelle sur les «sanctions», «solutions diplomatiques» et « réactions militaires » conduit à un jeu dangereux. Un jeu qui se joue pour des enjeux élevés et avec des alliances changeantes. Un jeu où tout le monde est le prochain à en pâtir. Les slogans «intégrité territoriale», «autodétermination nationale» et « souveraineté de l’État » ne représentent (comme toujours) que l’accompagnement musical et idéologique pour le match. Le rythme est assuré par la crise qui, en dépit de toutes les déclarations officielles, est de plus en plus et a maintenant apporté la lutte de nos dirigeants sur des zones de pouvoir et d’influence à une tête. Le désordre actuel n’est donc pas simplement la conséquence du travail de quelques États ou de politiciens égarés, mais «le produit d’une étape particulière de maturité dans le développement mondial du capital, la condition internationale innée, le tout indivisible, qui est reconnaissable seulement dans toute les relations, et dont aucune nation ne peut rester à l’écart.» (Rosa Luxembourg). Par conséquent, il serait fatal de penser qu’un «bon côté» peut être choisi ou que nous pouvons espérer un ‘« moindre mal ». Choisir son camp dans la partie de poker du pouvoir ukrainien, et opter selon son humeur pour le processus de la « démocratie par en bas » à Maidan, ou le «droit à l’autodétermination nationale » ou le soi-disant «antifascisme» avancé par la politique de Poutine, c’est faire fausse route. Ce genre de «positionnement tactique» est étroitement lié avec les prétextes de nos gouvernants et contribue à la cimentation idéologique de la situation actuelle. La défense de la «Nation» et de la «Patrie» toujours est partout le moyen de la défense du capitalisme, système social qui entraîne l’humanité toujours plus loin dans le chaos, la guerre et la barbarie. Il n’y a aucun nationalisme qui, de toute façon, soit ‘«progressiste» ou «sain». Le nationalisme peut prendre les formes les plus variées, mais il mène toujours et partout à l’identification de ses propres exploiteurs. La seule façon de sortir de ce dilemme consiste à se libérer de «la tutelle de la bourgeoisie, exprimée par l’influence de l’idéologie nationaliste» (Rosa Luxembourg), ne se souciant guère de la nation et l’emplacement, et en prenant la lutte pour ses propres intérêts. Les grèves et les mouvements sociaux qui s’échappent de l’État et du contrôle des syndicats, ont toujours été le seul travail réaliste pour la paix. Cela exige un cadre politique organisé, la construction d’une organisation communiste international et internationaliste qui soit en mesure de faire la lumière sur un point de vue au-delà de la spirale mortelle du capitalisme de crise et de guerre. Ce ne sera pas facile. Cependant, face aux pouvoirs destructeurs déchaînés du capitalisme, il n’y a pas d’autre alternative. «La folie ne cessera et les démons sanglants de l’enfer ne disparaîtront que lorsque les travailleurs [...] enfin réveillés de leur stupeur, tendront leurs mains fraternelles, étoufferont le chœur bestial des fauteurs de guerre impérialiste et les cris stridents des hyènes capitalistes, avec le vieux et puissant cri de guerre des travailleurs : «Prolétaires de tous les pays, unissez-vous!». Ce que Rosa Luxembourg a écrit il y a près de 100 ans au milieu de la tourmente de la guerre impérialiste mondiale. Des mots qui, surtout aujourd’hui, sont toujours appropriées. JW 1) voir http://www.state.gov/p/eur/rls/rm/2013/dec/218804.htm 2) http://www.n-tv.de/wirtschaft/Kiew-ruft-die-Oligarchen-article12398316.html 3) http://www.timesofisrael.com/jewish-agency-to-send-emergency-aid-to-ukraine-jews/ 4) http://www.jewishpress.com/news/breaking-news/ukrainian-jews-urged-to-leave-kiev/2014/02/23/ 5) http://www.wsws.org/en/articles/2014/03/06/pers-m06.html 6) de la TV russe : station Rossiya 1: https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=ZyNxNffaCs8 voir : http://www.worldjewishcongress.org/en/news/13869/wjc_urges_ukrainian_orthodox_church_leader_to_act_against_glorification_of_nazi_soldiers 7) Interview de Focus, 21 décembre 2013 8) http://dip21.bundestag.de/dip21/btd/17/146/1714603.pdf 9) Elmar Brok peut regardersa rapide montée. En 2007, on l’a appelé : “Pipe-smoker of the Year”. L’Euro-politicien s’est déjà impliqué en Ukraine depuis longtemps. Il est intervenu pour la libération de Timochenko. Son attachement à la démocratie et aux droits de l’homme de Kiev se combine avec des visites de maisons closes, et des commentaires désobligeants sur les femmes ukrainiennes. Le groupe des FEMEN critique son comportement: http://femen.org/news/id/300 # post-contenu. Selon Brok, les FEMEN viennent d’être dupées par une campagne de désinformation du gouvernement ukrainien. En tout cas, Brok est un expert en campagnes de désinformation. Il a utilisé ses bons contacts avec l’éditeur de FAZ, Günther Nonnenmacher, pour faire taire un journaliste qui a déposé des rapports critiques à son sujet. ‘«Le journal de l’Allemagne’«, bien sûr, l’a promptement nié. 10) http://daserste.ndr.de/panorama/archiv/2014/ukraine357.html 11) http://www.faz.net/aktuell/politik/ausland/staatskrise-in-der-ukraine-deutschland-hat-verantwortung-uebernommen-12815246.html 12)http://www.auswaertigesamt.de/DE/Aussenpolitik/Laender/Laenderinfos/Ukraine/Wirtschaft.html 13) http://www.tagesschau.de/ausland/ukraine1116.html 14) Walter Mogk: Paul Rohrbach und das “Größere Deutschland”. Ethischer Imperialismus im Wilhelminischen Zeitalter (Paul Rohrbach and ‘«Greater Germany”: Ethnic Imperialism in the Age of Wilhelm), München 1972 15) http://www.spiegel.de/spiegel/print/d-67871653.html 16) http://www.washingtonpost.com/opinions/zbigniew-brzezinski-after-putins-aggression-in-ukraine-the-west-must-be-ready-to-respond/2014/03/03/25b3f928-a2f5-11e3-84d4-e59b1709222c_story.html 17) http://www.huffingtonpost.com/2014/03/03/brzezinski-ukraine_n_4890076.html 18) Berliner Zeitung, 7

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