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théorie politique

Erostrate, Lubitz et l'éternelle infamie d'un système mortifère

Publié le 28 Mars 2015 par Philippe Bourrinet

"La Germanwings retire une publicité à Londres. «Get ready to be surprised» : «Soyez prêts à être surpris». Tel était le slogan publicitaire que l'on pouvait lire dans les transports londoniens pour inciter les Britanniques à visiter Allemagne. La Germanwings a demandé le retrait de cette réclame. Ce qui a été fait immédiatement pour les publicités sur écran et devait l'être rapidement pour 17 affiches traditionnelles en papier, selon le quotidien de droite Bild (28 mars 2015). "Andreas Lubitz aurait même confié ses pensées morbides à son ex-petite amie : « Il a planifié depuis longtemps de commettre un acte odieux. Un jour, il a dit "Je vais faire quelque chose qui changera le système. Alors, tout le monde connaîtra mon nom». (site Prolétariat universel, http://proletariatuniversel.blogspot.fr/ )

Personne n'a mis en évidence dans les médias, pour éviter que ces actes foisonnent dans un monde infiniment plus troublé que dans l'Antiquité grecque, la mortifère manifestation du vieux «complexe d'Erostrate».

En juillet 356 avant J.C., un qualunque nommé Erostrate incendia le temple d'Artémis à Ephèse, qui était considéré comme l'une des sept merveilles du monde. Érostrate avoua qu'il cherchait la célébrité à tout prix. Malgré l'interdiction de prononcer son nom, celui-ci est parvenu jusqu'à nous et figure dans nos dictionnaires. Il a acquis une gloire immortelle au point que le nom de l'architecte du dit temple a été occulté totalement par l'auteur de l'incendie criminel.

Lubitz a choisi non l’incendie du Parthénon et de ses touristes (ce que la presse d’extrême droite allemande aurait peut-être salué), mais la mort sacrificielle de 150 êtres humains pour acquérir la certitude que «tout le monde connaîtra son nom».

Chez l'individu rongé par le chancre de la société capitaliste, pourrissement fertile en dérèglements psychiques les plus nuisibles, l'individu capitaliste le plus anodin ("il était sans problèmes", "gentil", "sportif", "allait voter régulièrement", "payait ses impôts", "faisait partie de la Croix Rouge", "avait été chez les scouts", etc.) existe toujours le désir de prolonger son avenir après la mort.

L'acte de destruction doit être le plus éclatant, être le plus "surréaliste" possible : Breton et d'autres surréalistes, quand ils étaient marqués au sceau de la bêtise provocatrice proclamaient dans le Second manifeste du surréalisme : «L'acte surréaliste le plus simple consiste, révolvers aux poings, à descendre dans la rue et à tirer au hasard, tant qu'on peut, dans la foule».

(On peut demander aux médiocres petits prosituationnistes d’aujourd’hui, s'ils existent encore, s'ils sont encore d'accord avec cette phrase «surréaliste» au goût plus que douteux.)

Borges avait pu écrire à la fin des années 1930 un livre au titre évocateur : Histoire de l'infamie, histoire de l'éternité. Borges aurait pu changer le titre : Histoire de l’éternelle infamie, histoire du capitalisme.

Partout, le capitalisme, dans tous les pays, fonctionne sur ce mode : tenter d'être éternel, d'être encore plus infâme pour obtenir la plus certaine des éternités : la destruction totale de la Terre et de ses habitants.

Ph. B.

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