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théorie politique

comment le capitalisme résout le problème du chômage, hier, aujourd'hui et demain

Publié le 21 Avril 2015 par Karlchen in politique

Paul mattick : le massacre des chômeurs jhaîtiens en république dominicaine, 1937

 

Paul MATTICK

Introduction au texte de Paul Mattick (1937)

Les massacres de chômeurs et de réfugiés africains noirs en Libye par les djihadistes, les pogroms contre les travailleurs «étrangers» en Afrique du Sud, les noyades régulières de chômeurs migrants sur des bateaux où ils ont payé la place du mort plus de 7.000 euros, la complicité active du capitalisme avec cette méthode de diminuer les «statistiques du chômage», tous ces faits récents font la une de la presse. Il y a une chose que ne rappelleront certainement pas les dirigeants capitalistes et les journalistes à leurs ordres, ainsi que les bonnes âmes « humanitaires ». Le capitalisme, par le feu, par le sang, par la famine, résout à sa manière le problème du chômage. La manière dont en octobre 1937 le gouvernement du caudillo dominicain Trujillo, agent zélé des USA, a résolu le «problème» du chômage haïtien, en ordonnant le massacre de 12.000 travailleurs, n’est pas un cas isolé. C’est une « méthode » du capitalisme, qu’il soit nain ou géant, qui s’apparente fort à des pogroms ou à des génocides programmés (comme au Rwanda en 1994) pour résoudre ce qui ne peut être résolu : trop de forces de travail excédentaires pour le Capital qui ne peut les intégrer mais les détruit régulièrement, en particulier par les guerres, les massacres répétitifs les plus insensés. Même en Europe, dite «démocratique», la montée des «populismes» est un phénomène qui est tout sauf anodin. Le ventre de la bête capitaliste est lourd de portées d’assassins en tout genre, qui ne demandent qu’à exercer leurs « talents » contre l’«étranger» de l’extérieur : l’immigré, et l’«étranger » de l’intérieur : le travailleur, saisi de la rage révolutionnaire contre un système qui le détruit lentement mais sûrement. Si les travailleurs du monde entier ne mettent pas fin à ce système criminel, on peut être sûr que les pogroms, les génocides, les massacres de travailleurs migrants ou non migrants seront une « méthode » de gestion d’un capitalisme parvenu au bout de sa course sanglante.

KARLCHEN, 21 AVRIL 2015

Comment la République dominicaine résout ses problèmes de chômage (octobre 1937)*

Dans l’Île d’Hispaniola, en octobre 1937, 12,000 personnes sans défense ont été soudainement abattues dans une boucherie telle qu’un auteur a parlé «de massacre délibéré, le plus horrible des temps modernes». Le massacre a commencé quand le président de la République dominicaine, Leonidas Trujillo a affirmé qu’il allait débarrasser le pays des «chiens, des porcs et des Haïtiens». Se rendant à une ville proche de la frontière haïtienne pour une soirée dansante, il a prononcé, le 2 octobre, un discours où il disait : «Je suis venu à la frontière pour voir ce que je pourrais faire pour les Dominicains vivant ici. J’ai constaté que les Haïtiens avaient volé la nourriture et le bétail de nos fermiers. J’ai constaté que notre peuple serait plus heureux si nous nous étions débarrassé des Haïtiens. Je vais arranger cela : hier trois cents Haïtiens ont été tués à Banica. Cela doit se poursuivre». Ce discours a été le début d’une période de carnage épouvantable. À un signal donné, le sang des tueries a jailli quasi-simultanément dans environ soixante-cinq lieux différents. Ceux qui n’ont pas réussi à fuir à temps en Haïti ont été conduits comme un troupeau dans des zones de défrichement et abattus comme des animaux d’abattoir ... [suit une description très détaillée]

Tel est le récit de la façon dont Leonidas Trujillo, à bas coût, et avec l’aide de notre gouvernement [américain], a résolu le malaise économique en République dominicaine. D’aucuns de se demander si cette méthode était vraiment plus rude que la cubaine, Cuba qui a impitoyablement expédié cargaison après cargaison des travailleurs (haïtiens) vers leur pays d’origine déjà surpeuplé et affligé de ses propres conditions économiques, où ils pourraient seulement traîner leur existence dans la misère et la famine.

Pourtant ces deux méthodes dans le traitement des chômeurs – inanition et assassinat – sont les seules mesures connues du capitalisme. Les ‘heureux’ Dominicains – de concert avec les ‘heureux’ pays fascistes (qui s’organisent ouvertement pour la guerre) – peuvent maintenant réaliser la forme la plus directe de ces deux possibilités. Les pays démocratiques, qui offrent l’allocation chômage et l’aide alimentaire, doivent encore leur permettre de ne mourir que de la malnutrition et de la maladie.

Mais bientôt toutes les nations, fascistes et démocratiques, emploieront la formule la plus directe d’éliminer les chômeurs. Alors le massacre de Haïtiens pourra être reproduit sur une échelle mondiale, mais s’effectuer cette fois non pas avec des machettes et autres armes primitives, mais avec les chars d’assaut, les bombardiers et tous autres engins de mort en possession des nations les plus policées.

 

The Dominican Republic Solves Its Unemployment Problem (October 1937)

On the Island of Hispaniola, in October, 1937, 12,000 defenceless people were suddenly slaughtered in a butchery that one writer spoke of «the most horrible, unprovoked massacre of modern times». The massacre began when the president of the Dominican Republic, Leonidas Trullijo, saying that he was going to rid the country of «dogs, hogs, and Haitians», journeyed to a town near the Haitian border, and at a dance held there on the night of October 2 he delivered an address wherein he said, «I came to the border country to see what I could do for the Dominicans living here. I found that Haitians had been stealing food and cattle from our farmers. I found that our people would be happier if we got rid of the Haitians. I will fix that Yesterday three hundred Haitians were killed at Banica. This must continue».

The speech inagurated a period of appalling bloodshed. At a given signal, mass murders broke out almost simultaeously in as many as sixty-five different localities. Those who did not escape to Haiti in time were herded into clearings and butchered like animals in a slaughterhouse... [a very detailed description follows].

This is the story of how Leonidas Trujillo, inexpensively, and with the help of our [US] government, solved the economic unrest of the Dominican Republic.

Still one wonders if this method was nay harsher than that of Cuba, who ruthlessly shipped boatload after boatload of workers back to a country which was laready overcrowded and distressed with its own economic conditions, and where they could only drag out their lives in misery and hunger. Yet these two methods of dealing the the unemployed-starving them and murdering them are the only measures left to capitalism.

The happy Dominicans, together with the happy Fascist countries, that frankly organize for war, can now realize the more direct form of these two possibilities. The ‘democratic countries’, offering dole and relief, must as yet permit them to die only from malnutrition and disease. But soon all nations, fascist and democrat, will employ the more direct form of eliminating the unemployed.

Then will the massacre of Haitians be duplicated upon a world scale, but effect this time not with machetes and other primitive weapons, but with the tanks, the bombing planes, and all the other engines of death in the possession of the more civilized nations.

*Living marxism, n° 3, 1938, p. 83-85.

Paul Mattick, Chicago, 1938.

Paul Mattick, Chicago, 1938.

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