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théorie politique

LA TRAHISON DE L’UNION SACRÉE EN AOÛT 1914. JAURÈS INTERNATIONALISTE ?

Publié le 10 Novembre 2015 par pantopolis in Histoire

Le prolétariat révolutionnaire – qui n’a ni patries ni frontières, qui n’attend rien des «Césars» jacobins, des «tribuns» d’estrade parlementaire, des «sauveurs suprêmes» ou des «hommes supérieurs» autoproclamés, prêts à le poignarder à la première occasion – ne doit pas accepter qu’on mette sur le même plan un Jean Jaurès pacifiste-patriotard prêt à tous les retournements de tribune et la pure figure des martyrs du prolétariat international : Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg.

En ce 11 novembre 2015, une date parmi d’autres des infamies capitalistes…

Jaurès 1914 : mort à temps?

JAURÈS INTERNATIONALISTE ?

Il est bien connu que les dirigeants de «gauche» de la social-démocratie tant en Allemagne qu’en France avaient préparé de longue date la voie du ralliement à l’Union sacrée, celle qui devait conduire au vote des crédits militaires en août 1914, en particulier par leur propagande pour une «armée de défense nationale».

Jaurès, dans L’Armée nouvelle avait déjà élaboré en 1911 une nouvelle rhétorique patriotique :

«Internationale et patrie sont désormais liées. C’est dans l’internationale que l’indépendance des nations a sa plus haute garantie; c’est dans les nations indépendantes que l’internationale a ses organes les plus puissants et les plus nobles. On pourrait presque dire : un peu d’internationalisme éloigne de la patrie; beaucoup d’internationalisme y ramène. Un peu de patriotisme éloigne de l’Internationale; beaucoup de patriotisme y ramène».

Ce livre existait en traduction allemande à la veille de la guerre et servit, on peut s’en douter, de «riche » argumentaire pour le ralliement de la social-démocratie à la défense de la patrie impériale [Jaurès, Die neue Armee, Eugen Diederichs, Iéna, 1913]. La gauche social-démocrate fit une critique en règle du livre de Jaurès. Rosa Luxemburg, en juin 1911, montrait que le jauressisme fleurait bon le chauvinisme français :

«Jaurès dépouille de son caractère véritablement démocratique et prolétarien tout son système de ‘nation armée’ et lui fait diriger contre l’Allemagne une pointe évidente qui n’est autre qu’une regrettable concession à l’état d’esprit régnant en France de politique chauvine et petite-bourgeoise toujours hantée par le spectre de l’‛ennemi héréditaire’» [«Die neue Armee», Leipziger Volkszeitung n° 130, 9 juin 1911].

Après Rosa Luxemburg, Ernst Däumig (1866-1922), futur chef des Indépendants (USPD) exprima ses plus vives réticences : «Ses conceptions sont portées par l’inébranlable croyance en la force victorieuse de l’idéal démocratique comme du socialisme réformiste. Mais la dure réalité des faits dans notre époque hypercapitaliste et impérialiste ne tolérera pas ce développement pacifique et linéaire» [«Die neue Armee», Die Neue Zeit, 30e année, n° 45, 9 août 1912].

Il est vrai que Jaurès avait accompli, depuis 1895, de notables progrès en passant du soutien au colonialisme à un anticolonialisme entrant en collision avec le sentiment de «patrie», d’une patrie impérialiste. Jaurès, nouveau député, votera en décembre 1895 les crédits de guerre, ceux demandés par Jules Ferry pour la conquête coloniale du Tonkin.

Pour soutenir le parti socialiste colonialiste et antisémite en Algérie, il affirma que «sous la forme un peu étroite de l’antisémitisme (sic), se propage en Algérie un véritable esprit révolutionnaire».

Après l’affaire Dreyfus (1898), Jaurès évolua du tout au tout, dénonçant aussi bien l’antisémitisme que l’islamophobie propagée par Édouard Drumont, auteur de La France juive (1885) et député d’Alger.

Il dénoncera la conquête sanglante du Maroc en 1908 : «un monstrueux attentat contre l’humanité», tout comme la «spoliation des indigènes en Tunisie, en Algérie, au Congo et au Maroc». [Gilles Manceron (éd.), Jean Jaurès. Vers l’anticolonialisme. Du colonialisme à l’universalisme, Les petits matins, Paris, janvier 2015].

Mais la tragique fin de Jaurès ne permet pas de voir quel aurait été son ultime choix : patriotisme ou internationalisme. Mais trop de textes de Jaurès, son passé même, montraient qu’il était resté viscéralement patriote.

Aussi l’appréciation élogieuse de Trotsky sur Jaurès, publiée le 17 juillet 1915 (l'article fut remodelé en 1917), est quelque peu exagérée. Jaurès est vu comme le «prototype de l’homme supérieur» :

«Les grands hommes savent disparaître à temps… Jaurès, athlète de l’idée, tomba sur l’arène en combattant le plus terrible fléau de l'humanité et du genre humain, la guerre. Et il restera dans la mémoire de la postérité comme le précurseur, le prototype de l’homme supérieur qui doit naître des souffrances et des chutes, des espoirs et de la lutte».

Jaurès Übermensch du prolétariat, une appréciation qui laisse songeur...

Ph. B.

LA TRAHISON DE L’UNION SACRÉE EN AOÛT 1914. JAURÈS INTERNATIONALISTE ?
LA TRAHISON DE L’UNION SACRÉE EN AOÛT 1914. JAURÈS INTERNATIONALISTE ?
LA TRAHISON DE L’UNION SACRÉE EN AOÛT 1914. JAURÈS INTERNATIONALISTE ?
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