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théorie politique

Quand s'éteindront les lumières de toutes les City du capital...

Publié le 29 Décembre 2015 par Suzanne Voute,1972 Le Prolétaire in grève des mineurs anglais

La dernière mine de charbon anglaise ferme : vendredi 18 décembre 2015 : les mineurs de Kellingley (Yorkshire, nord de l’Angleterre) raccrochent définitivement leurs lampes frontales. La toute dernière mine de charbon du Royaume-Uni s’est arrêtée de fonctionner. Le combustible qui, à travers la révolution industrielle, a façonné la puissance des îles britanniques et de leur empire, cesse d’être extrait de leur sous-sol. Les 451 emplois qui disparaissent ainsi auront été les derniers à survivre dans un secteur qui, à son apogée en 1920, employait 1,2 million de travailleurs dans 3 000 puits. (Le monde)

Que s'éteignent les lumières de toutes les "City"...

Un article de Suzanne Voute, Le Prolétaire, 1972, au moment de la grève des mineurs.

Magnifiques dans leur silencieuse détermination, les mineurs anglais ont paralysé d’un seul coup l’économie de toute l’Angleterre bourgeoise, simplement en croisant leurs bras trempés par les pires fatigues. Si jamais grève a surgi du sous-sol même d’une société infâme, c’est bien le cas de celle-ci, puisque c’est dans les puits de charbon que l’exploitation de la force de travail humaine a toujours célébré ses orgies les plus cyniques, se nourrissant depuis plus d’un siècle du sacrifice impitoyable d’hommes, de femmes et même d’enfants ensevelis vivants aux sons d’hymnes hypocrites au progrès et de lâches prières à la Providence divine.

Le spectre de 1926 plane à nouveau sur l’île qui a été le berceau du travail salarié et des luttes ouvrières. Ce spectre a grandi en force et en décision depuis la grève générale de l’entre-deux-guerres, et il constitue pour la bourgeoisie un terrible avertissement en rappelant à tous les prolétaires, anglais ou non, quelle puissance gigantesque ils ont entre leurs mains, combien il est vain d’attendre même une simple atténuation du tourment du travail de la bonne volonté des gouvernants ou des patrons, ·des politiciens ou des prêtres, et enfin combien il est urgent de briser, par une lutte massive et ouverte, la chaîne du salariat qui peut sembler moins rude à ciel ouvert que dans le sous­ sols de la mine, mais qui n’en est pas moins en tous lieux une chaîne infâme.

L’opportunisme condamne les «gueules noires» d’Angleterre, d’Écosse et du Pays de Galles à la lutte solitaire. Les faits eux-mêmes montrent aux prolétaires de toutes catégories et de tous les pays qu’on n’échappe pas à la férocité de la domination de classe en se barricadant à l’intérieur des frontières de son métier, de son entreprise ou même de sa «patrie», même lorsqu’elle paraît plus clémente que celle du voisin, et que la cause des uns est la même que celle des autres, ainsi que leur victoire ou leur défaite.

Les faits eux-mêmes sont là pour prouver que c’est partout un même impitoyable mécanisme qui engendre les splendeurs de la civilisation moderne et l’exploitation bestiale de ceux qui les produisent et que c’est précisément là où cette civilisation a atteint en un siècle et demi les plus grandes hauteurs sous le règne «éclairé» de la démocratie, que la violence potentielle s’exerçant sur le prolétariat est aussi la plus effrénée et que le joug de l’esclavage salarié est le plus lourd. En Angleterre, l’opportunisme a mille fois vendu le prolétariat en échange des miettes que, même après sa disparition, l’ancienne domination impériale, dont les rentes restaient intactes, permettait de lui donner.

Ce sont les ravages de cet opportunisme qui empêchent la classe ouvrière anglaise de se lever comme un seul homme contre le capital et sa City, et aussi contre cet autre signe de la brutalité et du cynisme bourgeois qu’est le sombre drame de l’Irlande du Nord. Sans cela, des deux côtés du canal Saint Georges, l’île noire et la verte Erin seraient embrasées d’un même gigantesque incendie qui pourrait bien franchir ensuite la Manche et envahir tout le continent.

On ne verrait plus alors le quotidien d’un parti qui se prétend cyniquement «communiste » offrir justement à propos de la grève des mineurs anglais l’ORDRE contre des REFORMES. On verrait un prolétariat à nouveau dressé de toute sa hauteur abattre tout ensemble l’ordre capitaliste et ses mensonges, ses Bourses et ses Parlements, ses autels et ses coffres forts, ses sbires et ses réformateurs. Depuis un siècle et demi, n’est-ce pas sous le couvercle de plomb d’un ordre périodiquement réformé que les mineurs, Anglais ou non, offrent leurs victimes expiatoires au banquet du Dieu-Capital qu’ils inondent de lumière et de chaleur ? Il est grand temps que cette roue infernale s’arrête et elle ne s’arrêtera pas si on ne la détruit à jamais.

Les sbires en uniforme et les réformateurs en habits civils peuvent bien voler au secours de la City que la grève contrainte à rallumer d’antédiluviennes chandelles pour compter son argent infâme et ils peuvent bien rétablir l’ordre de concert. Des entrailles mêmes de la société capitaliste comme des entrailles de la terre ébranlées par le pic des mineurs, les forces généreuses, juvéniles, irrésistibles de la révolution prolétarienne ne peuvent pas ne pas ressurgir. Les «gueules noires» ne sont que le symbole et le signe annonciateur de cet événement historique, eux qui connaissent de bien autres ténèbres que celles qui scandalisent les journalistes vendus à la société «d’opulence» et qui font monter les tirages de presse, eux qui réclament bien autre chose qu’un peu de lumière dans l’obscurité opaque de leur enfer quotidien.

Oui, les forces de la Révolution ressurgiront sous tous les cieux, et finalement victorieuses elles abattront les City et les Westminster de tous les pays, elles détruiront les machines à sous et les moulins à parole de toutes les Londres du monde et elles arracheront les ignobles poteaux-frontières de toutes les patries. La grande nuit de la mort descendra alors sur le monde bourgeois, tandis que s’allumeront les premières lumières de la société nouvelle. (Suzanne Voute, 1972, Le Prolétaire)

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