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théorie politique

Robert Camoin et le communisme des conseils

Publié le 13 Août 2016 par Pantopolis/Ph.B in politique

Histoires d'ours.
Histoires d'ours.
Histoires d'ours.

Histoires d'ours.

CAMOIN (Robert), dit L’OURS, né à Marseille en 1940, employé GDF, retraité, écrivain anarcho-léniniste.

Anarchiste dans les années 60, membre de la Fédération anarchiste, il sortit de l’anarchisme individualiste et se forma au marxisme au contact de Cajo Brendel, Gaston Davoust (Henry Chazé) et Henri Simon qui l’orientèrent dans la publication de sa revue Cahiers du communisme des conseils (1968-1972). La revue se caractérisa par la publication des textes fondamentaux du communisme des conseils écrits par Anton Pannekoek, Paul Mattick, Otto Rühle, Adhémar Hennaut, Theo Maassen et Cajo Brendel.

À cette revue contribuèrent régulièrement Gaston Davoust, épisodiquement sa compagne Nicole Margot (un article sur Sylvia Pankhurst). Nicole Margot s'approcha d'ICO en 68 au moment, où à Clermont-Ferrand elle participait au groupe MARS de Guy Sabatier. Roland Simon (né en 1951), qui publie aujourd’hui Théorie communiste, y contribua aussi. Il se sépara de Camoin, lorsque ce dernier se rapprocha de "Révolution Internationale".

À partir des années 1970-72, la revue de Camoin publia de plus en plus des textes de «Révolution internationale » et d’«Internationalism» (USA), traduisant autant un détachement d’ICO (Informations et Correspondance ouvrières) qu’un incontestable rapprochement, en vue d’un regroupement, avec la tendance animée par Marc Chirik.

Militant du groupe «Révolution Internationale», après 1973, puis du CCI après 1975, il les quitta rapidement, toujours en proie à un grand déboussolement tant politique que personnel. Il publia alors sa revue Vers le Parti de classe en 1978, d’orientation sectaire bordigo-léniniste.

Faute de rencontrer un écho politique, il fit alors un second aller-retour au CCI. Puis il adhéra au groupe de Philippe Leclercq du Groupe communiste mondial (GCM), qui publiait la revue Programme de la société communiste.

Après l’éclatement de ce groupe en 1986, il publia à nouveau, toujours en solitaire, la revue Jalons de 1984 à 1988, revue essayant de concilier son passé «conseilliste» et sa nouvelle doxa «léniniste». Cette revue fut certainement le chant du cygne de Robert Camoin (textes fournis sur Mai 68, Henry Chazé, hommage à Henk Canne-Meijer, 1905, le KAPD, février 1934 en Autriche, Eugen Léviné, etc.), malgré sa méthode cavalière d’utilisation des sources et des documents, de façon acritique, y ajoutant couche après couche ses propres gloses.

En juin 1988, au terme de discussions communes, il rejoignit la FECCI (Fraction externe du CCI, formée en 1985), publian en Belgique et aux USA Perspective internationaliste et Internationalist Perspective. Ce groupe était issu du CCI, de tendance communiste des conseils. Camoin, éternel individualiste anarchisant, ne put s’y maintenir. Cultivant de plus en plus le reniement de son propre passé «conseilliste», devenu un zélateur fanatique d’un bolchevisme revu et corrigé par lui, Robert Camoin, une fois de plus, fit sécession.

Préretraité, Robert Camoin se retira en 1997 dans un village isolé du Puy-de-Dôme (Auvergne), publiant en 2001 chez Sulliver un petit opuscule consacré à l’utopiste William Morris. Néanmoins, toute sa production "littéraire" se fait à compte d’auteur et hors commerce. C’est avec une grande régularité qu’il diffuse, depuis près de 20 ans, la revue Présence marxiste, tirée à 70 exemplaires (hors commerce), qui espère atteindre le record de 5.000 pages en 2017. Dans cette revue qui fait flèche de tout bois et s’affiche «ultraléniniste», l’on trouve parfois certaines monoraphies consistantes comme, telles : «A. A. Bogdanov et l’empiriomonisme. Le Proletkult. La littérature prolétarienne», 2009 et "Place et rôle de Julian Borchardt (1868-1932) dans les I.S.D : les Lichtstrahlen, le Vorbote, l’Arbeiterpolitik", 2011.

Malheureusement, prédominent fort souvent le pire sectarisme, les à-peu-près d’une histoire passée par un filtre personnel stirnérien (toujours sans notes de référence...), le tout cimenté par une haine pathologique du communisme des conseils et des individus stigmatisés comme tels. Le journal bordiguiste Le Prolétaire a bien résumé en 2006 la méthode de Camoin, qui ne donne jamais ses sources, y compris celles qu’il a recopiées de diverses encyclopédies ou brochures : «De façon générale, (Robert Camoin) a une fâcheuse tendance à dériver vers l’hagiographie (quitte à contredire de façon péremptoire les auteurs qui contreviennent à sa reconstruction, sans pour autant apporter d’éléments en appui à ses affirmations)».

Le dernier numéro de Présence marxiste (août 2016) se livre à ses anathèmes habituels contre ses «innombrables ennemis» «conseillistes» – en particulier Karl Korsch (qu'il écorche en Korsh...), Anton Pannekoek, Paul Mattick et surtout l’auteur de cette notice (qui ne mérite certainement pas tant d'honneur...) – qu’il condamne de ses bulles "léninistes" motu proprio.

On peut donner à titre d’exemple cet échantillon «littéraire» (Camoin aime George Sand, Biélinski et la poésie), mais de facture très stalinienne : «Ce genre de vieille merde bourgeoise… cette merde (XY) vient NOUS (sic) en éclabousser aujourd’hui. Et il couvre ses déjections du drapeau internationaliste». Comme le dit l’adage latin, Audaciter calomniare, semper aliquid haeret, proverbe qu’il est bien inutile de traduire.

L'utilisation du genre scatologique traduit le mal-être profond d’un griffon constitué de bric et de croc, mélange étonnant de boursouflure anarchiste individualiste et de pathologie napoléonide. Camoin écrit invariablement : «NOUS»). Dans un accès de fureur pathologique, il se reconnaît finalement, pour les besoins de son Ego stirnérien, «un grand droit", un droit qu'il projette sur ses têtes de turc, "celui de mentir, d’affirmer ses mensonges». Et il conclut impérialement : «il NOUS plaît de… faire sentir le rude cuir de notre férule. C’en est un enchantement…».

Cet «enchantement» ou réenchantement du "bolchevisme", Robert Camoin (réincarnation bifrons de Lénine et Bordiga), croit le trouver dans le culte religieux de la «Terreur rouge», oubliant tout l’enseignement marxiste qu’il reçut jadis du communisme des conseils (Anton Pannekoek, Cajo Brendel, Gaston Davoust, Herman Gorter, Henri Simon, et même Paul Mattick, qu’il traine régulièrement dans sa propre boue).

Parvenu au soir de son existence non à la sagesse qui plaît à cet âge mais à une vision religieuse et nihiliste, cultivant inlassablement et maladivement le culte de sa propre image de Chef incompris, Robert Camoin donne son Crédo quotidien : «Nous… avons la même foi nihiliste en le communisme, sa passion impitoyable pour la lutte révolutionnaire que (Bordiga) a exprimée par l’anathème de Jésus : ‘Qui n’est pas avec moi est contre moi et qui n’amasse pas avec moi disperse’».

Sources : Guy Sabatier Papers, correspondances diverses (Robert Camoin, Marco Geoffroy, Jean-Louis Roche, Emir Harbi, etc.), IISG, Amsterdam : https://search.socialhistory.org/Record/. – Archives Autonomies (http://archivesautonomies.org/): éditions scannées de Cahiers du communisme des conseils, Marseille (1968-1972) et de Jalons, Paris (1984-1988). – Bibliographie de «Présence marxiste», hors commerce, Saint-Pardoux (Puy-de-Dôme) sur le site IdRef Sudoc : http://www.idref.fr/056240449. – «Robert Camoin: David Riazanov, marxiste et communiste, février 2005», Programme communiste n° 99, février 2006. – Jean-Louis Roche, «Une biographie bancale : Camoin Robert, Les deux visages de Herman Gorter (1864-1927), 2007 : http://www.collectif-smolny.org/article.php3?id_article=654 – «Notes de lecture. Robert Camoin : La doctrine économique de Sismondi et le marxisme, Programme communiste n° 101, août 2011. – Robert Camoin, «Une nouvelle encyclique Pacem in Terris à la sauce conseilliste de Philippe Bourrinet», Présence marxiste n° 119, août 2016, p. 44491-4525 (voir fichier PDF joint).

L'enchantement quotidien d'un ours auvergnat solitaire.
L'enchantement quotidien d'un ours auvergnat solitaire.

L'enchantement quotidien d'un ours auvergnat solitaire.

Nous publions cette contribution mise en ligne dans le Dictionnaire de la gauche communiste italienne 1915-2015. Elle concerne l'écrivain Robert Camoin dont l'immense Ego stirnérien souffre de n'y avoir sa place.

Comme annexe, nous donnons (en fichier pdf) l'essentiel du numéro 119 de Présence marxiste, d'août 2016. Nous le publions parce que nous sommes et restons contre vents et marées d'incorrigibles "démocrates prolétariens".

Ce morceau d'anthologie (où le délire fait bon ménage avec une kyrielle de mensonges, dignes du stalinisme) est en lui-même un symptôme. C'est un symptôme clinique, anatomopathologique, de l'involution d'ex-militants de la Gauche communiste.

Rendons donc à tous ces napoléons ce qui leur revient en propre ou en sale.

Pantopolis

Camoin, Présence marxiste 119, août 2016.

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