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théorie politique

R.G. au pays des Gilets jaunes

Publié le 15 Mars 2019 par pantopolis in actualité politique

Texte de Robin Goodfellow : La lutte des classes en France - 2018-2019 - Mars 2019, ventôse 227...

https://www.robingoodfellow.info/ (html et pdf).

 

 

R.G. au pays des Gilets jaunes

Nous publions bien volontiers ce texte du groupe Robin Goodfellow (R.G.) (voir lien supra).

Issu de la mouvance 'bordiguiste', R.G. s’est évertué à être toujours en phase avec la lutte de classe, en dépit du ton désespérément académique de ses publications.

Ce texte manifeste un esprit d’ouverture positif à l’égard du mouvement des gilets jaunes où prédominent les prolétaires. Contrairement à certaines sectes se revendiquant (faussement) du communisme de gauche, R.G. pas craché sur le mouvement, bien au contraire. Ces sectes manifestaient d’ailleurs non l’“aristocratisme” de «puristes » de la révolution, mais bien la sainte trouille d’ubuesques micro-bureaucrates, prêts à vite se cacher sous le lit aux premiers signes d’affrontement sérieux avec les «forces de l’ordre», qualifiant d’ailleurs honteusement de «violences inutiles» la saine réaction des gilets jaunes face à la force inouïe de l’État capitaliste.

Le texte de R.G. donne des données précises sur les classes, ou plutôt les couches hétérogènes qui sont intervenues dans le mouvement des gilets jaunes. Le texte mérite d’être salué car il démontre que, dans le mouvement gilet jaune, le prolétariat est bien présent (ouvriers, employés), très majoritairement.

Le texte pèche néanmoins par son optique plébéienne, par ses références à l’immortelle révolution jacobine (pour R.G. nous sommes en ventôse 227...) Rappelons que le PC international 'bordiguiste' tressait naguère des couronnes aux actions sans-culottes des masses plébéiennes du tiers monde. Le texte de Goodfellow encense aussi les positions de Lénine sur l’émancipation des “peuples” privés de tout cadre national. La révolution bourgeoise serait encore partout à l’ordre du jour!

La vraie question a été déjà posée par Gorter en 1920 dans sa Réponse à Lénine : le prolétariat est tragiquement seul, fractionné, éparpillé, ayant perdu sa boussole de classe, sans perspective communiste, dans l’impossibilité d’imaginer qu’internationalement il est le VÉRITABLE PORTEUR d’une RÉELLE émancipation sociale de toute la population du globe.

Aujourd’hui, les prolétaires en gilets jaunes ne font pas la moindre référence aux révolutions prolétariennes d’il y a un siècle, une période où se posait clairement la perspective de l’anéantissement du système capitaliste. Le drapeau tricolore de 1791, la guillotine jacobine, le PEUPLE insurgé et la NATION triomphante de la révolution bourgeoise sont, pour le moment, leurs seules références. 40 ans de programmes scolaires d’histoire ultrasimplifiés (où l’on ne parle plus des révolutions ouvrières, Russie, Allemagne, Hongrie, etc., sinon dans la rubrique “totalitarisme”), une mainmise totale de l’État capitaliste sur les médias expliquent en outre le vide sidéral de toute pensée politique radicale chez les gilets jaunes.

Que dire de la petite-bourgeoisie dont l’idéologie triomphe dans le mouvement des gilets jaunes? Certaines couches petites-bourgeoises sont prolétarisées (auto-entrepreneurs, travail à mi-temps, ubérisation des emplois, chômage intermittent constant).  Les fins de mois pour la majorité sont douloureusement difficiles, mais ce n’est pas encore une situation du type de celle de 1923 en Allemagne.

Beaucoup de ces couches profitent du système (cadres et autres vivant dans les interstices du capitalisme, celui, complètement PARASITAIRE, d’un système reposant sur la production et la vente de biens socialement inutiles. Les autres couches petites-bourgeoises se prolétarisent lentement, mais n’imaginent pas un instant qu’elles glissent lentement mais sûrement  dans le prolétariat, celui des sans-réserves. Individualisées depuis des décennies comme «consommateurs», elles se nient comme producteurs. Elles puisent dans leurs souvenirs d'école de la mythologie républicaine (la Bastille, la prise des Tuileries, les sans-culottes) pour se parer des habits défraichis du PEUPLE INSURGE, celui des MISÉRABLES à la Victor Hugo, les 'sans-dents' - dont se moquait Hollande - qui ne reçoivent que les miettes du système. Comme les sans-culottes de la mythologie républicaine à l'usage des enfants, ils focalisent toute leur hargne sur la personne royale. Ils font de l’arrogant bourgeois parvenu : Macron un roi tout puissant, qu’il s’agirait simplement de destituer pour fonder une « république participative », plus juste avec moins de taxes (c’était l’éternelle revendication des masses populaires sous la monarchie : moins d’impôts).  Ils ne voient pas  que tous les hommes/femmes politiques, de Marine Le Pen à Mélenchon, ne font que défendre un système capitaliste déclinant, sous un verbiage différent.

Ces couches croient naïvement qu’on peut s’en remettre à la “démocratie” (référendum d’initiative citoyenne, ou RIC), dans le cadre d’un mécanisme bourgeois où tous les dés sont pipés d’avance. D’où cette oscillation de ces couches «insurgées», se jetant dans des «violences» plus symboliques que réelles (les distributeurs de banque automatiques, la chasse aux BMW, etc.), pour retomber dans la phase bipolaire de l’apathie, une apathie qui gagne toujours plus de terrain.

Sans perspectives données par un prolétariat tendant à se reconstituer EN CLASSE, le mouvement ne peut qu’aller inexorablement vers le néant, alors que la bourgeoisie est déjà aguerrie et préparée à des affrontements plus sérieux avec le prolétariat. L’utilisation contre les gilets jaunes d’armes sub-létales  montre ce à quoi doivent s’attendre les prolétaires, lorsque soudés par des mots d’ordre cohérents et une action résolue contre le capital, ils se mettront enfin en marche comme CLASSE. Ce sera des torrents de sang où la république bourgeoise abreuvera de sang – comme il est dit dans la Marseillaise – les rues et les sillons des champs de la «patrie française».

Il est pour le moins étrange (mais guère surprenant dans le cadre d’une mythique révolution plébéienne) que R.G. en appelle à un approfondissement de la “démocratie” et égrène quelques mots d’ordre peut-être tirés du Programme de transition de Trotsky :

« la revendication de l’abrogation des lois qui limitent la liberté d’expression et entravent la liberté de manifestation (Quelle liberté d'expression et de manifestation? Celle des bourgeois???);

« la suppression de tous les impôts indirects; impôt proportionnel sur le revenu (revendication de tous les PC, pour ne pas SUPPRIMER LE CAPITAL);

« la suppression de l’héritage au-delà d’un certain seuil. » (Lequel???)

Et pour faire bonne mesure, R.G. vient saupoudrer sa sauce de  revendications tirées d’Engels et de William Morris. Voire des tentatives d'une planification bourgeoise impossible sous le règne désordonné et chaotique de la Marchandise, et qualifiée pompeusement d' « aménagement du territoire » :

« Réconciliation de la ville et de la campagne; harmonisation de la population sur le territoire; suppression des grandes villes, etc. » (une khmérisation "rouge" du territoire, vidant les grandes villes???).

On reste d’ailleurs sur sa faim avec le mot d’ordre final lancé par R.G., celui de “démocratie réelle”, digne des anciens programmes électoraux staliniens. Quant à la démocratie prolétarienne, la seule «démocratie» qui soit une alternative à la démocratie bourgeoise, on n’en parle jamais : en parler clairement aboutirait à faire une  critique résolue des conceptions léninistes qui sont la négation de cette démocratie prolétarienne.

R.G. en appelle en fait à la constitution d’une VRAIE démocratie bourgeoise, avec de VRAIS parlementaires communistes, de VRAIS syndicats de classe, comme au bon temps passé. Pour R.G., le retour à des formes dépassées de la lutte de classe, c’est cela le réel «approfondissement de la démocratie».

Or, nous ne sommes plus en 1905, comme se l’imagine R.G., mais bien en 2019 où il s’agit bien de DÉTRUIRE DE FOND EN COMBLE tout un système, le capitalisme, et non pas de le rendre «acceptable», "tolérable", aux masses plébéiennes («approfondir», sous-entendre « aménager » dans le sens purement RÉFORMISTE).

Pour ce qui est du “programme” de R.G., il reste en stand-by, « en transition », comme on disait autrefois. R.G. reprend les vieux mots d’ordre de l’époque kominternienne : «conquête du pouvoir politique,  gouvernement prolétarien, dictature révolutionnaire du prolétariat». Cela signifie-t-il que le prolétariat viendra au pouvoir par le miracle du saint front unique entre «partis de classe» et syndicats « rouges » (que Robin Goodfellow affectionne particulièrement au Brésil). Et si s'instaure la «dictature du prolétariat», cela veut-il dire qu’il y aura un seul parti (de classe) au pouvoir et tous les autres en prison. Avec en plus (cerise sur le gâteau), la “terreur rouge”?

Quant à imaginer que les prolétaires puissent s’organiser demain en conseils (organismes rassemblant la classe ouvrière en tant que classe), cela n'effleure pas un instant l’esprit des brillants gloseurs ès marxologie de R.G., qui noient le poisson par un entassement de notes, véritables lianes étouffant le texte lui-même.

Nos gloseurs croient-ils sérieusement qu’ils vont former le parti de classe, dans le but d’instaurer la dictature de ce parti sans que les prolétaires armés, organisés en conseils n’aient le moindre mot à dire? Qui est le vrai sujet de la révolution prolétarienne mondiale de demain ? Est-ce le Parti de classe COMPACT ET PUISSANT (dixit le parti 'bordiguiste')? Ou bien  la CLASSE des prolétaires dont les partis ne sont que les PARTIES les plus résolues?

En lisant le texte de R.G., on constat qu’il n’est nulle part fait mention des quelques tentatives réelles de prolétaires de se doter d’organismes autonomes (assemblées de Commercy, Saint-Nazaire), même si cette tentative est entachée d’une phraséologie populiste (par le peuple, pour le peuple, avec le peuple...). Même embryonnaires, ces tentatives doivent être prises au sérieux. Elles auraient pu interpeler R.G., qui aurait alors souligné que le processus de développement de la conscience de classe est un long processus, contradictoire, avec des avancées et des reculs, avant que ne surgissent des embryons d’organisations politiques du prolétariat.

R.G. semble croire que le PARTI RÉEL sortira tout armé du PROGRAMME INVARIANT de 1848, incarné FORMELLEMENT aujourd’hui par quelques brillants individus solitaires ou quelques sectes issues du milieu “bordiguiste”, “bordiguisant” ou autre?, Ce que R.G. appelle très mystérieusement, d’un air entendu, le “mouvement communiste”. On ne sait d’ailleurs si ce mouvement communiste inclut tout l’espace politique allant de Gilles Dauvé (initiateur de la revue Mouvement communiste en 1972) à la mouvance trotskyste actuelle...

Avant de réciter inlassablement les mantras du parti de classe, il faut d’abord s’insérer dans tous les mouvements de classe, ce que semble faire R.G. Mais cela ne suffit pas. Il faut sans cesse rappeler la nécessité d’organismes généraux de la classe, d'organismes de combat, pour pouvoir RÉELLEMENT mettre fin au règne destructeur et sanglant du capital.

Il ne s’agit plus de gloser à l’infini sur l’«approfondissement» de la démocratie, mais bien d’œuvrer à la destruction de la démocratie bourgeoise, de toutes ses tromperies parlementaires, il s'agit de mettre fin à son entreprise de pillage infini, en bandes capitalistes organisées, des richesses créées par la classe prolétarienne.

Pantopolis.

 

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