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pantopolis.over-blog.com

théorie politique

un article du site http://en-finir-avec-ce-monde.over-blog.com : "l'incendie" de Notre-Dame de Paris

Publié le 19 Avril 2019 par Pantopolis (introduction); Louis

Nous publions bien volontiers la partie la plus politique de l'article de Louis, Colmar, du site 'en finir avec ce monde", dédié au récent incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris..

L'incendie de la cathédrale de Paris est le révélateur d'une offensive idéologique, après des mois d'agitation sociale (gilets jaunes) contre le pouvoir. Pour la bourgeoisie, il ne s'agit plus de riposter à coup de grenades ou de flash balls, mais de désarmer idéologiquement tous ceux qui affrontent socialement le pouvoir de l'Etat. L'heure est à l'unité de la "nation" française face à tous les incendies sociaux  présents et à venir. Comme  le proclame Macron, parlant au non de sa classe : "Il nous revient de retrouver le fil de notre projet national, celui qui nous a fait, qui nous unit, un projet humain, passionnément français" (sic).

Face à cet écœurant appel à l'unité patriotique, à cette apologie d'une "glorieuse histoire millénaire", une histoire faite d'écrasements  impitoyables des forces laborieuses par les puissants d'alors (de la monarchie aux chefs de partis bourgeois, comme Thiers, Clemenceau, etc.), une histoire faite de guerres coloniales et de guerres impérialistes, il faut affirmer haut et fort que leur histoire n'est pas la nôtre. Pour que l'histoire de ceux d'en-bas (les prolétaires) se naisse, il faudra inévitablement mettre fin au règne de ceux d'en-haut : les capitalistes et tout leur appareil politique et militaro-policier.

Louis, de Colmar, résume bien ce que devrait être une saine réaction prolétarienne face à ces tonneaux d'immondices idéologiques déversés quotidiennement par la bourgeoisie française et ses organes de propagande télévisée, et dont le picrocholin Emmanuel Macron est le prétentieux rhéteur.

... il s'agit très expressément de faire passer le sens de l'histoire devant une "fausse impatience" nécessairement illégitime de la contestation. "Demain la politique et ses tumultes reprendront leur droit, nous le savons tous, mais le moment n’est pas encore venu". Pourquoi faut-il donc que la vie réellement vécue vienne toujours gâcher son image idyllique que les puissants fignolent si patiemment pour notre bien? Affirmer la permanence et la continuité de la France et de ses symboles, c'est automatiquement tenter d'autolégitimer un pouvoir qui se veut son incarnation. C'est symétriquement tenter de jeter l'anathème sur les contestataires du pouvoir au nom d'une histoire prétendument impérissable, tellement plus grande que les petits soucis quotidiens des uns et des autres.

L'avantage de ce genre de discours, c'est qu'il va finir par rendre palpable que la critique du pouvoir devient de moins en moins dissociable de la critique de son histoire : l'histoire telle que nous la connaissons n'est toujours que l'histoire racontée par le pouvoir. Il ne s'agit bien entendu pas de raconter autrement la même histoire, avec le regard des vaincus, mais de casser leur histoire, de briser le référentiel mental qui leur permet de croire qu'ils sont l'histoire. A tout le moins, puisque pour eux cela me paraît désespéré, il faut surtout que les dominés, ces gens qui ne sont rien, changent d'histoire, sortent du cadre mental et national qui seul légitime les puissants de ce monde. Ce n'est qu'en changeant d'histoire qu'ils pourront faire leur propre histoire, ce n'est qu'en cassant les repères temporels et géographiques du pouvoir qu'ils arriveront, que nous arriverons à le briser lui-même.

Pour casser cette histoire "éternelle" des pouvoirs dominants, qui est celle de leur domination tant matérielle qu'idéologique", dont le patriotisme et la religion sont la clef de voute, il faut clairement dénoncer la finalité actuelle de cette prétendue "histoire éternelle", bâtie à coups de forteresses "spirituelles" et de temples (matériels) de la production capitaliste : soumission absolue à l'ordre capitaliste, aucune contestation contre l'ordre social existant basé sur l'immense richesse de quelques-uns et l'immense misère de l'immense majorité!

Il appartient aux classes laborieuses de répondre par la lutte de classe à ces discours infâmes de la classe dirigeante!

PANTOPOLIS.

 

 

L’incendie

La charpente de la cathédrale de Paris n'a pas encore fini de se consumer que déjà le ban et l'arrière-ban de tous les pouvoirs institués appellent à resserrer les rangs autour de ce symbole de la soumission. Tout de suite a été rappelé en boucle que ce monument a vu passer dans sa nef depuis des siècles rois, papes, empereurs et autres présidents de toute l’Europe, voire du monde.

En pleine crise sociale, alors que depuis des mois on nous serine que les caisses sont vides, que le traitement homéopathique de l'injustice, de la pauvreté et de la misère coûte décidément trop cher, les cendres étant encore chaudes, voilà que les millions pleuvent à foison en toute indécence. Tout le beau monde s'ébaudit devant la soi-disant générosité de quelques milliardaires : ramenées au montant du smic, leur obole ne vaut pas dix euros ! Et rapportée à l'utilité réelle de ces dix euros pour un smicard, leur obole vaut-elle seulement quelques centimes ? Sans compter que l'on ne peut absolument pas les dédouaner d'arrière-pensées d'optimisations fiscales et publicitaires.

Mais le plus grave est qu'à travers cette propagande faite au nom du "patrimoine", de l' "art" ou de la "culture", c'est bien l'image universelle de tous les puissants qu'il s'agit de réaffirmer : puissances politiques, religieuses, économiques, technologiques, financières, médiatiques... Ce n'est pas un hasard si tous les puissants, ou presque, de la planète se sont émus. Ce qu'il s'agit de reconstruire au plus vite, ce n'est qu'accessoirement un témoin passé de notre histoire commune, mais un symbole présent deleur pouvoir. Ce témoignage du passé, pour important qu'il soit à certains égards, n'est pourtant ici jamais mis en perspective critique : la révolution française ou la Commune ne sont que des pages noires de l'histoire de la cathédrale, et donc par conséquence des pages sombres de l'Histoire elle-même. Ce qui a brûlé c'est avant tout un mythe, et c'est lui qu'il s'agit de pleurer et de restaurer.

Comme l'a très bien dit Macron lors de son allocution du 16 avril, "chacun à sa place, chacun dans son rôle", et le monde continuera de pouvoir croire aux miracles. Et c'est bien ce qu'il a essayé de nous vendre : "Ne nous laissons pas prendre au piège de la hâte" pour avancer dans la résolution de la crise sociale. L'important est de restaurer l'image touristique de l'unité nationale et de la puissance de l'Etat. Cette puissance est d'ailleurs si extraordinaire qu'elle est capable de sécher des chênes centenaires pendant largement plus d'une dizaine d'années tout en reconstruisant avec eux une charpente monumentale dans les soixante prochains mois.

Ce que le pouvoir français n'a pas vraiment réussi à faire avec le saccage symbolique de quelques boutiques de luxe sur les Champs-Elysées, à savoir faire condamner les émeutiers au nom du prétendu rêve universel des consommateurs de pouvoir accéder "un jour" au mythe de la richesse, il est en train d'essayer de le faire avec cet incendie tout à fait providentiel pour lui. Sa priorité est de restaurer l'image de l'unité nationale mise à mal par cinq mois de crise sociale majeure :"Il nous revient de retrouver le fil de notre projet national, celui qui nous a fait, qui nous unit, un projet humain, passionnément français (sic)". Face à un tel défi, qui ne comprendra pas la mesquinerie, la petitesse, l'égoïsme même, de la contestation sociétale si elle continuait à vouloir re-définir le sens perdu d'un vivre-ensemble à réinventer.

Dans l'intervention de Macron, il s'agit très expressément de faire passer le sens de l'histoire devant une "fausse impatience" nécessairement illégitime de la contestation. "Demain la politique et ses tumultes reprendront leur droit, nous le savons tous, mais le moment n’est pas encore venu". Pourquoi faut-il donc que la vie réellement vécue vienne toujours gâcher son image idyllique que les puissants fignolent si patiemment pour notre bien? Affirmer la permanence et la continuité de la France et de ses symboles, c'est automatiquement tenter d'autolégitimer un pouvoir qui se veut son incarnation. C'est symétriquement tenter de jeter l'anathème sur les contestataires du pouvoir au nom d'une histoire prétendument impérissable, tellement plus grande que les petits soucis quotidiens des uns et des autres.

L'avantage de ce genre de discours, c'est qu'il va finir par rendre palpable que la critique du pouvoir devient de moins en moins dissociable de la critique de son histoire : l'histoire telle que nous la connaissons n'est toujours que l'histoire racontée par le pouvoir. Il ne s'agit bien entendu pas de raconter autrement la même histoire, avec le regard des vaincus, mais de casser leur histoire, de briser le référentiel mental qui leur permet de croire qu'ils sont l'histoire. A tout le moins, puisque pour eux cela me paraît désespéré, il faut surtout que les dominés, ces gens qui ne sont rien, changent d'histoire, sortent du cadre mental et national qui seul légitime les puissants de ce monde. Ce n'est qu'en changeant d'histoire qu'ils pourront faire leur propre histoire, ce n'est qu'en cassant les repères temporels et géographiques du pouvoir qu'ils arriveront, que nous arriverons à le briser lui-même.

Passons sur le fait que l'Etat français qui se voudrait le chantre de la laïcité se fasse, dans cette histoire de cathédrale, le héraut de "Notre-Dame" et d'une chrétienté pleinement assumée...

Louis - Colmar le 17 avril 2019

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