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théorie politique

Capitalisme, guerres et pandémies, partie IV (début)

Publié le 12 Avril 2020 par PB/Pantopolis

  1. Destruction des systèmes de santé et de l’écosystème mondial par le Capital

L’éclatement d’une violente pandémie, comme le Covid-19 a semblé tomber brutalement du ciel, comme une onzième plaie d’Égypte. L’économie américaine semblait prospère, et le chômage était à l’étiage. Tout le monde, ou presque (sauf les sans-logis ou les innombrables travailleurs précaires) se rendait chaque jour de sa maison à son lieu de travail, nourrissant l’espoir que tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes capitalistes possible.

Aujourd’hui près de la moitié de la population mondiale est « confinée » – y compris dans les zones déshéritées où le «remède» sera pire que le mal (500 millions de nouveaux ultra-pauvres attendus !). Cet événement sans précédent dans l’histoire humaine n’est une surprise que pour les gros bras du déni (les Superdupont et autres Captain America du type Trump et Bolsonaro, mais il y en a tant d’autres). Ce n’en est certainement pas une pour tous les organismes de sécurité nationale représentés dans la Commission européenne, et en premier lieu pour la CIA étasunienne. Dès 2009, l’une comme l’autre prévoyaient à l’horizon 2025 un désastre programmé : «une pandémie aux effets dévastateurs», pour la première; une pandémie apocalyptique pour la seconde, qui semble miser sur l’apparition d’une peste d’un genre nouveau («un don du Ciel» dans le langage trumpien) pour réduire la population surnuméraire (pour le capital étasunien) du «tiers-monde» développé ou pas :

Dans le pire des cas, des dizaines, voire des centaines de millions d’Américains sur le territoire américain tomberaient malades et les décès se chiffreraient en dizaines de millions. En dehors des États-Unis, la dégradation des infrastructures de base et les pertes économiques à l’échelle mondiale auraient les effets suivants : environ un tiers de la population mondiale tombera malade et des centaines de millions de personnes mourront[1].

  1. De nouvelles pandémies profitant d’un système de santé capitaliste à la dérive

Le capitalisme, au niveau mondial, et particulièrement dans ses méga-centres, a longtemps vécu dans l’illusion qu’il pourrait tout maîtriser, les bugs économiques comme d’éventuelles pandémies. Tout semblait se passer comme dans un jeu vidéo où le meilleur joueur (toujours le capitaliste) vient à bout de tous les obstacles et remporte la mise. Dans le cas des pandémies, tout était sous contrôle.  La variole n’était-elle pas éradiquée, selon l’OMS, depuis le 8 mai 1980, jour de l’Armistice mettant fin à la Seconde guerre mondiale ?

Or les années 80, et les décennies suivantes, qui furent des années de boom économique (grâce surtout à l’entrée fracassante de la Chine sur le champ de bataille capitaliste), furent celles de l’entrée en scène de plus en plus insistante de bataillons entiers de l’armée des virus, présentant de nouvelles stratégies de pénétration des cellules vivantes au gré de mutations sophistiquées.

Une partie des virus (plusieurs milliers) qui circulent maintenant à très grande vitesse sont très archaïques (peut-être trois milliards d’années) et peuvent être considérés comme des êtres vivants, car issus d’ancêtres vivants[2]. Ils ont été, tous comme les différentes classes capitalistes, les grands bénéficiaires de la mondialisation sauvage qui règne depuis près de 40 années.

Les «nouveaux virus», dits «émergents», appartiennent à la catégorie des virus tenus en captivité par une faune et flore « sauvages » restées longtemps épargnées par la «civilisation», celle des marchands prédateurs. La déforestation systématique (pour «faire» du soja, des biocarburants, etc.) et l’intégration d’espèces animalières «sauvages» dans les chaînes commerciales ont contribué à y intégrer ce type de virus. En Chine, et ailleurs, le braconnage de certaines chauves-souris (plus de 1.600 espèces, dont la moitié en voie d’extinction), de pangolins, tous porteurs d’agents virulents pour l’homme, ont accéléré la propagation de ces zoonoses «émergentes». Or, plus de 100.000 pangolins sont victimes chaque année en Asie et en Afrique d’un trafic illégal qui en fait l’espèce la plus braconnée au monde, largement devant les éléphants ou les rhinocéros, dont les cornes valent de l’or sur le marché juteux de la « médecine traditionnelle » chinoise.

Certains virus, en passant d’une espèce à l’autre, puis par des stratégies de mutation, finissent par franchir la barrière de l’espèce humaine. C’est le cas du Sras-Cov-2 qui ressemble manifestement (à 80 %) à celui qui toucha une partie du monde en 2002-2004.

L’actuel Covid-19 n’est donc pas une sorte d’ornithorynque pour les scientifiques. Il fait partie de ces nombreuses nouvelles maladies infectieuses d’origine animale (zoonoses) qui ont émergé au cours de ce dernier demi-siècle qui a vu la population mondiale passer de 3 milliards à près de 8 milliards d’hommes et de femmes.

Le Vih (Sida) est le premier virus d’origine animale (simienne) à avoir fait son entrée fracassante, en 1981, sur la scène des pandémies mondiales. Il a tué 37 millions de personnes, principalement en Afrique, depuis son apparition à Kinshasa à la fin des années 1920. La pandémie a entraîné à ce jour près de 75 millions d’infections, la plus grande partie en Afrique subsaharienne. Il est désormais endémique. L’ONU, très optimiste, se risque à annoncer une sortie d’épidémie en 2030, malgré l’effondrement des politiques de prévention sanitaire.

Auparavant, en 1976, Ebola avait contribué à faire tirer la sonnette d’alarme. Avant que n’éclate cette épidémie, la population d’Afrique centrale avait été confrontée à la fièvre de Marburg, décrite en 1967 lors de la contamination de médecins soignants. Cette fièvre endémique au Congo est causée par un virus proche d’Ebola, et véhiculé par un cercopithèque (vivant dans les forêts) importé d’Ouganda.  Le virus Ebola est responsable de fortes fièvres et d’hémorragies souvent mortelles. Le taux de létalité oscille entre 30 et 90 % selon les épidémies et l’espèce virale. Le réservoir naturel du virus, là encore, pourrait être une espèce de chauve-souris. Le virus devient pathogène lors de l’infection d’autres animaux sauvages de la forêt tropicale (simiens), souvent braconnés. Le virus Ebola a été découvert au Soudan et en République démocratique du Congo. Depuis, une vingtaine de flambées épidémiques sont apparues en Afrique centrale. En décembre 2013, le virus a atteint l’Afrique de l’Ouest, région jusqu’ici épargnée. En 2014, il a provoqué la plus meurtrière épidémie connue à ce jour.

Le sras (syndrome respiratoire aigu sévère) est la première maladie grave transmissible à entrer dans le xxie siècle. L’épidémie, partie de Chine en novembre 2002, est devenue mondiale en 2003 faisant plus de 800 morts (officiellement !). Après une «alerte» déclenchée le 12 mars 2003 par l’OMS, l’épidémie put être endiguée (en juillet 2003) par des mesures classiques d’isolement et de quarantaine. Le sras est provoqué par un virus de la famille des coronavirus, le Sars-CoV-1. Le réservoir animal de ce est une chauve-souris insectivore. L’hôte intermédiaire qui a permis le passage du virus à l’homme est la civette palmiste masquée, vendue sur les marchés au sud de la Chine. Il s’est rapidement propagé au niveau mondial à la faveur des transports aériens, le carburant le plus explosif en étant les hubs aéroportuaires ou les grandes concentrations humaines.

Le mersCoronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient – est un autre virus zoonotique, beaucoup plus dangereux; touchant le tractus respiratoire, il est létal dans 30 % des cas. Ce virus identifié pour la première fois en Arabie saoudite en avril 2012, puis en Égypte, Qatar, Oman, etc., résulterait d’une transmission d’un virus de chauve-souris au chameau, qui contamine ensuite l’homme.

Le Zika, un flavivirus transmis par les moustiques du genre Aedes, est passé du macaque à l’homme en Ouganda, vers 1954, s’est répandu en Afrique et Asie, puis a récemment émergé en Polynésie, Amérique centrale et en Amérique du Sud. Sans qu’il y ait le moindre vaccin pour le combattre, le zika s’est mondialisé. La maladie se manifeste par des symptômes typiques, tels le syndrome de Guillain-Barré ou la microcéphalie néonatale.

D’autres candidats à cette mondialisation attendent patiemment leur heure. Les candidats se bousculent devant le portillon : la fièvre de Lassa (Nigéria, 1969), virus Sabía (fièvre hémorragique du Brésil, 1989), le virus Junín (fièvre hémorragique d’Argentine, 1957), virus Machupo (Bolivie, 1959), Guanarito et Pirital (Venezuela, 1991 et 1994), Whitewater Arroyo (Nouveau-Mexique, 1991), etc. Beaucoup de ces maladies se sont développées à la faveur de la déforestation, de la transformation de forêts tropicales en prairies sèches ou en champs, destinés à l’agro-business capitaliste.

Toutes ces prétendues nouvelles « maladies émergentes » ne doivent pas être le bosquet qui cache l’immense forêt des « classiques » maladies virales et bactériennes, prétendument vaincues et toujours prêtes à reprendre du service. Des maladies virales « classiques », jadis traitées par des vaccins infantiles efficaces ont brutalement flambé. Les cas de rougeole ont bondi de 300 % dans le monde au premier trimestre 2019. L’OMS a lancé cette mise en garde : « la rougeole est encore plus contagieuse que le Covid-19». Aux Samoa, où l’on ne vaccinait plus, la situation s’est aggravée aussi bien par carence en vitamine A et malnutrition que par la diffusion d’un dangereux vaccin frelaté.

La tuberculose décimait encore en 2018 : sur les 10 millions d’infectés, 1.5 million de tubards sont décédés, dont plus de de 200.0000 enfants. Trois millions de cas ne sont pas traités, et la maladie fait deux fois plus de victimes que le sida[3].  Les bacilles de Koch, de plus en plus résistants, se répartissent à moitié en trois grands ensembles capitalistes : Inde (27 %), Chine (14 %) et Russie (9 %).
Le paludisme, qu’on oublie trop souvent, n’a pour origine ni un virus ni une bactérie, mais un parasite formé d’une cellule unique qui se multiplie dans les globules rouge. Ce fléau, qui tue chaque année plus de 450.000 personnes, dont 93 % en Afrique, infecte 213 millions de personnes. Aujourd’hui, les décès repartent à la hausse, après une accalmie.

Pourquoi face à toutes ces maladies, émergentes ou pas, bactériennes, virales ou autres, le capitalisme est-il si impuissant ? Pourquoi cherche-t-il à transformer ces maladies en « catastrophes » naturelles, au même titre que les accidents du travail ou les maladies professionnelles (comme l’amiante) – deux millions de morts en 2018 (deux fois plus que la grippe de Hongkong de 1968 – ; ou la pollution (7 millions de morts en 2018, record absolu !)[4]. Dans le cas de la pollution, tous les observateurs scientifiques indépendants mettent en cause les particules fines. Et l’on sait maintenant que celles-ci favorisent nettement la propagation de virus comme le Codiv-19.

La boucle est bouclée. Si on veut resserrer la boucle on trouvera à chaque fois le grand cycle de la valorisation accélérée du capital qui ne s’embarrasse guère de considérations humanitaires. La machine à produire des profits est aussi une machine à déconstruire tout ce qui touche aux besoins les plus élémentaires de l’humanité (enseignement, soins, alimentation). Le monde de 2020 au temps du Coronavirus est le résultat de la transformation du monde en gigantesque Metropolis du Profit, où ce ne sont pas les esclaves du capital qui stoppent la machine, mais bien le Capital lui-même. Si la machine s’est arrêtée – ou presque – sur la moitié de la terre, cela est dû à la faillite complète et générale de la politique sanitaire, qui exige une prévention sur le long terme, et donc des structures solides et adéquates.

C’est un truisme de dire que la capacité de soins représente le facteur premier dans la lutte contre le Coronavirus. En Italie, 46.500 emplois dans le secteur de la santé ont été supprimés entre 2009 et 2017; près de 70.000 lits d’hôpital ont disparu. La Grande-Bretagne a suivi la même voie, entre 2000 et 2017, le nombre de lits disponibles diminuant de 30 % ! La France aussi a connu une réduction drastique du nombre de lits et une réorganisation ultralibérale de l’offre de soins (privatisation et «managérialisation» de l’hôpital). En plus de vingt ans, près de 30.000 lits ont disparu.

Aux USA, où les soins médicaux et traitements médicamenteux sont trois à quatre fois plus chers qu’en France, c’est pire encore. Avec un taux de 2,8 lits pour 1.000 habitants, les États-Unis ont un niveau d’équipement inférieur aux autres pays actuellement touchés par la pandémie. Dans ce pays censé être le plus riche du monde – avec une brochette de magnats capitalistes [Jeff Bezos (Amazon), Bill Gates (Microsoft), Warren Buffett, Michael Bloomberg (candidat démocrate en faillite aux présidentielles !), Larry Ellison (Oracle Corporation), etc.] – l’espérance de vie a fortement décliné depuis trois années. C’est la première fois que cela se produit depuis la grande pandémie de grippe espagnole. Ce déclin est dû en partie à la mortalité accrue des adultes américains blancs en raison du nombre de morts par suicide, drogues (opioïdes) ou alcool qui s’accroissent pour les hommes comme pour les femmes vivant dans une économie du malheur qui pousse au désespoir des millions d’êtres atomisés par la crise, le chômage, les petits boulots de survie. Les minorités « ethniques » (Afro-Américains, Hispaniques) endurent plus encore la première étape de la « décroissance » capitaliste : celui de l’espérance de vie. Alors que celle-ci était en moyenne de 80 ans aux USA, elle est aujourd’hui de 78 ans, soit moins qu’à Cuba (le PIB par habitant est 7 fois inférieur à celui de l’Empire trumpien !). 

 

En Russie, pays de cocagne pour les oligarques du pouvoir poutinien, l’espérance de vie pour un homme qui était de 65-67 ans de 1960 à 2000 est passée péniblement à 72 ans[5]. Mais, dans ce pays, qui a échappé aux opioïdes, le bon vieux opium russe, la vodka, ne fait plus recette (la consommation d’alcool des Russes a chuté de 43 % entre 2003 et 2016, selon l’OMS).

 

Les hommes politiques bourgeois ou leurs sous-fifres – professionnels du bobard en tout genre – font fi d’une réalité quasi universelle : à coup de coupes budgétaires incessantes, le pouvoir a démantelé tout un système de protection sociale, ne gardant que ce qui pouvait être rentable pour le capital privé, que ce soit dans la gestion des hôpitaux, la recherche fondamentale, et l’élaboration de nouveaux médicaments. L’État s’est désengagé, laissant le champ libre à la course à la maximisation des profits, dans une perspective purement « immédiatiste », où la santé publique est la dernière roue du carrosse doré des laboratoires pharmaceutiques. Citons cet extrait d’une enquête sur les géants du secteur aujourd’hui :

Il y a une grande activité quand (les épidémies) font rage, mais dès que la situation s’améliore, les investissements diminuent. Cela signifie que des technologies médicales prometteuses peuvent être abandonnées en chemin parce que plus personne n’est prêt à payer la facture[6].

Quand il s’agit de tester les médicaments antiviraux les plus prometteurs, se déclenche une féroce lutte intercapitaliste pour l’appropriation des brevets, donc pour obtenir un juteux monopole sur le marché. Prenons l’exemple du Remdesivir, un antiviral développé par la société américaine Gilead Sciences. Cette dernière, treizième plus grande société pharmaceutique mondiale, a refusé de participer aux essais du médicament en Chine de peur de voir la manne du brevet lui échapper. En fait, un laboratoire chinois (Wuhan Institute of Virology) a également revendiqué la « paternité » du brevet du traitement du Covid-19 par le Remdesivir[7].

De toute manière, ce n’est pas la mise sur le marché d’un médicament «miraculeux» qui arrêtera la propagation de pandémies multiples et mutantes, qui contribuent en partie à la diminution de l’espérance de vie. Cette lente décroissance de l’espérance de vie, l’affaiblissement (voire l’effondrement soudain) de la résistance humaine aux pandémies trouve ses vraies causes ailleurs : dans l’incapacité congénitale du capitalisme à donner une réponse humaine aux besoins fondamentaux de la communauté humaine, à prévenir les désastres et à maintenir la vie tout court sur notre planète, se révélant infiniment plus destructeur que le coronavirus le plus « vicieux » ou la « peste » la plus meurtrière.

 

[1] Le monde en 2025, Commission européenne, Bruxelles, 2009; Global Trends 2025: A Transformed World, nov. 2008, US Government Printing, nov. 2008, p. 75.

[2] Román Ikonicoff, Science et Vie, 7 avril 2020 : https://www.science-et-vie.com/corps-et-sante/origine-des-virus-le-nouveau-scenario-39654.

[3] Le Monde, 17 octobre 2019.

[4] Les Échos, 2 mai 2018.

[5] Perspective monde. Outil pédagogique des grandes tendances mondiales depuis 1945 (Université de Sherbrooke, Québec, Canada).

[6] Jessica Davis Plüss, «Pourquoi les  géants de la pharma boudent le coronavirus», 11 mars 2020 : https://www.swissinfo.ch/fre/covid-19_pourquoi-les-g%C3%A9ants-de-la-pharma-boudent-le-coronavirus/45609912.

[7] Matthieu Dhenne, «Une pandémie sur fond de guerre des brevets» : https://www.village-justice.com/articles/coronavirus-une-pandemie-sur-fond-guerre-des-brevets,34260.html (8 avril 2020).

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