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théorie politique

Conclusion : Être enterré par le capitalisme ou délivrer la terre entière d’un système vampirique ?

Publié le 10 Avril 2020 par PB/Pantopolis

Conclusion

Être enterré par le capitalisme ou délivrer la terre entière

d’un système vampirique ?

 

  • Une descente aux abysses

Selon les premiers pronostics du FMI, le PIB des États-Unis va se contracter de 6 % au cours du premier trimestre, d’environ 30 % au cours des deux trimestres à venir. Pour l’année 2020, on s’attend à une «croissance négative» de 10 % pour les États-Unis et de 18 % pour la zone euro. Comme ces chiffres sont donnés par le FMI de Washington (instrument du capital américain), il est possible qu’il faille inverser ces deux chiffres. Aucun institut de prévision ne se risque à prévoir la forme de la courbe économique : elle ne suivra ni la courbe en V (chute suivi d’un rebond) ni en U (reflux prolongé avant rebond) ni en L (chute puis longue stagnation). Elle pourrait même être en I, équivalant à la chute verticale d’une pierre[1].

Les chiffres annoncés de suppression des emplois au niveau mondial – très largement sous-estimés – sont de 25 millions pour 2020. Rappelons qu’en 1932, en pleine crise de 29, il y avait 40 millions de chômeurs industriels recensés, dont 13 millions pour les USA (25 % de la population active). Si Goldmann Sachs donne 15 % de chômeurs à l’horizon du « rêve américain »[2], la Réserve fédérale de Saint-Louis donne un tableau bien plus sombre; elle redoute une suppression de 47 millions d’emplois dans l’Amérique de Trump, ce qui se traduirait par un taux de chômage de 32 %, un taux proche de celui de l’Allemagne de Weimar en 1932.

Les victimes du chômage seront donc infiniment plus importantes que celles du coronavirus. Privés souvent de soins, les chômeurs sont les premières victimes : «On observe une surmortalité des chercheurs d’emploi, avec 10.000 à 14.000 décès imputables chaque année au chômage»[3]. L’épidémie de coronavirus, qui est circonstancielle et non permanente, aura entraîné – vers la mi-avril – dans une puissance moyenne comme la France, la mort de plus de 15.000 personnes. Le bilan sera bien pire pour les sans-travail, les sans-abri, les précaires, tous ceux que le système ne comptabilise pas et rejette impitoyablement, en cas de perte d’emploi. Aux USA, ils perdent leur couverture médicale. S’ils sont nouveaux propriétaires et se retrouvent dans l’incapacité de rembourser leurs emprunts, le capital les jette sans ménagement à la rue, comme cela s’est produit après 2008.

L’année 2020 ne se terminera pas sans que la situation alimentaire ne se dégrade fortement. Le journal britannique Independent évalue à 1,7 million les personnes actuellement incapables d’acheter suffisamment de nourriture, tandis que 2,2 millions de britanniques ne seraient pas en mesure de payer leur loyer. Dans les pays plus pauvres, c’est pire. Le confinement se traduit – comme en Équateur, à Guayaquil, où les plus pauvres ne reçoivent aucune aide – par une politique d’affamement, imposée par les forces du désordre d’État : «Les policiers sont intervenus à coups de matraque, poursuivant les gens, cognant, entrant dans les maisons. Mais comment peut-on dire à un pauvre de rester chez lui quand il n’a pas de quoi manger ? » [4].

L’État providence, pour autant qu’il ait existé, ne sera plus qu’un souvenir, dans la lutte féroce que se livreront les principaux capitalismes pour ne pas perdre leurs anciennes positions sur le marché mondial. Et face à une explosion de chômage, touchant les plus pauvres et les moins pauvres, la bourgeoisie dans chaque pays répugnera à accorder des allocations chômage, quand il y en a, et encore plus des aides aux réfugiés chassés par les guerres ou les effets du réchauffement climatique. Ce sera le retour du bon vieux malthusianisme bourgeois, où toutes les «bouches inutiles» doivent être éliminées du «festin», dans une nature devenue totalement capitaliste :

Un homme qui naît dans un monde déjà occupé, si sa famille ne peut le nourrir ou si la société ne peut utiliser son travail, n’a pas le moindre droit à réclamer une portion quelconque de nourriture : il est réellement de trop sur la Terre. Au grand banquet de la Nature, il n’y a pas de couvert mis pour lui. La Nature lui commande de s’en aller, et elle ne tarde pas à mettre elle-même cet ordre à exécution, s’il ne peut recourir à la compassion de quelques-uns des convives du banquet[5].

Pour tous ceux qui oseront revendiquer leur juste place, qui devrait être la première, alors qu’ils sont les créateurs de TOUTES les richesses de la société, travailleurs manuels et intellectuels, la réponse de Dame « Nature » capitaliste sera toujours la même : la force, la dictature de l’argent s’appuyant sur l’usage systématique d’une violence aveugle, garantie par le blindage renforcé de l’État.

Dans les pays les plus pauvres, la dictature du confinement – sans la moindre protection pour ces nouveaux prisonniers, dont l’autorisation de sortie équivaut à une nouvelle forme de bracelet électronique – marque le triomphe de l’absolutisme policier[6] et/ou militaire : le ministre en chef de l’État de Telangana (Deccan, Hyderabad) a mis les points sur les i : « L’administration ne peut pas arrêter tout le monde et je vais devoir appeler l’armée ou donner l’ordre de tirer à vue. S’il vous plaît, restez à la maison » [7]. Même discours de tueur chez le président philippin Rodrigo Duterte, le 2 avril, qui donne ordre aux militaires et policiers de massacrer les «perturbateurs» comme ils le font déjà avec les dealers : «Compris ? Tués. Je vais vous enterrer ».

Ce confinement carcéral équivaut à une descente aux enfers, bien en dessous du seuil de pauvreté. Dans ces pays où domine l’économie informelle, on en entrevoit les effets : famines, interruption d’échanges vitaux, et explosion de pandémies anciennes ou nouvelles, d’autant plus que le système de santé, déjà structurellement défaillant, ne cessera de plonger. Une telle situation ne peut que favoriser une décomposition sociale endémique, se traduisant par des guerres civiles à répétition où dominent toutes sortes de bandits ou «seigneurs de la guerre», dont la couverture idéologique (religieuse ou non) ne peut dissimuler une politique systématique de pillages et de meurtres, et une soif dévorante de pouvoir (bourgeois bien sûr).

  • Une violence sans fin

Aux USA, où domine le mythe du cow-boy qui tire plus vite que son ombre, il s’est vendu deux millions d’armes en mars 2020. Trump a même placé les vendeurs d’armes individuelles sur la liste des entreprises de première nécessité. Les achats de fusils, de revolvers et de pistolets mitrailleurs ont doublé depuis le début de la crise, prémisses de violences sans fin. Ce «rebond économique» ne pourra qu’alourdir le bilan funèbre de la gestion sanitaire.

Et au bout du compte, on assistera à des pandémies de violence guerrière, locale, continentale et même généralisée. La course aux armements, où les USA partent toujours vainqueurs, n’a jamais été aussi intense depuis dix ans : les dépenses militaires se sont accrues de 4 % en 2019, soit la plus forte hausse de la décennie écoulée[8]. Le confinement des ouvriers travaillant pour l’industrie militaire est inconcevable pour toutes les puissances impérialistes. En France, où quelques usines avaient été fermées sans préavis, la ministre de la défense Florence Parly a rappelé que «l’activité des entreprises de défense doit continuer» coûte que coûte[9].

Alors qu’il est inévitable que les conflits en cours en différents endroits de la planète (Libye, Syrie, Turquie, Yémen, Afghanistan, Cachemire, Mindanao (Philippines), Somalie, Sahel…) se perpétuent, le secrétaire de l’ONU, António Guterres, a lancé un vibrant appel à mettre fin aux nombreux conflits armés à travers le monde, au nom de la lutte contre un « ennemi commun : le Covid-19». Un tel appel qui s’appuie sur une pétition en ligne qui vise à rassembler des millions de signatures est un leurre pour une réalité qui est explosive : des millions de réfugiés de guerre, parqués dans des camps de fortune, vivant dans les pires conditions sanitaires et alimentaires, et susceptibles de devenir la proie idéale de toutes les pandémies présentes et à venir.

De tels discours remémorent la faillite politique de la SDN, l’ancêtre de l’ONU, qui fit toujours appel aux bonnes volontés pacifiques et proclama la mise hors la loi de la guerre, lors du pacte Briand-Kellogg signé le 27 août 1928, dans un salon du Quai d’Orsay, quelques mois avant la Grande Crise qui devait déboucher sur la seconde guerre mondiale.

Tous ces beaux discours de tribune, toutes ces belles pétitions en ligne ne sont que du vent. La cruelle réalité est là : les guerres auxquelles s’ajoutent différentes répressions ont fait plus de 200.000 morts en 2019.

Les capitalistes et leur personnel politique ne fermeront jamais la boutique de la guerre – qu’elle soit extérieure ou interne à un pays – pour se soumettre à une «trêve mondiale», pour cause de pandémie X ou Y. C’est une évidence absolue que seuls des idéologues aux ordres du système ou de naïfs pacifistes nient avec la dernière énergie.

  • Des illusions réformistes criminelles sur la possibilité d’«endiguer le capitalisme»

Face à une situation catastrophique au niveau écologique, face aux krachs de toute espèce, face à la déshumanisation galopante d’une société fondée sur le seul profit, certains intellectuels prêchent sans jamais siller le retour aux bonnes vieilles solutions sociales-démocrates de compromis et de consensus entre les classes, fondés sur le droit et le multilatéralisme. Bref, il s’agit de s’en remettre, à défaut de Dieu, aux Césars qui dominent le monde, en les faisant adhérer à de nouveaux commandements ou impératifs catégoriques : « tu sauveras la planète que tu exploites dans le seul intérêt de ton capital », « tu humaniseras la société que tu diriges d’une main de fer par la grâce de ton armée et de ta police ».

On peut lire, par exemple dans un livre publié par l’universitaire français Michel Beaud, professeur émérite d’université, qu’il est incongru de «rompre avec le capitalisme». Il s’agit au contraire d’ :

Endiguer le capitalisme, notamment en engageant un travail législatif de longue haleine pour réduire (sic), et si possible stopper (resic), les dévastations humaines et environnementales; ouvrir de nouvelles voies en soutenant, renforçant, démultipliant des actions écologiques et sociales visant à garder notre planète vivante (sic) et à rendre nos sociétés plus humaines (resic)[10].

Frédérique Audouin-Rouzeau, Fred Vargas dans son habit d’auteure de thrillers, a livré au grand public une étude (2009), s’appuyant sur les meilleures sources scientifiques, tirant la sonnette d’alarme sur «l’humanité en péril», centrée sur la destruction de la nature et de tout l’écosystème. Malheureusement, l’auteur préconise non une révolution sociale radicale au niveau mondial, conduite par ceux qui créent les richesses, mais une sorte de « troisième révolution », populiste (« Nous les gens »), écologique certes, mais électoraliste («votons bien») et thorézienne (« Relevons nos manches »), totalement ubuesque en temps de pandémies et d’effondrement du système capitaliste :

Relevons nos manches et travaillons, agissons, restons vigilants et votons, et votons bien pour des responsables conscients, actifs, sincères. Et soyons des centaines de millions à le faire, vite, très vite, qui entraîneront d’autres centaines à la suite. C’est cela, la Troisième Révolution. Nous la réussirons[11].

Il n’y a rien à répondre à cet Himalaya de bêtise électoraliste, qui laisse sans voix (au sens propre et figuré). Les chemins des contre-révolutions du passé (fascisme, nazisme, dictatures de caudillos des deux-mondes), qui se proclament toujours « troisième révolution », celle du « peuple », au-dessus des classes, sont pavés des os de ces champions des pétitions, des marches pacifiques contre le système, du lobbying politique, des appels au boycott, de la cuisine électorale du passé à la sauce radical-socialiste.

Pour renverser un système capital mondial, s’appuyant sur des classes capitalistes puissantes et des classes moyennes qui se sont gavées en recueillant de substantielles miettes (200 millions en Chine !), il faudra bien plus que de la bonne volonté (électorale ou autre).

A l’heure actuelle, le confinement à la maison est loin d’être total. Il ne peut être que partiel pour les secteurs jugés stratégiques par le capital (fabrication d’armes, de navires, de turbines de sous-marins, etc.; alimentation, transports, construction publique).

Une fois venue l’heure du « déconfinement », celle de la sortie du cocon antivirus, tous les travailleurs, femmes et hommes, vont se trouver face à la dure réalité. Le péril qui les menacera le plus ne sera pas tel ou tel virus, mais le capital lui-même. Ayant montré sa totale incapacité à anticiper la crise, et donc à la gérer, le système va faire payer la note à ceux sans lesquels il ne peut engranger ses profits : les prolétaires. Chômage grandissant, réduction du salaire réel, pénuries, militarisation progressive de la société.

Après avoir un peu partout claironné : « Nous sommes en marche » vers plus de progrès, la classe capitaliste peut marteler : « Nous sommes en guerre ». D’abord et avant tout contre tous ceux qui se rebelleront, contesteront l’ordre économique et social existant, en premier lieu contre les prolétaires.

La balle est maintenant dans le camp du prolétariat. À lui de relever le gant que lui jette avec impudence la bourgeoisie !

 

Ph. B., 14 avril 2020.

 

 
[1] Cf. Stephen Bouquin, «Une tempête parfaite. Covid-19 et crise du capitalisme», «Révolution permanente» (Site d´information du courant communiste révolutionnaire du NPA) : https://www.revolutionpermanente.fr/Une-tempete-parfaite-Covid-19-et-crise-du-capitalisme-
20079 (5 avril 2020).
[2] Jérôme Marin, «6,6 millions de chômeurs supplémentaires en une semaine aux États-Unis, nouveau record», La Tribune, 2 avril 2020.

[3] Laurent Joffrin, «Le virus de Charybde et Scylla», Libération, 8 avril 2020.

[4] «À Nigeria, quartier de Guayaquil, la faim effraie plus que le virus », Le Courrier international, 14 avril 2020.

[5] Malthus, Essai sur le principe de population (1798), traduction (1980), I.N.E.D., Paris, 1980.

[6] Laurent Joffrin, «Questions sur le confinement», Libération, 9 avril 2020.

[7] Mail Online, 26 mars 2020 : www.dailymail.co.uk/news/article-8154843/Indians-warned-SHOT-defy-coronavirus-lockdown.html.

[8] Dépêche AFP, Les Échos, 14 février 2020.

[9] «Coronavirus, retour au travail pour les industriels de la défense», Les Échos, 31 mars 2020.

[10] Michel Beaud, Face au pire des mondes, Seuil, 2011, p. 224. La page de couverture appelle à un «esprit de résistance» qui pourrait être entendu par «des gouvernements authentiquement progressistes ».

[11] Fred Vargas, L’Humanité en péril. Virons de bord, toute !, Flammarion, mai 2019, p. 223.

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