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théorie politique

Déconfinement : Les vieilles peaux au poteau?

Publié le 18 Avril 2020 par PB/Pantopolis

Citation d'une bouche dorée du Capital, Christophe Barbier (18 avril 2020), sur BFM TV :

« Le gouvernement va devoir arbitrer entre l’économique et le sanitaire… Pour sauver quelques vies de personnes très âgées, on va mettre au chômage des milliers de gens ? […]

Dominique Da Silva, député LREM du Val-d'Oise, s'exprimant sur BFM TV, le samedi 25 janvier, à propos de la réforme des retraites : «...il faudrait espérer un coronavirus qui viendrait atteindre les plus de 70 ans. Parce que je ne vois pas comment on pourrait équilibrer (le régime des retraites) »

Les journalistes stipendiés et les hommes politiques bourgeois choisissent bien sûr l'économique, Sa Majesté le Capital!

Et les plus de 65 ans votent pourtant Macron and Co ! Selon Ipsos (2019, élections européennes), LREM aurait séduit 12 % des 18-24 ans, 17 % des 25-34 ans, 16 % des 35-49 ans, 21 % des 50-59 ans et 24 % des 60-69 ans et 33 % des 70 ans et plus!

 

Nous publions ce Manifeste des 121 « vieilles et vieux » réfractaires, à l’appel de Sonia Combe, Régine Robin et Dominique Vidal, qui proteste contre le confinement indéfini de toutes ces «choses» que le gouvernement des possédants considère comme des bouches socialement inutiles, encombrant scandaleusement les maisons de retraite (EHPAD) ou les hôpitaux, lorsque surgit brutalement une catastrophe sociale (pandémie, guerres, famines).

Il semblerait que le gouvernement Macron ait reculé le vendredi 17 avril à propos du confinement obligatoire des plus de 65-70 ans, tel que préconisé par des "autorités sanitaires" déconsidérées. Il a reculé sans doute pour des raisons électorales, si les élections devaient se tenir en juin.

Par contre la responsable de la Commission européenne Mme von der Leyen, n'a pas reculé : elle préconise un confinement à la maison de tous les vieillards jusqu'en décembre.

Notre publication de ce "Manifeste" n'est pas une incitation à le signer, bien au contraire. Toute pétition de ce type, voulant se mouler dans un événement historique vieux de 60 années, est hors de propos. Cet appel à signatures n'aura d'impact que sur l'ego d'intellectuelles-intellectuels d'obédience trotskyste ou autre qui l'ont signée, sans doute bien à la légère. Sans se soucier de répondre à LA question essentielle : les vieillards sont-ils une nouvelle classe sociale? Ne sont-ils pas traversés par des clivages de classe? Bourgeois et prolétaires, pour reprendre cette formule du seul Manifeste que nous défendons : le Manifeste communiste de Marx et Engels.

Voici donc nos commentaires à propos du contenu de cette pétition. Ils soulignent les points forts réels de ce "Manifeste" mais aussi toute son insigne faiblesse, à l'aube de luttes sociales qui se produiront inévitablement après le 11 mai

***

La pandémie du Codiv-19 était une catastrophe prévisible, pas du tout «naturelle » comme un séisme ou une éruption volcanique, mais bien un fléau social, que la classe bourgeoise au pouvoir a cherché (comme le capital chinois, américain, britannique, néerlandais, brésilien, etc.) à minimiser, voire à nier, le plus longtemps possible, jusqu’au moment où la bombe leur a explosé au visage.

En France, comme dans maints pays (sauf l’Allemagne et la Corée du Sud, semble-t-il), tous les responsables patentés du pouvoir n’avaient ni masques, ni tests, ni gels, ni gants, ni respirateurs à offrir, et encore moins un traitement médicamenteux ou des vaccins possibles.  Depuis plus d’une décennie, les lits d’hôpitaux étaient supprimés, le Budget et les Finances rivalisaient d’inventivité pour mettre fin aux coûts « inutiles ». Le personnel (médecins, infirmières, personnels de salle) était réduit à accomplir avec une infinie abnégation ses tâches quotidiennes. Dans les pires conditions possibles, comme des esclaves ne jouissant d’aucune considération sinon celle d’endurer le chat à neuf queues des coupes budgétaires.

Depuis au moins une décennie, toute une armada de journalistes stipendiés, aux ordres du Capital, proclamait cyniquement : « Dommage que [le gouvernement Philippe] n’ait pas profité de ce moment de générosité [les vagues promesses !] pour exiger en retour quelques mesures fortes de réorganisation et de chasse aux dépenses inutiles, dans un secteur qui en compte tant» (Nicolas Beytout, patron de presse, nov. 2019). Ou bien Nicolas Bouzou, «consultant économique» : « Dans 10 ans, nous aurons deux fois trop de lits d’hôpitaux» (2014).

Devant l'absence invraisemblable de masques lors de cette crise pandémique, pour les soignants comme pour l'ensemble de la population, on peut se demander si la crise des gilets jaunes n'a pas joué un rôle modeste certes, mais réel. Pendant cette crise, posséder un masque contre les gaz (mais c'est aussi efficace contre la pollution et les "microbes") était pour la police un crime. Ceux qui en avaient dans leur sac se faisaient interpeller brutalement.

À défaut de masques salvateurs, de lits d’hôpitaux, le pouvoir a organisé pour les « vieilles peaux » un splendide spectacle : une exposition de cercueils aux Halles de Rungis, dont les pompes funèbres encaissaient la recette pour ses « bonnes œuvres ».

Face au cynisme monstrueux du pouvoir, qui veut jeter les « vieilles et les vieux » à la trappe, ce nouveau « Manifeste des 121 » rappelle une évidence que tout enfant de 7 ans, parvenu à l’âge de la raison, saisit sans effort : l’immense contribution des « vieilles peaux » à leur famille et à la société :

(ces) « vieux » qui travaillent encore grâce au recul de l’âge de la retraite, qui complètent leur misérable pension pour avoir de quoi survivre, qui aident financièrement ou pratiquement leurs enfants adultes ou qui animent par centaines de milliers les associations.

Nous ajouterons : il y a aussi ces "vieilles peaux" qui continuent  à militer sans relâche pour le renversement de la société la plus criminelle de l'histoire : la société capitaliste qui mène l'humanité à la tombe.

Le « Manifeste» souligne in fine :

L’humanité serait-elle arrivée au bout du processus de civilisation pour se livrer à l’«âgisme», à un racisme « anti-vieux » et, pourquoi pas, au génocide (soft) des anciens ?

Si cela devait s'avérer, « les vieilles et les vieux » seraient-ils les « nouveaux et nouvelles juives », dont le pouvoir décidera arbitrairement, en suivant ses critères de classe, qui est vieille/vieux ou pas ? À quel âge devrait commencer la vieillerie maudite ? Qui déciderait quand on devient une « vieille peau », juste bonne à incinérer (pour éviter la surcharge des cimetières) ? Jadis, le gros Goering, au milieu d’une dose euphorique de morphine, pouvait proclamer : « c’est moi qui décide qui est juif ou pas ! ».

Il existe bien sûr d’autres solutions, que la littérature classique et le cinéma, ont déjà imaginés.

Le Chat botté de Charles Perrault, sans user du moindre chat à neuf queues, prévenait : « Vous serez tous transformés en chair à pâté ».

Plus moderne,  le film Soleil vert (Richard Fleischer, 1974) imaginait une société future (en 2022, donc dans deux ans) où les « Hommes » (la société du profit) avaient épuisé «leurs» ressources naturelles. Vieux, inutiles, improductifs, ils sont transformés non en chair à pâté mais en «soleil vert», sorte de pastille ultraprotéinée, qui «nourrit» une population miséreuse. Omniprésente, la police assure l’ordre du « soleil vert », toujours en marche…

 Il s’agit bien sûr de pure fiction dans laquelle il ne faut pas tomber. Quant aux vieilles peaux bourgeoises elles jouiront de la pleine considération de la classe dirigeante, si elles présentent un intérêt pour elle, sauf si elles se retrouvent dans des EHPAD, où elle peuvent mourir du virus après avoir bien payé...

Ce qui ne relève pas de la fiction, c’est bien la réaction sociale réelle qui pointera son nez après le déconfinement, toutes jeunes peaux ou vieilles peaux confondues.

Toutes ces « peaux » souples ou flétries n’auront certainement pas le goût de pousser la chansonnette : « prévenez les gendarmes que nous n’aurons pas d’armes et qu’ils pourront tirer » (Le Déserteur de Boris Vian).

Les travailleurs et travailleuses, quelle que soit la texture de leur peau, l’état de leurs artères et de leurs poumons, ne devront pas déserter le combat social, comme semble le suggérer par la bande ce "manifeste".

Ils auront bien des armes, les seules qu'ils aient : les armes de l’organisation et de la lutte, contre le pouvoir du capital.  Ils ne seront pas comme des moutons qu’on peut gentiment conduire à la mort : « nous ne sommes pas de la viande de boucherie », ont crié les ouvriers en grève italiens pendant le confinement.

Lorsque le « déconfinement » commencera, la classe laborieuse, dont font partie toutes ces « vieilles peaux », comme tous ces gilets jaunes ouvriers et employés qui ont manifesté leur colère aux rond-points et dans la rue, en 2018-2019, devra vigoureusement manifester sa force de classe.

Si cette force se manifeste, les grenades et les tirs de flash ball du pouvoir auront plus de mal à partir.

Non, « les gendarmes » ne pourront tirer impunément, comme ils l'ont fait pendant la  crise des gilets jaunes ou lors de manifestations ouvrières.

Pantopolis, 18 avril 2020.

 

Nous publions ce Manifeste des 121 "vieilles" et "vieux" réfractaires - accompagné de nos critiques (voir supra). Ce second Manifeste se veut un calque actualisé du Manifeste des 121 contre la guerre en Algérie (6 septembre 1960). 

 

Manifeste des 121 «vieilles et vieux» réfractaires
À l’appel de Sonia Combe, Régine Robin et Dominique Vidal, 121 personnes âgées de plus de 60 ans ont signé le Manifeste suivant, où elles se déclarent « réfractaires » à une prolongation du confinement discriminatoire envers les « vieilles et vieux ».

 

Le président de la République a annoncé que le déconfinement, prévu le 11 mai, serait progressif. D’abord les enfants, afin que leurs parents puissent aller travailler. Plus tard – jusqu’à quand, on n’en sait rien – les « vieux ». Condamnés au confinement sans date ? Comme les lépreux des temps anciens ?

À quel âge commence cette catégorie ? (Brigitte Macron en fera-t-elle partie ?) Mais on comprend : les vieux, ce sont les retraités, les improductifs. Ceux-là devraient se résigner, même bien portants, à déprimer chez eux. Et s’ils ne sont pas en bonne santé, à attendre … la mort chez eux, ou en EHPAD, histoire de ne pas encombrer les hôpitaux. Et les « vieux » qui travaillent encore grâce au recul de l’âge de la retraite, qui complètent leur misérable pension pour avoir de quoi survivre, qui aident financièrement ou pratiquement leurs enfants adultes ou qui animent par centaines de milliers les associations, dernier tissu vivant de notre société ?

Ayant décidé un confinement dans des conditions quasi inhumaines, faute de masques, de tests, de gel, de gants et de lits d’hôpitaux équipés de respirateurs, qui auraient suffi à maîtriser la pandémie annoncée, ce gouvernement entend faire porter la responsabilité de son incompétence criminelle sur la société et, quand celle-ci n’en peut plus (de même que l’économie productiviste, règle d’or de la gouvernance Macron et d’autres avant), sur les « vieux », maillon le plus faible – ainsi pensent-ils, ces gens-là. Sans doute parce qu’ils savent qu’il n’y aura toujours pas suffisamment de masques, tests et gants pour tout le monde.

Ont-ils réfléchi à ce que cela signifie sur le plan éthique, un « tri » auquel se refusent pour la plupart médecins et personnels soignants qui sauvent le plus de vies possible dans des conditions extrêmes? L’humanité serait-elle arrivée au bout du processus de civilisation pour se livrer à l’« agisme », le racisme « anti-vieux » et, pourquoi pas, au génocide (soft) des anciens ? Allons-nous commencer la « société d’après » par cette mesure liberticide et de toute évidence anticonstitutionnelle ?

Si Emmanuel Macron confirme que, malgré le déconfinement annoncé pour le 11 mai, les « aînés » devront rester confinés, nous, soussigné.e.s réfractaires, déclarons que le 11 mai, nous aussi, nous sortirons. Et, comme le chantait Boris Vian, « prévenez les gendarmes que nous n’aurons pas d’armes et qu’ils pourront tirer… »

https://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/170420/manifeste-des-121-vieilles-et-vieux-refractaires?utm_source=20200417&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[QUOTIDIENNE]-20200417&M_BT=1262178468541

 
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