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théorie politique

Temps critiques : De quelques rapports entre le coronavirus et l'Etat (avril 2020)

Publié le 9 Avril 2020 par temps critiques

Nous donnons ici la conclusion finale de Temps critiques. Les lecteurs peuvent télécharger le texte complet sur le site de la revue :

site : http://tempscritiques.free.fr/
blog : http://blog.tempscritiques.net/
Temps critiques, 11, rue Chavanne, 69001 LYON
courriel : tempscritiques(arobase)free(point)fr

Pantopolis

Toute sortie de crise doit passer par un nouveau rapport de forces

(...) 

Rester chez soi et avoir tout à disposition (technologie) fait pendant au toujours être à disposition (de l’employeur). Qu’il s’agisse de travail, de jeu ou de loisir, de communication, il s’agit de maintenir une continuité.

Ainsi, au-delà de la façon dont le pouvoir gère la crise en cherchant à rester « maître du temps », peut se poser pour chaque individu salarié, la possibilité de revoir son rapport au travail en général et au temps de travail en particulier. C’est-à-dire ce « temps aux ordres » qui à travers le processus d’inessentialisation de la force de travail se trouve aujourd’hui essentiellement consacré à consolider les bases de la domination dans la production des rapports sociaux capitalistes. Et voilà qu’un virus produit un chamboulement mondial dans la mécanique quotidienne (métro, boulot, dodo). De manière brutale, des millions de personnes se retrouvent reconfigurés par l’État à une vie réduite au strict minimum (travailler, manger, se soigner) et pour ceux ne pouvant ni se rendre au travail ni télétravailler et qui n’ont pas de garde d’enfant, placés d’office en chômage technique (mais avec maintien de revenus) pour une durée relativement indéfinie.

Les médias liés aux pouvoirs ne cessent de prescrire des occupations en tout genre à une population confinée soi-disant en mal d’activité, mais surtout en manque de rapport avec les autres.

Pourtant si la rupture momentanée de la socialisation que produit le salariat dans nos sociétés modernes, pourrait entraîner sentiment d’inutilité voir de dépression, il faut tout de même souligner que cette mise à distance permet aussi de « souffler un peu », d’une part par rapport aux luttes de ces deux ou trois dernières années qui ont épuisé nombre d’entre nous sans forcément nous laisser le temps d’en faire un bilan ; d’autre part, face au lot de souffrances quotidiennes qu’engendre bien souvent le travail (harcèlement de la hiérarchie ou zizanies entre collègues, perte de sens de son activité).

Loin de toute théorie du complot, nous pouvons affirmer que le virus n’est pas « fabriqué » directement par le capitalisme, ni même par l’industrialisation à outrance sinon on ne comprendrait la survenue des épidémies de peste d’il y a mille ou cinq cents ans[1]. Comme le cancer la pandémie est multifactorielle et chaque jour une nouvelle chasse l’autre sur son vecteur d’origine. Par contre que le virus soit favorisé par une destruction des écosystèmes (déforestation, extension de la chasse/commercialisation des espèces sauvages et remise en question de la barrière des espèces, etc.) et les impératives de l’agrobusiness ne fait pas de doute. Et surtout, sa diffusion correspond bien à la viralité des processus de globalisation, au nomadisme du capital et des personnes. En un mot, le virus épouse la fluidité du capital tout en la remettant implicitement en question puisque la globalisation/totalisation du capital empêche tout « confinement » d’une crise majeure.

Il nous faut faire l’expérience de cet événement désastreux, même si cela prend aujourd’hui la forme d’une expérience négative dans la mesure où ce que nous avions l’habitude d’affirmer, c’est-à-dire l’existence variable et historique de la tension individu/communauté ne peut plus s’exprimer, que par son manque ressenti en chacun de nous, pendant que l’État nous somme d’abandonner toute tension de ce type pour mieux nous fondre dans l’union sacrée et la guerre (contre le virus) dont il serait le fer de lance légitime. Toute sortie de crise doit passer par une exacerbation de cette tension (un nouveau rapport de forces) qui nous permette de reprendre appui sur les critiques et certaines pratiques développées ces dernières années contre le capital et « notre » monde (car ce n’est pas « son » monde puisque nous n’y sommes pas étrangers !).

 

Temps critiques, le 5 avril 2020.

 

[1] – Il est intéressant de noter que le virus se serait propagé à partir d’une région de Chine où ce ne sont pas les productions transgéniques et autres productions industrielles qui sont remarquables, mais la consommation grandissante, sur de petits marchés sans hygiène, de viandes sauvages, d’animaux particulièrement « exotiques » qui font aussi la spécificité de la cuisine chinoise non touristique et dont les produits dérivés (cosmétiques, aphrodisiaques, etc.) sont aussi en plein essor. Bref, rien de bien capitaliste là-dedans, même si évidemment, c’est matière à marchandisation, mais l’échange marchand n’est pas le capitalisme.

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