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théorie politique

Premier mai 2020. – Contre le virus du capital*

Publié le 1 Mai 2020 par TCI/Pantopolis

A Paris, XVIIe arrondissement.

A Paris, XVIIe arrondissement.

Edouard Bille, Les ouvriers, une ronde mortelle imposée par la faucheuse capitaliste.

Edouard Bille, Les ouvriers, une ronde mortelle imposée par la faucheuse capitaliste.

Nous publions cette traduction, faite par nous, du manifeste tract diffusé par la Tendance communiste internationaliste, en plusieurs langues, à l'occasion de ce premier mai confiné de par la volonté du capital

Pantopolis.

Tendance communiste internationaliste (TCI)

 

Premier mai 2020. – Contre le virus du capital*

 

En d’autres circonstances, le prolétariat mondial s’est présenté au rendez-vous du 1er mai dans des situations dramatiques : lorsque la guerre impérialiste mondiale l’obligeait à tuer, à mourir et à produire pour son propre ennemi de classela classe capitaliste – ou lorsque la bourgeoisie déchaînait (et déchaîne) sa propre machine répressive pour écraser ses luttes, celles qui visent à rendre l’exploitation moins dure, à rendre les chaînes de l’oppression patronale un peu moins lourdes. Cette année, la classe ouvrière, notre classe, ne pourra pas descendre dans la rue et, dans de nombreux cas, ne pourra même pas recourir aux méthodes habituelles de lutte (piquets, occupations, défilés) par la présence d’un ennemi sournois, n’ayant apparemment aucun rapport avec les rapports sociaux capitalistes : le coronavirus. En réalité, ce virus est le fils légitime de la société bourgeoise, tout comme ces guerres «localisées» qui martyrisent des millions de personnes, tout comme les émigrants en quête d’une vie moins misérable, tout comme les réfugiés contraints de fuir et de survivre dans des conditions inhumaines, tout comme la catastrophe écologique qui frappe les êtres vivants de notre planète. La relation existant entre bouleversements climatiques, prédation des derniers espaces naturels et propagation de «nouveaux» agents pathogènes est désormais un fait reconnu par la grande majorité des scientifiques, du moins ceux qui ne se soumettent pas totalement au pouvoir. C’est dans ce contexte, pur produit du capitalisme, qu’a surgi cette nouvelle pandémie.

L’épidémie de coronavirus est en train de balayer le monde entier. Elle a bouleversé des structures sociales et économiques qui semblaient immuables. Brutalement et dramatiquement, elle a mis à nu la vraie réalité des relations interhumaines dans cette société basée sur l’exploitation de l’homme par l’homme, dont la seule finalité est le profit.

Des millions de travailleurs sont confrontés à un système de santé qui a été désorganisé et démantelé par des années et des années de coupures budgétaires. C’est pire encore là où, comme dans les pays dits ‘émergents’, aucun système de santé décent n’a jamais existé. Dans ces pays, le système d’exploitation ne dispose même pas de ces faibles amortisseurs qui existent en «Occident» même si depuis longtemps ils encaissent les coups. Le travail précaire, le sous-emploi, les salaires de misère bref, l’exploitation calquée sur celle du XIXe sièclesont la règle. Mais c’est tout aussi dramatique dans des pays qui – tels les États-Unis, et bien qu’étant les centres du capitalisme «avancé» – laissent des millions et des millions de prolétaires sans soins de santé dignes de ce nom, parce que précaires, avec des salaires trop bas pour disposer d’une assurance privée. Sans parler des «invisibles», ces immigrés super-exploités et dépourvus de permis de séjourune armée qui compte des millions de personnes de par le monde et qui sont essentiels dans de nombreux secteurs de l’économie (par exemple l’agriculture) et dont beaucoup se retrouvent au chômage, sans obtenir la moindre allocation, sans généralement avoir accès aux soins médicaux.

Le tableau général qu’on peut esquisser est celui d’un système de santé qui n’est pas en mesure de soigner tout le monde et qui fait donc le choix de laisser à l’abandon les personnes âgées, celles qui, jusqu’à présent, ont donné le plus grand nombre de victimes. Des victimes sacrifiées dans un système qui, en plus, et sans s’en soucier le moins du monde, considère qu’il est légitime de faire travailler une grande masse de personnes jusqu’à 67-70 ans. L’attaque sur les salaires indirects (services sociaux et de santé) et les salaires différés (réduction des pensions et allongement de l’âge de la retraite) – l’«État-providence» existait et existe encore – doit fournir du carburant au moteur grippé de l’économie capitaliste : peu importe l’ampleur des souffrances et des sacrifices que la classe ouvrière mondiale doit supporter, pourvu que ce système d’exploitation se maintienne en place.

Des millions de personnes, de travailleurs, ont été et sont contraintes d’aller travailler tous les jours, dans de très mauvaises conditions, hautement nocives. Dans ce cadre-ci et dans ces unités de production, le discours sur la dangerosité de l’épidémie s’efface derrière les intérêts des patrons, de leurs laquais, avec un seul objectif reconnu comme réellement légitime par ce système : le profit.

Jamais autant qu’en temps de crise – et plus encore aujourd’hui où la crise historique du capital est considérablement aggravée par la pandémie – l’incompatibilité entre les intérêts du patronat et ceux de la classe ouvrière n’est apparue avec autant d’éclat. Jamais la question clé n’a été aussi clairement posée : celle de la vie contre le profit.

Ce système bavard – de façon générale comme dans cette situation particulière – prétend que nous sommes tous égaux en tant que citoyens face à la santé. La réalité actuelle montre que ce n’est nullement le cas. Les travailleurs, quand cesse leur fonction productive, ne sont pas égaux devant la maladie et la mort. La crise du coronavirus va faire tomber sur la classe ouvrière une pluie de sévères mesures, trouvant leur justification dans l’urgence et la nécessité pour tous (!?!) de se sacrifier, parce qu’il n’y a qu’un seul bateau et qu’on doit le sauver, en oubliant de dire, comme de coutume, que dans ce bateau coexistent les galériens et la chiourme qui donne la cadence.

La crise du coronavirus montre l’essoufflement du capitalisme depuis bien des d’années et si la pandémie devait perdurer, les choses ne feraient qu’empirer. Les effets de rebond économique que les habituels «gourous» de la finance attendent pour le début du quatrième trimestre 2020 sont une pieuse illusion. Les statistiques données sont une projection fondée du vent, tout comme les analyses sur l’évolution positive de l’économie mondiale avant la crise de 2008, qu’aucun des analystes n’avait vu venir, à de très rares exceptions près. De nombreux analystes prévoient une réduction de 10 à 15 % du PIB mondial d’ici à la fin de 2020, avec des centaines de millions de prolétaires supplémentaires au chômage ou sous-employés. La reprise économique, s’il y en a une, ne se produira pas avant longtemps ; elle ne sera que temporaire et ne pourra solutionner la crise dans cette phase de décadence du système économique capitaliste. Soutenir qu’une fois évanoui le spectre du Covid-19, tout redeviendrait comme avant une semaine plus tard, est pure spéculation et compte beaucoup sur la chance

 

* https://www.leftcom.org/it/articles/2020-05-01/primo-maggio-2020-contro-il-virus-del-capitale. Tract-manifeste diffuse en allemand, anglais, espagnol et français (traduction : pantopolis).

La Chine est économiquement à genoux; les derniers chiffres indiquent que c’est la première chute de son PIB depuis un demi-siècle. Les États-Unis sont endettés et déficitaires jusqu’au cou. En l’espace de trois semaines, de fin mars à début avril, 26 millions de travailleurs se sont inscrits au chômage pour bénéficier d’allocations. Et ce n’est qu’un début. De plus, l’apparente prospérité de l’économie américaine repose uniquement sur la suprématie du dollar et de l’armée la plus puissante du monde. La moitié de l’Europe, avant même la pandémie, se trouvait en récession technique, y inclus l’Allemagne; les signes d’un ralentissement de l’économie mondiale étaient déjà visibles l’année dernière, et l’avenir ne fait que s’obscurcir.

L’argent frais que la Banque centrale européenne et la Réserve fédérale américaine (quelque mille milliards de dollars chacun) ainsi que d’autres États sont censés fournir, remplira les coffres des banques mais très peu les caisses des entreprises. Les bulles spéculatives continueront à s’amasser tant que les taux de profit des entreprises resteront trop bas pour justifier de nouveaux investissements, à l’exception habituelle des grands acteurs économiques, qui bénéficient de l’intervention de l’État lorsque le financement bancaire devient insuffisant.

Mais les taux de profit, au-delà des fluctuations inévitables, ne sont pas appelés à augmenter sinon à court terme, au prix d’une surexploitation énorme du prolétariat international : une surexploitation basée sur l’allongement de la journée de travail, une augmentation de la productivité, une compression des salaires et une réduction des pensions de retraite. Ces opérations sont déjà en cours, mais ne sont pas encore suffisantes.

Parmi les premières victimes de la pandémie – en plus des personnes âgées, des travailleurs de la santé et de tous ceux qui sont les victimes directes du délitement du système de santé, assassinés par le capitalisme –, on trouve les ouvriers des usines, les secteurs les plus opprimés de notre classe, ceux qui, en plus de l’exploitation «normale», doivent subir l’oppression raciste de la bourgeoisie, ceux qui occupent les emplois les plus précaires, sont le plus soumis au chantage et les moins bien payés. Ce n’est pas un hasard si les foyers de l’épidémie ont particulièrement «explosé» les patrons ont obligé et obligent les prolétaires à travailler, quitte à démultiplier les possibilités de contagion, parce qu’il est impossible ou très difficile d’arriver à une mutuelle distanciation physique ou parce que les mesures de protection sont insuffisantes, voire inexistantes. Les quartiers prolétariens de New York, certaines provinces industrielles de l’Italie du Nord, sont par exemple les lieuxla pandémie fait le plus de victimes.

Cependant, le monde des affaires, indifférent au massacre en cours, fait pression pour un retour à la «normale normalité» dès que possible, c’est-à-dire à l’extraction de plus-value dans toutes les entreprises, au détriment de la santé de ceux qui se trouvent à l’intérieur, mais aussi à l’extérieur des lieux de travail. Nous espérons donc que les travailleurs reprendront le combat pour défendre leur vie ainsi que la santé de tous. La mobilisation des travailleurs au cours de ces dernières semaines, tant en Europe qu’ailleurs dans le monde – une mobilisation qui a obligé les syndicats à courir derrière la colère des travailleurs – nous a montré comment transformer l’impuissance en résistance, selon les nécessités immédiates : assez de sacrifices au nom du profit. Mais cela ne suffit pas. Il faut dès aujourd’hui, et dans toutes les situations, relier la nécessaire défense de la santé des travailleurs à la perspective d’une société autre que celle d’aujourd’hui, un nouveau modèle social qui ne mette plus en conflit production et santé humaine, en tenant compte des délicats équilibres environnementaux déjà largement affectés par la rapacité destructrice du capital. Le contraste entre le bien-être, la santé collective, la protection de l’environnement et la logique du profit n’a jamais été aussi marqué qu’aujourd’hui. Faute de cette alternative, lasolution des solutions’ serait la guerre généralisée, qui viendrait tout détruire en donnant au système capitaliste un espace économique favorisant un nouveau cycle d’accumulation.

 

Le VRAI virus qui vient nous frapper, c’est le capitalisme. Se battre contre lui veut dire bâtir une alternative communiste à ce système d’exploitation et de mort. Bâtir une alternative communiste veut dire travailler à la construction et à l’enracinement parmi les travailleurs de l’instrument politique de la lutte prolétarienne : le Parti de classe, internationaliste et révolutionnaire, la future Internationale.

Nous nous sommes toujours engagés dans cette tâche, et aujourd’hui plus que jamais, car la situation connaît de brusques variations, et le temps presse.

Il existe une alternative à ce système. La construire est l’œuvre de tous ceux qui en ont assez d’être exploités et laminés par le capitalisme. Préparons-nous à notre rendez-vous avec l’histoire.

 

Tendance Communiste Internationaliste, premier mai 2020.

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