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théorie politique

Minneapolis : brutalité de la police et lutte de classe

Publié le 8 Juin 2020 par Pantopolis

Ces genuflexions de policiers pour demander pardon ne peuvent cacher que l'Etat est le premier criminel, et que le racisme est quasiment une religion officielle pour une partie de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoise whasp (blanche)

Ces genuflexions de policiers pour demander pardon ne peuvent cacher que l'Etat est le premier criminel, et que le racisme est quasiment une religion officielle pour une partie de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoise whasp (blanche)

Une citation de Michel Foucault, 1976, sur le racisme, quel que soit l’État et la couleur de ses dirigeants :

 "Il n'y a guère de fonctionnement moderne de L’État qui à un certain moment, dans certaines limites et dans certaines conditions ne passe pas par le racisme. Le racisme c’est d’abord le moyen d’introduire, dans ce domaine de la vie que le pouvoir a pris en charge, une coupure. La coupure entre ce qui doit vivre et ce qui doit mourir, dans le continuum biologique de l’espèce humaine".

(Cours de Michel Foucault au collège de France de 1976.). 

 

Internationalist Workers Group, USA, Klasbatalo, Canada, 30 mai 2020

Minneapolis : brutalité de la police et lutte de classe[1]

 

1. Watts - 1965, Los Angeles - 1992, Ferguson - 2014. Rodney King, Mike Brown, Sandra Bland, Tamir Rice.

Les événements de Minneapolis ne sont qu’un épisode de plus d’un problème aussi bien historique que propre au système. En plus d’endurer un taux de chômage deux fois plus élevé que celui de ses homologues blancs (un taux resté constant depuis les années 1950), le prolétariat noir est la cible disproportionnée de la violence policière, apparemment sans que le nombre des morts ne puisse s’arrêter. Pourtant, dans ces terribles circonstances, la classe manifeste une fois de plus sa combativité. Les travailleurs noirs américains, ainsi que le reste du prolétariat, ont pris parti par solidarité, ont pris le contrôle des rues et se sont soulevés contre la répression de l’État. Rien n’a changé : en 1965, tout comme en 2020, la police tue et la classe réagit en défiant l’ordre social corrompu au nom duquel cette police assassine. La lutte continue.

2. Bien qu’aux États-Unis, la classe ouvrière noire souffre sans commune mesure de la brutalité policière, son oppression, en dernière instance, s’enracine dans sa position de classe.

George Floyd n’est que l’un des centaines de Noirs brutalement assassinés par la police chaque année. Bien que ces actes de violence institutionnelle aient une motivation raciste, il est non moins vrai que la police est un instrument de l’État au service des intérêts de la bourgeoisie. S’il est important de souligner la dynamique raciale traversant les différents sous-groupes de la classe ouvrière, ainsi que les problèmes spécifiques auxquels chaque groupe se trouve confronté, il est tout aussi important de reconnaître nos intérêts communs en tant que travailleurs exploités par la classe capitaliste. Les travailleurs qui ne sont pas noirs devraient être solidaires des travailleurs noirs qui manifestent à Minneapolis et dans d’autres villes des États-Unis. Les travailleurs de toutes les «races» doivent s’organiser en adoptant une ligne de classe dans leur lutte pour leur émancipation : une attaque contre une partie de la classe ouvrière est une attaque contre nous tous.

3) «C’est le secret du maintien au pouvoir de la classe capitaliste» - Karl Marx, 1870 [2]

Quant aux idées racistes et chauvines au sein de la classe ouvrière, Marx a observé que «c’est le secret par lequel la classe capitaliste maintient son pouvoir». En fait, tant en Angleterre en 1870 qu’en Amérique en 2020, le racisme est essentiellement une tactique de division et de domination du patronat. Les capitalistes sont aux anges lorsque leurs démagogues réactionnaires remplissent les oreilles des travailleurs blancs d’idées chauvines, leur disant de s’identifier au patronat et au gouvernement plutôt qu’à leurs collègues de travail. Avec ce vieux refrain : «dernier embauché, premier licencié», la classe ouvrière noire a été jetée dans une extrême précarité. Pendant ce temps, les ouvriers blancs se sont fait berner par les patrons. Alors qu’une partie de leur classe subit les attaques les plus sévères, il ne reste plus aux autres travailleurs qu’à chercher des emplois dans des secteurs où  les capitalistes offrent des salaires en baisse et des conditions de travail dégradées.

4. Les affaires restent les affaires, qu’elles soient grandes ou petites

Au cours du siècle dernier, la petite-bourgeoisie a utilisé l’idée d’«association familiale» pour évoquer le sentiment communautaire nécessaire à l’entraide, surtout en période de difficultés économiques. Les petites entreprises ont toujours essayé de prendre leurs distances par rapport aux grandes entreprises en termes d’exploitation à laquelle elles participent, tout en aspirant aux mêmes idéaux bourgeois. Les entreprises appartenant à des minorités incarnent tout particulièrement l'idéal du rêve américain, en mettant en exergue ces travailleurs immigrants venus en Amérique pour trouver un nouveau départ. Cette success story «de la misère à la richesse » est utilisée comme arme pour justifier l'exploitation des travailleurs. La réaction violente des petits commerçants pendant les émeutes de Minneapolis montre clairement que la petite-bourgeoisie jettera toujours les travailleurs sous les roues du camion pour défendre ses propres intérêts de classe. Critiquer la police tout en manifestant, sous couvert de « solidarité avec les gens de couleur », pour soutenir les entreprises appartenant à des minorités est une tentative de collaboration de classe pour voiler l’essence même de l’exploitation capitaliste. Au lieu de cela, les travailleurs doivent s’organiser sur des positions de classe.

5. Dans les luttes passées contre la classe capitaliste et son État, les travailleurs ont coordonné des grèves de solidarité avec des mouvements plus importants.

Les chauffeurs de bus de Minneapolis ont refusé d’aider la police à transporter les manifestants arrêtés. Les travailleurs de toute la ville ont commencé à organiser la résistance aux mesures violentes prises contre les manifestants en retirant du jeu leur force de travail. Il ne faut pas en rester là. Nous devons faire campagne pour de nouveaux arrêts de travail et résister à tous les efforts de l'État pour réprimer par la violence les manifestants, non seulement à Minneapolis mais dans l’ensemble des États-Unis. Des travailleurs essentiels, comme ceux d’Amazon ou d’Instacart[3], peuvent encore accroître leur impact en appelant à des grèves de solidarité avec les protestataires. En temps de crise profonde, le fait de s’organiser dans toutes les entreprises industrielles et tous les secteurs rappelle que la capacité de transformer la société est le fait de la classe ouvrière.

6. La brutalité policière ne peut être résolue qu’en supprimant la police.

Lorsque la police commet un meurtre effronté, on exige souvent des réformes pour empêcher que les meurtres ne se reproduisent. Que ce soit par le biais de caméras individuelles, d’une formation spéciale ou d’une supervision communautaire, l’objectif est de disposer d’une force de police qui ne terrorise pas et ne tue pas les personnes qu’elle est censée «protéger et servir». Le problème de cette approche est qu’elle oublie que les forces de police n’existent que pour terroriser et tuer au nom du capital. La seule façon d’arriver à un monde où la police ne tue plus les gens pour leur couleur de peau noire est de vivre dans un monde sans capitalisme.

7. La rébellion urbaine doit se transformer en révolution mondiale.

Bien que ce soit pour nous un réel réconfort de voir des détachements de la classe réagir par la lutte, la tendance de ces soulèvements est de s’épuiser au bout d’une semaine environ, lorsque l’ordre est rétabli et que les structures d’oppression se reconstituent. Afin de vraiment affronter et abolir le pouvoir des capitalistes et de leurs mercenaires, un parti révolutionnaire et de classe internationaliste s’impose. Un tel parti, instrument entre les mains de la classe ouvrière, permettrait d’organiser et d’orienter sa rage refoulée non seulement vers l’abrogation de l’État raciste, mais aussi vers la construction du pouvoir des travailleurs et du communisme.

Intransigeance / Groupe des travailleurs internationalistes / Klasbatalo

 

[1] http://www.leftcom.org/en/articles/2020-05-30/on-minneapolis-police-brutality-class-struggle.

[2] « Cet antagonisme (entre ouvriers irlandais et anglais) est artificiellement entretenu et développé par la presse, le clergé et les revues satiriques, bref par tous les moyens dont disposent les classes dominantes. Cet antagonisme est le secret de l’impuissance de la classe ouvrière anglaise, malgré son organisation. C’est le secret du maintien au pouvoir de la classe capitaliste, et celle-ci en est parfaitement consciente » [lettre, datée du 9 avril 1870, que Karl Marx adressa à Siegfried Mayer et August Vogt, socialistes allemands émigrés aux États-Unis, sur la politique de l’Internationale face à l’oppression de l’Irlande par la Grande Bretagne] (note du traducteur et éditeur, PB).

[3] Instacart, fondée en 2012 à San Francisco, est une entreprise américaine spécialisée dans la livraison de produits alimentaires, via des livreurs indépendants. Comme Uber, la société repose sur son application mobile de mise en relation des clients avec les livreurs (note éditeur).

Vue aérienne d’un bâtiment en feu lors de l'émeute raciale de Tulsa, 1921. Library of Congress-WikiCommons

Vue aérienne d’un bâtiment en feu lors de l'émeute raciale de Tulsa, 1921. Library of Congress-WikiCommons

Exemple de démence raciste meurtrière  aux USA : Tulsa (Oklahoma),

printemps 1921

Au printemps 1921, la ville de Tulsa en Oklahoma connaît l’une des pires émeutes raciales de l’histoire des États-Unis. En deux jours, 300 Afro-Américains sont tués par des bandes armées de Blancs, qui en profitent pour piller et brûler tout un quartier.

Le 30 mai 1921, Dick Rowland, un jeune cireur de chaussures de 19 ans, marche sur les pieds d’une jeune femme en sortant de l’ascenseur d’un immeuble de Tulsa. Elle hurle, il s’enfuit. Il est Noir, elle est Blanche. C’est le début d’un enchaînement d’événements qui conduira au « massacre de Tulsa », considérée comme l’une des plus violentes émeutes raciales aux États-Unis à ce jour.

« L’étincelle qui mit le feu aux poudres ? – Le 30 mai dernier, une jeune fille blanche, du nom de Sarah Page, préposée au fonctionnement d’un ascenseur dans le Drexel Building, se plaignit qu’un jeune nègre de 19 ans, Dick Rowland, avait tenté de la violer.

Interrogée, elle raconta un peu plus tard que le jeune homme lui avait pris le bras en pénétrant dans l’ascenseur. Elle cria. Il s’enfuit.

On apprit par la suite que, par mégarde, le boy lui avait marché sur le pied. »

Source : https://www.retronews.fr/societe/echo-de-presse/2020/06/04/massacre-raciste-de-tulsa?utm_source=site_retronews&utm_medium=newsletter&utm_campaign=NLhebdo070620&actId=ebwp0YMB8s0alCKj2GKeR3V1qzzpVLXuLyr5FYI13Oqlhsgbq_70PVTaLR1LuG8y&actCampaignType=MAIL&actSource=1592

Le pèlerinage de Trump à Tulsa

En pleine protestation contre le racisme de la police américaine et un apartheid social qui n'ose pas dire son nom, l'ubuesque Donald Trump a décidé de repartir en campagne après une pause de trois mois. De façon délibérée, en concertation avec son état major d'extrême droite, il a décidé de tenir son premier meeting le 19 juin à Tulsa, avant d'autres rassemblements en Floride, Texas et Arizona. La date du 19 juin marque certes l'anniversaire de l'émancipation, en 1865, des derniers esclaves afro-américains des Etats sudistes. Tulsa  est surtout le symbole des massacres perpétrés par une partie des habitants blancs de la ville contre les habitants noirs et leurs commerces.  Le nom de Tulsa reste à jamais marqué au  sceau de l'infamie. Il est l'exemple même d'un crime contre l'humanité resté délibérément impuni.

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