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théorie politique

L’affaire Polanski : LES REMUGLES D’UNE EXTRÊME DROITE TOTALITAIRE TOUJOURS VIVACE?

Publié le 5 Septembre 2020 par H.S. & Pantopolis

Image du film de Polanski, 2019.

Image du film de Polanski, 2019.

Mise au point

Nous publions cet article d'Henri Simon consacré à la polémique faite autour du film de Roman Polanski sorti en 2019, afin de développer une vraie réflexion sur l'Affaire Dreyfus et la période actuelle en laquelle l'auteur voit un "remugle" de l'extrême droite à travers le mouvement des Gilets jaunes...

Notre critique suivra, en particulier à propos des passages soulignés en jaune.

Pantopolis.

Henri Simon, Échanges et mouvement, août 2020

L’affaire Polanski

LES REMUGLES D’UNE EXTRÊME DROITE TOTALITAIRE TOUJOURS VIVACE*

 

Je me suis posé la question devant l’énorme médiatisation des déviances de Polanski : qu’en aurait-il été si Polanski n’avait pas présenté de film aux Oscars ou s’il n’avait présenté qu’une romance ou un fait historique sans prolongements actuels ? Car le film en question a de telles résonnances historiques et présentes qu’attaquer Polanski sur ses déviances évidentes semble aussi attaquer le film et prendre position sur l’affaire Dreyfus.

Sans laisser de côté les revendications et interventions féministes, cette énorme médiatisation dont les déviances sexuelles de Polanski font l’objet dépasse les propos bienvenus de ce qui s’exprime à ce sujet mais vise tout autant l’objet même de son film.

Discréditer à ce point le comportement déviant de Polanski, c’est aussi discréditer indirectement son film, un discrédit qui sombre aussi dans les relents de l’antisémitisme et renouvelle les attaques des héritiers de l’Action Française et de tous les laudateurs actuels de toutes les formes politiques dictatoriales contre la «gueuse» c’est-à-dire contre toutes les formes pourtant bien imparfaites de démocratie.

L’Affaire Dreyfus, est au centre du film qui a pour titre «J’accuse» mots qui furent aussi le titre de l’article incendiaire de Zola dans le quotidien d’alors l’Aurore (Zola le paya de sa vie dans un assassinat jamais élucidé). Cette affaire d’un long combat de plusieurs années se situe dans la lignée d’un long combat de plus d’un siècle autour du pouvoir politique entre la bourgeoisie capitaliste apôtre de la république démocratique  et l’aristocratie nobiliaire et foncière apôtre de la monarchie.

Pour bien comprendre, il faut remonter à la Révolution française qui – provisoirement – fit tomber la monarchie mais qui ne consolida pas entièrement le pouvoir politique de la bourgeoisie. Les étapes de ce long combat furent une succession de révolutions : 1830, 1848, 1870-1871. L’affaire Dreyfus fut la dernière tentative, marquée aussi par l’antisémitisme (un sujet à développer), noueux cheval de bataille qui n’avait pas été soulevé antérieurement. Toutes ces révolutions furent suivies d’une répression ouvrière dans le sang contre une classe qui avait fourni les troupes et cherchait une récompense.

L’Affaire Dreyfus, dernière tentative du clan monarchiste, fut réglée avec la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État qui marque en fait la totale domination politique de la bourgeoisie. Si cette «victoire» ne fut pas marquée par un bain de sang, elle fut néanmoins suivie par une agitation sociale intense (avec des insurrections locales, des fraternisations et des mutineries) entre 1905 et 1910 qui furent l’objet d’une répression méconnue aujourd’hui (104 années de prison dont les leaders syndicaux, 30 morts, 700 blessés et plus de 300 licenciements dans les services publics.)

Même si elle est vaincue, la bête n’est pas morte et à travers les péripéties de l’Histoire poursuit son combat avec les tentatives de promouvoir quelque régime autoritaire, le dernier avatar fut le pétainisme et le régime de Vichy utilisant l’opportunité de la défaite et de l’occupation. Elle retrouva un élan autour de la guerre d’Algérie en 1958 et n’abandonna jamais son cheval antisémite. Il se profile aujourd’hui derrière le mouvement des Gilets jaunes et a trouvé un nouveau cheval dans la lutte contre les émigrés. En cherchant un peu, on peut retrouver dans nombre de positions, manifestations, accusations, etc., des tentatives de la bête de retrouver un terreau fertile pour un renouveau.

 

Le film «J’accuse» vient opportunément rappeler tous ces événements passés et leurs prolongements dans les sphères politiques et sociales d’aujourd’hui. Comme on ne peut discréditer directement le film et son message, ces milieux vivants évoqués par l’Affaire Dreyfus utilisent l’énorme médiatisation des déviances de son auteur pour en effacer sa signification présente.

H. S.

 

 

 

 

* Article d’Henri Simon (H.S.), Échanges n° 171, été 2020, p. 27. Courriel : echanges[point]mouvement[at]laposte.net. Courrier postal : BP 241, 75866 Paris cedex 18. Collection complète d’Échanges sur le site archivesautonomies.org.

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