Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
pantopolis.over-blog.com

théorie politique

Publié le 19 Décembre 2020 par matériaux critiques, nov. 2020

Avant-propos de Pantopolis

Etant donné sa longueur, nous donner un extraite de cet article très intéressant sur impérialisme et anti-impérialisme : Impérialisme et anti-impérialisme...Formules de confusions Novembre 2020

Les lecteurs intéressés peuvent se rendre sur le site Matériaux critiques https://materiauxcritiques.wixsite.com/monsite  

"Cette revue - et le site qui lui correspond - sont le produit d’un groupe de camarades qui se sont donnés pour tâche « la critique impitoyable de tout ce qui existe » (Marx).

A l’heure tragique de la quasi-disparition des luttes ouvrières autonomes et de l’éloignement de la perspective communiste, nous estimons qu’il ne nous reste comme principale arme de lutte que celle de la critique.

 Nous avons, pour la plupart d’entre nous, un passé plus ou moins long de militants ouvriers et politiques dans le courant que l’on peut qualifier, par défaut, d’ultra-gauche.

 Dans cette période défavorable, nous tenons particulièrement à contribuer à la retransmission des expériences et des leçons historiques du prolétariat révolutionnaire et ce, au- delà de la routine des sectes et de tout activisme démobilisateur.

 Cette démarche critique s’impose en tant qu’unification de la théorie et de la pratique, c’est-à- dire comme « activité pratique critique ». La théorie révolutionnaire est ainsi indissociable de la critique.

 Face à l’absence des luttes autonomes significatives et à la déliquescence des formations politiques autoproclamées, nous préférons laisser aux lecteurs la possibilité d’apprécier et de juger nos contributions sans nous réclamer formellement de tels ou tels courants ou filiations formelles qui s’enferment pour la plupart dans la répétition inopérante et/ou les innovations sans principe.

 C’est pourquoi, nous avons mis en exergue de cette revue et de ce site la phrase pour le moins pertinente de Bordiga : « La critique sans l'erreur est mille fois moins nuisible que l'erreur sans la critique »1 afin de souligner l’importance inégalée de cette méthode, à fortiori dans  des périodes défavorables ( A. Bordiga : « Le danger d'opportunisme et l'Internationale »; Invariance n°10 série I).

Impérialisme/anti-impérialisme…Formules de confusions

 

Nous allons dans ce texte ébaucher la critique de deux concepts complémentaires : celui de l’impérialisme et, lui faisant face, celui de l’anti-impérialisme. Dans la compréhension grossière typique du gauchisme et de la gauche du capital en général, l’impérialisme serait un synonyme du capitalisme mondial et l’anti-impérialisme, tout ce qui constituerait une réponse à ce « nouveau stade suprême » du MPC.

Dans l’acceptation la plus commune de ces termes, l’impérialisme correspond à la puissance dominante aujourd’hui et l’anti-impérialisme à toutes les autres puissances et mouvements qui essaient de lui résister. Le représentant le plus fréquemment identifié de l’impérialisme dominant- trace de la guerre froide- sont les USA, et pour sa version -diabolique- au Moyen- Orient, le sionisme de l’État d’Israël. Par réaction, l’anti-impérialisme glissera dès lors aisément vers l’antisémitisme de « gauche » et de là, via la défense d’une violence communautarisée, tombera, pour certains, dans l’islamo-fascisme ou dans le fascisme en général.

Qu’est-ce qu’est l’impérialisme ?

Étymologiquement, l’impérialisme signifie la tendance à constituer des empires. Plus généralement, il s’agit d’une doctrine qui vise, pour un État, à réduire sous sa dépendance politique, militaire et/ou économique, d’autres populations ou États. C’est pourquoi l’on compte, dans l’histoire des différents modes de production précapitalistes, une multitude d’empires ; de l’Empire romain au perse, de l’empire mongol au byzantin ou ottoman. Il est important de souligner, à ce stade, que cette tendance à constituer des empires n’est nullement, comme dans les exemples cités ci-dessus, une spécificité du capitalisme, à fortiori de celui-ci dans sa phase mûre. Bien au contraire, l’histoire du vingtième siècle a plutôt été, au travers de ses deux guerres mondiales, marquée par la fin des principaux empires restant et par le développement d’une réalité multipolaire. Une illustration de cette nouvelle réalité se vérifie dans la concurrence entre nations disposant de la bombe atomique : il y a les nations historiquement considérées comme grandes puissances possédant l’arme nucléaire (ce sont les USA, la Russie et la Chine, mais aussi la France et la Grande-Bretagne) et les nations reconnues comme possédant l’arme ultime, mais indépendamment des différents traités (ce sont l’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord) sans oublier Israël, non reconnue officiellement comme détentrice.

L’impérialisme est donc une tendance qui se retrouve dans différents types de sociétés et qui va se cristalliser dans ce que d’aucun appelle « le protocapitalisme mercantile » grâce au processus de colonisation du monde à la fois cause et conséquence de l’émergence du capitalisme.  C’est  pourquoi  de  manière  symbolique,  la « naissance »  du  capitalisme  est

souvent associée à la « découverte » des Amériques par C. Colomb et au début du pillage génocidaire que cette découverte va entrainer2 sur l’ensemble du continent.

« Protocapitalisme désigne donc les trois siècles et demi au cours desquels, à la faveur de l’expansion commerciale et coloniale des principales puissances européennes en Amérique, en Afrique et en Asie, se parachèvent la formation des rapports capitalistes de production en Europe ainsi que la mise en place des principales conditions de leur reproduction. » (A. Bihr, 1415/1763, Le premier âge du capitalisme, T1, p.28.)

Une des bases de ce développement capitaliste réside donc dans ce que Marx appelle la théorie moderne de la colonisation. Dans cette théorie, la colonisation vise, outre la conquête de territoires « vierges » et le pillage des richesses accumulées par les sociétés précédentes, à détruire toute la propriété antérieure basée sur le travail personnel améliorant la situation du producteur pour lui substituer le travail salarié, enrichissant pour sa part le capital. Il faut noter que si Marx traite abondamment du colonialisme, dans de nombreux textes, pour décrire sa fonction dans le capitalisme jeune, jamais il n’utilisera le concept d’impérialisme pour caractériser le mode de production spécifiquement capitaliste.

La révélation du secret de la colonisation, en clôture du livre premier du Capital, s’énonce ainsi : « Le mode de production et d'accumulation capitaliste et partant la propriété privée capitaliste, présuppose l'anéantissement de la propriété privée fondée sur le travail personnel ; sa base, c'est l'expropriation du travailleur. » (K. Marx : Le Capital, chapitre XXXIII, p.559, Éditions sociales. De la même manière, le marché mondial va se constituer comme caractéristique générale du capitalisme et cela quelle qu’en soit sa périodisation : « La découverte de l'Amérique, la circumnavigation de l'Afrique offrirent à la bourgeoisie naissante un nouveau champ d'action. Les marchés des Indes Orientales et de la Chine, la colonisation de l'Amérique, le commerce colonial, la multiplication des moyens d'échange et, en  général,  des  marchandises  donnèrent  un  essor  jusqu'alors  inconnu  au  négoce,  à  la

2Pour une description détaillée de ce processus nous renvoyons le lecteur à l’ouvrage de A. Bihr : 1415/1763, Le premier âge du capitalisme, tome 1, Page2/ Syllepse.

navigation, à l'industrie et assurèrent, en conséquence, un développement rapide à l'élément révolutionnaire de la société féodale en dissolution.(…) « La grande industrie a créé le marché mondial, préparé par la découverte de l'Amérique. Le marché mondial accéléra prodigieusement le développement du commerce, de la navigation, des voies de communication. Ce développement réagit à son tour sur l'extension de l’industrie ; et, au fur et a mesure que l'industrie, le commerce, la navigation, les chemins de fer se développaient, la bourgeoisie grandissait, décuplant ses capitaux et refoulant à l'arrière-plan les classes léguées par le moyen âge. (…) La bourgeoisie a joué dans l'histoire un rôle éminemment révolutionnaire.» (Marx-Engels : Manifeste du parti communiste, p. 7,9, 11 éditions Science marxiste).

L’impérialisme colonial comme expression de la vigueur du capitalisme jeune

Le processus même de la colonisation et du développement du capital marchand implique la tendance à la constitution de vastes empires coloniaux et c’est pourquoi, pour cette période, il nous paraît pertinent de parler d’impérialisme colonial. De manière générale, les différentes puissances capitalistes montantes vont s’hiérarchiser en fonction de leurs colonies. Il en va ainsi d’abord pour l’Espagne et le Portugal, ensuite, avec le développement manufacturier, pour les Pays-Bas et la Grande-Bretagne. Dans le cadre mondial du MPC, l’épicentre du capitalisme se déplace dans le temps et dans l’espace ; l’Europe occidentale en était  le berceau, dans sa jeunesse, alors qu’actuellement le développement capitalistique s’oriente de plus en plus vers la zone du pacifique (Chine, Inde, Japon…).

On observe en conséquence de ce déplacement que des zones anciennement en pointe dans le développement du capital se retrouvent en friches et paupérisées, alors que d’autres, anciennement qualifiées de « tiers-monde », se retrouvent à l’avant-garde du développement capitalistique. Les notions de « centre et de périphérie » du capital sont donc relatives et changeantes. Le processus d’impérialisme colonial est ainsi à la fois la cause et la conséquence du développement du commerce à l’échelle du marché mondial. Il représente la vigueur du capitalisme jeune. C’est grâce à la conquête de nouveaux territoires, aux pillages et à l’asservissement des populations indigènes que les premières puissances colonisatrices ont pu importer les immenses richesses permettant leur envol dans une Europe occidentale où la féodalité était en voie de dissolution.

Ce processus de succession entre mode de production s’est donc vu renforcé par l’arrivée massive d’or et d’argent, cette dernière agissant comme dissolvant des rapports sociaux féodaux précapitalistes. Les colonies servaient à la fois de lieux de production des nouvelles matières premières (coton, métaux précieux, canne à sucre, mélasse, tabacs…) nécessaires aux manufactures mais aussi de lieux privilégiés d’exportation de marchandises manufacturées dans les nouvelles métropoles capitalistes que sont entre autres Manchester, Amsterdam, Anvers ....

Ce double processus- prix à la vente faible pour les matières premières et prix à la revente élevé pour les marchandises manufacturées- s’est vu qualifié par certains économistes d’échange inégal, introduisant par le mythe qu’un autre type d’échange serait possible sous le capitalisme.

 

Des colonies à la constitution des Empires coloniaux

Ce processus de conquêtes coloniales sera également un des vecteurs de la constitution des grandes compagnies commerciales à visées monopolistiques, celles dont vont émerger les grands empires coloniaux, expression même de la force « impérialiste » du capitalisme jeune. Succédant à l’Espagne et au Portugal, ce seront les Pays-Bas, la France et l’Angleterre qui se tailleront un empire à la hauteur de leur puissance commerciale et manufacturière3. C’est la

Grande-Bretagne qui s’imposera dans cette course, en tant qu’Empire britannique, première puissance capitaliste dominant durant plusieurs siècles un territoire si étendu que, selon sa propre apologie, « le soleil ne s’y couchait jamais ». Cet Empire gouvernera du XVIème au début du XXème siècle ; il regroupera un quart de la population mondiale (soit environ 400 millions d’habitants) et s’étendra sur plus d’un cinquième des terres émergées.

Il faut souligner qu’il aura fallu de nombreux conflits et guerres entres les différentes puissances coloniales avant de voir émerger la puissance impériale britannique comme première puissance mondiale. C’est d’ailleurs pourquoi, encore aujourd’hui, la plupart des conflits et autres créations étatiques biscornues trouvent leur origine dans les turpitudes multiples du « Foreign Office » ; de la question palestinienne à la création du Liban, de l’Irak en passant par Hong-Kong. Dans cette phase historique, caractérisée par la prévalence de survaleur absolue et désignée par Marx comme étant celle de la subsomption formelle du travail sous le capital, vont se constituer la plupart des États-nations mais aussi les grands empires capitalistes ; outre celui britannique, notons également les empires japonais, austro- hongrois, russe, ottoman…

Soulignons encore une fois que cette tendance à la constitution d’empires n’est pas unique et ne correspond qu’à une forme de regroupement due à la loi immanente de la concurrence entre capitaux et donc aussi entre État-nations. Cette loi implique l’expansionnisme colonial comme nécessité même de l’accumulation élargie et n’aura comme seule limite objective que celle géographique de la planète. Cette limite sera atteinte lorsque la planète sera conquise dans sa totalité. Cela marquera donc la fin des conquêtes coloniales. On considère généralement cette fin marquée par l’ouverture des nouvelles guerres, et non de conquêtes, par rapport aux populations autochtones. En ressort une nouvelle répartition entre les différentes puissances colonisatrices.

3Le contre-exemple significatif de ce processus est le cas de l’Allemagne qui, du fait de son unification tardive et incomplète par Bismarck, se verra largement distanciée dans la course aux colonies. C’est une des raisons qui justifieront par la suite son besoin d’expansion belliqueuse.

Il en va de la sorte et de manière emblématique lors de la deuxième « guerre des Boers » en Afrique du Sud (1899-1902) durant laquelle, après avoir réalisé la mise au pas des populations zoulous, l’affrontement majeur se déclencha entre les premiers colons « afrikaners » d’origine hollandaise (mais aussi allemande et huguenote) et les troupes de l’empire britannique nouvellement débarquées à la suite de la découverte d’importants gisements d’or au Transvaal (raid  Jameson).  Cette  guerre  des  Boers  inaugure  les  guerres  dites  « modernes »  en  y implémentant notamment l’usage des gaz de combat (acide picrique), des commandos, l’utilisation militaire du fils barbelés4 et l’invention britannique des camps de concentration, dans le déroulement de la déportation mortifère des populations civiles boers. Il s’agit de manière ouvertement déclarée (avec celle hispano-américaine de 1898) de la première guerre inter impérialiste suivie par de nombreuses autres (dont notamment celle russo-japonaise de 1905 et celle des Balkans de 1912/1913, pour ne citer que celles « préparant » directement la première guerre mondiale).

Ces différents éléments se retrouveront bien entendu démultipliés dans la première guerre mondiale qui, outre sa caractérisation de « première boucherie mondiale », sera celle du premier grand partage de territoires et de zones d’influences à l’échelle de plusieurs continents. Le paradoxe linguistique réside dans le fait que la phase dite « impérialiste » sera en réalité la période de la disparition des principaux empires qui existaient précédemment. En effet, le XXème siècle sera connu pour être celui de la décolonisation et de l’émergence d’une multitude d’État-nations formellement et juridiquement indépendants.

Commenter cet article