Réflexions critiques sur l’article de la CWO
- L’article de la Communist Workers Organisation (CWO) utilise le concept de race, sans en critiquer le contenu. Il est inutile de préciser que dans l’espèce humaine – sauf pour les idéologues racistes et leurs partis, les races N’EXISTENT PAS et n’ont d’existence que pour les seuls besoins de l’idéologie nationale-bourgeoise. Le communisme rejette cette vision d’une humanité divisée en races, dont la couleur change au gré des besoins de l’idéologie (blanc aryen et blanc sémite, noir, brun, rouge, jaune, olivâtre, etc.). Par contre le racisme – sous forme d’attaques physiques et de dénigrement systématique de l’Autre, de tout ce qui diffère de la norme bourgeoise – est une donnée des sociétés de classes en guerre contre l’ennemi intérieur et extérieur. Cela s’est considérablement aggravé à l’ère de l’impérialisme au point de déboucher sur des appels ouverts à l’extermination depuis le XIXe siècle (« péril jaune », « peaux-rouges », «péril juif », etc.), le tout sur fond d’élaboration d’une prétendue hiérarchie des « races » des prétendument « inférieures » (noires, brunes, etc.) jusqu’à une prétendue « race supérieure aryenne », « race de surhommes » dominant les « sous-hommes ».
2) L’article ne montre pas comment, au cours du développement capitaliste étasunien, particulièrement depuis les années 1960, un secteur de la population noire a cessé d’appartenir au prolétariat, pour s’intégrer dans la petite-bourgeoisie, voire la bourgeoisie (pour une petite minorité). Parler des « Noirs en soi », de la « population noire », de la « citoyenneté afro-américaine » ou autre, obscurcit et mystifie cette donnée historique. Il existe bien, même si sa dimension est modeste, une bourgeoisie noire et surtout une petite-bourgeoisie noire détentrice de commerces. Gageons qu’elles lutteront à mort contre le « prolétariat noir » le jour où celui-ci voudrait – comme le « prolétariat blanc » - mettre fin par la violence de classe au régime du profit capitaliste.
3) L’article assure que, lors des manifestations, de jeunes travailleurs blancs se sont associés «en grand nombre» à Black Lives Matter. Mais d’un autre côté, de jeunes suprémacistes blancs et autres partisans de Trump font partie de cette racaille qui rêve d’en découdre avec le prétendu « péril noir » ou « hispanique » qui viendrait entacher la « pureté blanche ». Cette division politique et idéologique de la petite-bourgeoisie blanche est passée sous silence par l’article.
4) L’article assure que «nous pouvons voir des étincelles d’espoir dans le soutien actuel à l’antiracisme manifesté par de nombreux travailleurs». Il est évident qu’un pourcentage de plus en plus significatif de travailleurs et travailleuses est en complet désaccord avec le racisme. Mais le soutien aux mobilisations du type Black Lives Matter et autres n’est pas un symptôme politico-social particulièrement positif. Ce n’est pas la première fois que des éléments du prolétariat sont incorporés comme «citoyens» dans des mobilisations du milieu politique petit-bourgeois. On aimerait que la CWO dise très clairement que cela va à l’encontre du processus d’indépendance de classe du prolétariat.
5) L’article proclame : «Ci-dessus, nous avons fait valoir que la race et la classe constituent une matrice complexe où l’oppression raciale et l’exploitation de classe se heurtent et interagissent.»
Ce paragraphe semble soutenir que les races existent bel et bien comme elles existent chez les chats, les chiens, les chevaux, etc. Depuis bien longtemps, il a été démontré (cf. Race et histoire de Claude Lévi-Strauss que la CWO semble ignorer) que les différences de culture sont bien plus importantes que les prétendues différences de "race", en fait celle de l'apparence physique (couleur de peau, taille, traits du visage, etc.). Du point de vue de la génétique humaine, la notion de "race" est une pure imposture idéologique. Par contre, le racisme est une donnée permanente du système capitaliste dont celui-ci a absolument besoin pour diviser la classe des exploités et la détourner de la lutte contre le capitalisme.
6) L’article néglige le fait que Black Lives Matter provient des rangs de gauche du Parti démocrate américain et qu’il a été utilisé de manière opportuniste pour affaiblir ses rivaux dans le jeu politique de la « démocratie » capitaliste : les républicains.
Toute illusion sur des mouvements du type Black Lives Matter, qui ne fait que défendre les intérêts de la petite-bourgeoisie noire qui veut (enfin !) gagner sa place au soleil du Capital, est pernicieuse pour la lutte pour le communisme. Elle est doublement pernicieuse, car elle dissimule le fait que la bourgeoisie noire s’est intégrée aux structures de gestion des intérêts capitalistes, aux structures étatiques, y compris la police et l’armée du Capital.
La lutte du prolétariat quelle que soit son origine géographique ou ethnique entre nécessairement en lutte frontale contre toute fraction de la bourgeoisie, «blanche» et/ou non «blanche», dont la seule finalité est de maintenir sa domination de classe sur les exploités, « blancs », « noirs », de « couleur ».
7) In fine, l’article déclare: «Le mouvement engendré par l’assassinat de George Floyd est peut-être déjà en train de s’affaiblir, mais si cela conduit à une remise en question plus large de la société capitaliste qui a produit une telle exploitation et oppression, alors ce sera un premier pas vers un mouvement anticapitaliste plus général».
Cette assertion n’est pas seulement erronée, mais entretient des illusions et des faux espoirs qui ne peuvent que favoriser la passivité du prolétariat.
Aucun mouvement de ‘citoyenneté démocratique’ ne peut donner une « énergie » décuplée aux exploités face au Capital et créer un « mouvement anticapitaliste ».
C’est sans doute le rêve de certains groupes gauchistes (leftists), comme le NPA en France ou le SWP en Grande-Bretagne. Ils le font en recherchant des « alliances de classes » avec les couches petites-bourgeoises et toutes les « couches opprimées » (féminisme, minorités sexuelles, etc.)
Ce n’est et ne sera jamais la politique du communisme, qui s’appuie sur le prolétariat, dont la radicalité de la lutte est le seul moyen de rallier des couches non exploiteuses, mais extérieures au prolétariat. Il ne peut y avoir de « mouvement anticapitaliste » authentique que si les prolétaires se démarquent très clairement des aspirations petites-bourgeoises tendant à simplement réformer la société capitaliste.
La seule VRAIE REMISE EN QUESTION DU SYSTÈME CAPITALISTE, C’EST SA DESTRUCTION. Ce sera l’œuvre commune de tous les prolétaires, quelle que soit leur « couleur de peau ».
Materia/Anibal (avec l’association de PB/Pantopolis), août 2020.
L'"existence scientifique" des races telle qu'on la distillait dans les anciens manuels scolaires (ici ceux de la IIIe République)
Nous ajoutons à ce dossier sur le racisme anti-Noirs aux USA ET en Grande-Bretagne cet article paru dans le Monde diplomatique de janvier 1963 et rédigé par un universitaire britannique, article particulièrement éclairant.
PB/Pantopolis
*
* *
Grande-Bretagne : une xénophobie très répandue mais très atténuée,
par Kenneth Little (Monde diplomatique, janvier 1963)*
… Les fondements de l’antisémitisme des Britanniques sont quelque peu identiques à ceux de l’antisémitisme sévissant chez d’autres peuples, mais à l’égard des races non européennes la situation est très claire. Elle provient du fait que l’Angleterre a joué un rôle majeur dans le commerce des esclaves par-delà l’Atlantique, et qu’elle a placé sous sa férule coloniale plus de peuples de couleur qu’aucune autre puissance européenne. La propagande qui accompagnait ces événements a fait naître l’idée que les Noirs et les autres peuples non européens étaient inférieurs à l’homme blanc. En premier lieu, c’est pour se défendre contre les accusations de cruauté et d’inhumanité portées contre eux que les planteurs des Indes occidentales et les marchands d’esclaves prétendirent que le Noir était une espèce d’homme entièrement différente, dont les désirs et les perceptions moraux n’existaient que sous forme d’idées simples. Leur conviction fut si contagieuse que par la suite des auteurs qui voulurent plaider en faveur de l’abolition estimèrent nécessaire d’obtenir des avis scientifiques établissant que l’homme noir était bien un être humain...
Plus tard, à la fin du XIXe siècle, l’expansion de l’empire britannique a été encouragée par l’orgueil et la ferveur raciale. La célèbre phrase de Rudyard Kipling « le fardeau de l’homme blanc » en est une illustration typique et a servi de justification à la domination exercée par son pays sur les Indiens et les Africains ; en même temps la conviction de la supériorité morale des races blanches en général était renforcée par l’apparition de croyances telles que l’aryanisme, le nordicisme ou le teutonisme. Il se manifesta également un zèle évangélique en faveur de l’action auprès des nouveaux « païens » dont les cultures et religions, à la différence de celles de l’islam et de l’hindouisme, étaient trop faibles pour résister aux missionnaires. Très souvent, cela a facilité la tâche de ces derniers pour dresser un portrait repoussant de l’homme noir. Jusqu’alors les Africains avaient été considérés comme des esclaves en puissance par la grande masse : le public ne savait comment les distinguer sinon par la couleur de leur peau. Maintenant, l’homme noir qui avait occupé précédemment le compartiment réservé aux « esclaves » est passé dans un nouveau compartiment, réservé à ceux que l’on désigne indifféremment comme des « sauvages », des « arriérés » ou des « êtres puérils ».
Les méthodes des groupements racistes...
… des conceptions peu flatteuses et nuisibles aux races de couleur se sont profondément enracinées dans le patrimoine culturel britannique de façon à y constituer maintenant une base pour le racisme, et qu’elles sont invoquées à chaque fois que des sentiments se manifestent à l’encontre de la population de couleur. C’est ce qui s’est produit lors des émeutes raciales de 1919 à Liverpool, Cardiff, Londres et en d’autres villes portuaires. C’est ce qui est arrivé de nouveau à Liverpool entre les deux guerres, et aussi à Notting-Hill, Londres et Nottingham en 1958. Dans de tels moments, l’un des principaux arguments est que la présence d’hommes de couleur conduit au mélange des races, et partant affaiblit la race et la culture britanniques. La citation suivante est un commentaire typique, qui lut-donné par le correspondant d’un journal à l’époque des émeutes de Notting-Hill : « C’est précisément ce croisement avec d’autres races qui a été à l’origine de la chute des civilisations grecque, romaine et indienne. Elle a affaibli leurs caractères, leur volonté et l’hérédité intellectuelle de leur souche », et l’auteur de poursuivre : « N’est-il pas évident qu’il n’existe rien de tel que ce que l’on voudrait appeler l’égalité lorsqu’on étudie l’histoire ? Les races européennes et celles de couleur ont eu des chances égales de développement à travers les âges, mais qu’est-il advenu ? Les Européens ont construit des villes et forgé tout ce que nous savons de la civilisation, de la culture et de notre façon de vivre, tandis que, exception faite de quelques influences européennes ici et là, les races de couleur mènent encore une vie primitive. La cause du développement de l’Européen n’est autre chose que l’élévation de son propre intellect et son désir d’atteindre à une civilisation meilleure tandis que les races de couleur livrées à leurs seuls efforts ne se sont guère éloignées de leur état primitif. C’est certainement la preuve qu’il n’y a pas d’égalité de vitesse dans l’évolution. »
Cependant, en temps ordinaire, cette sollicitation pour « garder la Grande-Bretagne blanche » n’est émise de façon persistante que par certains groupes néo-nazis et super-patriotes, parmi lesquels la Ligue des loyalistes de l’Empire a particulièrement réussi à s’attirer la publicité. Très souvent ces organisations distribuent par la poste des pamphlets et autre genre de littérature approuvant l’apartheid en Afrique du Sud et les activités des Conseils de citoyens blancs et du Ku-Klux-Klan dans l’extrême sud des Etats-Unis. L’un de ces dépliants est intitulé « Hitler avait raison ! » Le plus fanatique de ces groupes est le Mouvement national-socialiste. Il réclame l’expulsion des immigrants de couleur et des juifs, l’abolition de la démocratie (que ses dirigeants décrivent comme la façon de prendre des décisions par le dénombrement) et l’institution d’un État nationaliste racial. Il cherche à promouvoir les « grands idéaux de préservation et d’amélioration raciale... formulés dans le credo de l’Allemagne national-socialiste sous la direction d’Adolf Hitler ». Sur un plan différent, et beaucoup plus sophistiqué, il a paru une feuille imprimée soulevant la question de la restriction du nombre des immigrants des Indes occidentales pour des raisons d’eugénisme. Ce dernier pamphlet et un nouveau journal intitulé Mankind Quaterly ont été fortement critiqués par d’autres savants sur le plan des idées raciales.
... et leurs répercussions dans le public
Dans l’ensemble, toutefois, le racisme s’exprime d’une façon très diffuse. Parfois, lorsqu’un immigrant des Indes occidentales parait en justice pour répondre d’une accusation dans laquelle se trouve mêlée une femme blanche, le magistrat se livrera à des commentaires sur sa couleur d’une façon désobligeante. Dans d’autres occasions, il a été annoncé sur les places publiques que l’incidence de la tuberculose et des maladies vénériennes est particulièrement liée à l’existence de la fraction de population qui vient des Indes occidentales. Mais il est rare, à la fois dans les écrits de presse et chez les porte-parole de n’importe quel groupement ou parti, qu’on attaque directement les immigrants sur leur race. Par conséquent, bien qu’il soit très évident qu’une fraction du public britannique, y compris certains députés, aimerait que les hommes de couleur soient totalement exclus, la question de la race n’est pas la raison qu’ils mettent en avant. Ils insistent sur le manque de logements, ou sur les dangers d’un sous-emploi massif en cas de récession économique. D’autres se plaignent que les personnes originaires des Indes occidentales, les Africains ou les Indiens sont peu désireux, ou incapables, de s’adapter à la façon de vivre des Britanniques.
… Une partie de la population est convaincue de la supériorité des Britanniques sur tous les autres peuples sans tenir compte du tout de la couleur, et cette attitude traduit une xénophobie très répandue mais très atténuée. Elle n’est exprimée en aucune doctrine, mais se trouve plutôt contenue dans la masse des pensées de tous les jours. En fait l’une des raisons pour lesquelles les croyances raciales exercent si peu d’attraction est que l’individu ordinaire se désintéresse totalement de telles préoccupations philosophiques. Sa façon de considérer l’étranger tend à être surtout pragmatique...
* https://www.monde-diplomatique.fr/1963/01/LITTLE/25158
L’assassinat de George Floyd : l’acte de décès du racisme
sera celui du capitalisme*
Introduction
Nous publions, en raison de son intérêt évident, ce texte mis en ligne sur le site leftcom.org, rédigé par le groupe britannique CWO, adhérent de la TCI.
Pantopolis
Karl Marx : «le travail sous peau blanche ne peut s’émanciper là où le travail sous peau noire est stigmatisé et flétri»
L’assassinat de George Floyd : l’acte de décès du racisme
sera celui du capitalisme*
L’assassinat de George Floyd à la vue de tous par la police de Minneapolis a choqué à juste titre des millions de personnes à travers le monde. L’assassinat d’un Noir par la police n’est pas un événement inhabituel, en particulier aux États-Unis. Black Lives Matter a été fondé en 2013, après l’acquittement de George Zimmerman, un bénévole de Neighbourhood Watch, pour le meurtre d’un adolescent noir, Trayvon Martin. Cependant, elle a pris son véritable essor en 2014, après les meurtres de Mike Brown à Ferguson et d’Eric Garner à New York. Garner a été asphyxié, tout comme George Floyd qui a répété à plusieurs reprises à son tueur de flics «Je ne peux pas respirer» alors qu’il tenait son genou sur son cou pendant près de neuf minutes. De nombreux autres Noirs américains ont été tués par la police depuis 2014, notamment Tanisha Anderson, Breonna Taylor, Jonathan Ferrell, John Crawford, Ezell Ford, Laquan McDonald, Akai Gurley, Tamir Rice, Eric Harris, Walter Scott, Freddie Gray, Sandra Bland, Samuel DuBose, Jeremy McDole, Alton Sterling et Philando Castile. Il y en a beaucoup, beaucoup d’autres. Et il y a déjà eu des manifestations et des émeutes contre l’oppression raciste monumentale des travailleurs noirs aux États-Unis, de Watts en 1965 à Ferguson en 2014, en passant par Los Angeles en 1992 (après l’acquittement des flics qui avaient massacré Rodney King).
L’année 2020 est cependant toute autre. À cette occasion, probablement en raison de la nature flagrante et délibérée du meurtre enregistré sur un téléphone portable, l’événement a déclenché une série de manifestations, de protestations et d’émeutes à travers les États-Unis ainsi que dans de nombreux autres pays, en grande partie sous la bannière du mouvement Black Lives Matter (BLM). Aux États-Unis, la spécificité de l’assassinat, à savoir le meurtre d’un Noir non armé par un policier blanc, a été au centre des protestations initiales, tandis qu’au Royaume-Uni et dans d’autres pays européens où les assassinats par la police sont moins fréquents, la mort de Floyd a été considérée davantage comme le symbole d’un malaise raciste plus large dans la société. En tant que communistes et internationalistes, nous nous opposons de par notre programme au racisme en tant que barrière élevée contre l’unité de la classe ouvrière, une unité qui est fondamentale pour le processus révolutionnaire d’abolition du capitalisme. Nos camarades de l’Internationalist Workers Group (États-Unis) et de Klasbatalo (Canada) ont été parmi les premiers internationalistes à réagir par une déclaration. Intitulée « Minneapolis, Police Brutality and Class Struggle », elle a été diffusée dans de nombreuses villes des États-Unis et du Canada (ainsi qu’au Royaume-Uni, en Italie et en Australie)(1). Dans cet article, nous tentons d’examiner la signification du « BLM » dans le contexte plus large du développement de la lutte des classes et de l’internationalisme prolétarien.
*
* *
Le racisme aux États-Unis
L’histoire des États-Unis – peut-être plus qu’aucun autre pays occidental – est l’histoire d’un racisme profondément enraciné. Les ‘Pères fondateurs’ du «Pays de la Liberté» étaient quasiment propriétaires d’esclaves. Jefferson avait plus de 600 esclaves et Washington environ 320. Sur les douze premiers présidents des États-Unis, seuls deux n’ont jamais été propriétaires d’esclaves. L’esclavage a caractérisé l’économie, en particulier celle des États planteurs du Sud, jusqu’en 1865, date à laquelle il a été aboli après la défaite de la Confédération lors de la Guerre de Sécession. Pour les États victorieux et surtout pour les États nordistes, l’esclavage était considéré comme un obstacle anachronique au développement d’une économie capitaliste moderne – pourquoi encourir les frais généraux de la propriété d’esclaves quand on peut employer des esclaves salariés «libres» à moindre coût à la place ? Il n’est pas surprenant que l’émancipation de l’esclavage n’ait guère apporté de progrès social ou d’égalité à la population noire américaine. Après l’ère de la Reconstruction, les lois Jim Crow**, qui donnaient aux États et aux municipalités locales le pouvoir d’imposer la ségrégation raciale, ont été introduites et sont restées en vigueur pendant une centaine d’années, jusqu’à ce que la pression du mouvement des droits civiques dans les années 1960 force leur abrogation officielle.
Jusqu’alors, la ségrégation était non seulement imposée par la loi, mais aussi par les « justiciers » suprémacistes blancs comme le Ku Klux Klan qui terrorisait et assassinait les Noirs trop «arrogants» (réussis ?) ou qui franchissaient sciemment ou par inadvertance les limites fixées par la société blanche du Sud. Cette situation a maintenu la plupart des Afro-Américains dans un état d’abaissement permanent, les soumettant aux pires conditions de logement, d’éducation, de soins de santé et d’accès aux services publics. De plus, cet état de pauvreté garantissait une offre de main-d’œuvre noire bon marché pour le capital américain. La «grande migration» de 1916-1970 a vu quelque six millions d’Américains noirs délaisser les zones rurales du Sud pour les villes industrielles du Nord telles que Chicago, Detroit et New York, où ils se sont généralement contraints d’accepter les emplois les moins bien rémunérés. Bien que cela se soit accompagné d’une plus grande liberté sociale, la ségrégation n’étant pas officielle dans le Nord, la pauvreté et le racisme persistants, y compris un certain nombre d’émeutes raciales violentes, ont eu pour effet que les villes du Nord ont rapidement connu une ségrégation raciale non officielle, et qu’elles le restent encore aujourd’hui dans une mesure bien plus importante que ce n’est généralement le cas dans les autres grandes métropoles capitalistes. Le mouvement des droits civils aurait pu mettre fin à la ségrégation de type « Jim Crow » mais l’histoire ultérieure des États-Unis montre qu’elle n’a pas mis fin à l’activité raciste de l’État.
Dans ce contexte, il n’est guère surprenant que les Noirs se soient trop souvent retrouvés sous la pointe acérée de la brutale justice pénale étasunienne. Comme nous l’avons souligné, le meurtre de George Floyd n’est pas un exemple isolé du racisme policier, et même un mois après l’événement, il n’est certainement pas le dernier. Les statistiques ne sont pas tout à fait claires, mais le tableau général montre que si les Noirs représentent environ 13 % de la population américaine, ils représentent environ 24 % des personnes tuées par la police, et sont donc beaucoup plus susceptibles d’en être les victimes. Cependant, la « race » n’est pas l’unique facteur, car les statistiques indiquent également que les victimes de meurtres par la police sont plus susceptibles de venir de quartiers pauvres, ce qui suggère que la classe sociale joue également un rôle important, et voir cette question en termes purement raciaux est une simplification excessive.
Des preuves plus convaincantes de la discrimination raciale dans le système de justice pénale proviennent de l’examen du système pénitentiaire. Les statistiques sont choquantes : les États-Unis comptent 5 % de la population mondiale, mais détiennent 25 % des prisonniers dans le monde, dont plus de 40 % sont noirs. Un Blanc sur 17 va en prison, contre un Noir sur trois.
Le 13e amendement à la Constitution américaine interdit l’esclavage ... sauf pour les prisonniers. Aux États-Unis, plus d’un million de prisonniers sont contraints de travailler pour seulement deux cents de l’heure ou parfois pour rien du tout. Les entreprises privées tirent profit d’une nouvelle forme d’esclavage alors que l’industrie privée du travail des prisonniers se développe à un rythme rapide(2). Parmi les entreprises qui emploient des prisonniers, citons Starbucks, Victoria’s Secret, Whole Foods et Nintendo, qui ont toutes utilisé les travailleurs des prisons pour accroître leurs profits. L’énorme augmentation du nombre de prisonniers a été financée, en partie, par des sociétés à la recherche d’une main-d’œuvre bon marché. De nombreuses entreprises «respectables» ont financé le Conseil américain des échanges législatifs (ALEC), qui a adopté la «loi sur les industries pénitentiaires» pour accroître le travail des prisonniers. Le gouvernement fédéral lui-même fait la promotion d’ «opportunités commerciales» dans des dizaines d’usines de prisons fédérales à travers le pays.
Au-delà du système de justice pénale, nous pouvons constater que, d’après la plupart des indices, les Noirs américains sont nettement plus mal lotis que les Blancs. Les statistiques officielles du chômage publiées par le Bureau américain des statistiques du travail montrent – avant l’aggravation de la crise économique nourrie par le Covid-19 – qu’au deuxième trimestre de 2019, le chômage des Noirs était de 6,1 %, contre 3,1 % pour les Blancs et 3,5 % pour la population totale. Pour le deuxième trimestre de 2020, le chômage des Noirs est passé à 16 % et celui des blancs à 12 %. Alors que le taux de chômage des Noirs est encore considérablement plus élevé, le taux d’augmentation du chômage a été sensiblement plus élevé pour les Blancs. Les chiffres illustrent un tableau plus complexe que les notions simplistes de privilège des Blancs et d’oppression des Noirs – le principal facteur du désavantage restant la classe plutôt que la race.
Cela explique pourquoi, cette fois-ci, la situation est différente. Nous avons connu quatre décennies de baisse du niveau de vie des travailleurs dans tous les grands pays capitalistes (3), mais surtout parmi les travailleurs à bas salaires de toutes origines ethniques. Au cours de cette période, les emplois bien rémunérés ont disparu, l’industrie manufacturière ayant migré vers les économies à bas salaires, principalement en Asie. Et l’éclatement de la bulle spéculative du capitalisme financier n’a fait qu’ajouter à la douleur. Comme l’a écrit un camarade sur notre site web :
« Les effets résiduels de la «crise financière» de 2008, dette colossale, faible croissance, faibles rémunérations, austérité, en un mot l’érosion des conditions de vie de la grande majorité étaient encore bien présents lorsque la récession a commencé à se manifester. Mais il ne s’agissait là que d’un acte de préparation à la catastrophe actuelle, qui s’est manifestée sous nos yeux et dont nous ne connaissons pas encore la profondeur » (4).
Les manifestations antérieures se sont en grande partie limitées aux quartiers noirs, touchant les personnes noires, mais lors des manifestations et des émeutes qui ont eu lieu aux États-Unis et dans le monde entier, de jeunes travailleurs blancs se sont joints en grand nombre aux manifestations.
Le racisme en Grande-Bretagne
Les origines du racisme contemporain peuvent être rattachées à celles du capitalisme. L’idée de l’infériorité des Noirs a d’abord été utilisée pour justifier la traite des esclaves et l’esclavage, puis développée plus tard au XIXe siècle pour justifier la colonisation impérialiste de l’Afrique et d’autres pays et continents peuplés principalement de personnes de couleur, avec toutes les atrocités qui en découlent souvent pour les populations indigènes. Aux États-Unis, le racisme a été utilisé dès le début pour diviser les travailleurs noirs et blancs.
En Grande-Bretagne, la situation était différente : alors que l’accumulation primitive de capital était largement financée par la traite des esclaves et que les profits étaient rapatriés des plantations américaines, au Royaume-Uni même, le petit nombre de Noirs (quelques milliers) n’exigeait pas que la classe ouvrière soit fondamentalement différenciée selon des critères raciaux. Cependant, le maintien de la structure de l’économie capitaliste exige que les travailleurs considèrent les autres travailleurs comme des concurrents pour l’emploi, le logement, l’accès aux établissements d’enseignement, etc. Il s’agit là d’une importante fenêtre d’opportunité pour les idées nationalistes et racistes, dont Karl Marx observait déjà les effets au XIXe siècle. Mais ce qu’il a vu, c’est que la classe dirigeante britannique utilisait d’innocents ouvriers agricoles irlandais affamés comme briseurs de grève pour briser les grèves dans les mines et les usines, le nationalisme (soutenu par la religion) demeurant l’arme de choix.
- Ce qui est primordial, c’est que chaque centre industriel et commercial d’Angleterre possède maintenant une classe ouvrière divisée en deux camps hostiles : les prolétaires anglais et les prolétaires irlandais. L’ouvrier anglais moyen déteste l’ouvrier irlandais en qui il voit un concurrent qui dégrade son niveau de vie. Par rapport à l’ouvrier irlandais, il se considère comme un membre de la nation dominante et devient par conséquent un outil des aristocrates et des capitalistes anglais contre l’Irlande, renforçant ainsi leur domination sur lui-même. Il se berce de préjugés religieux, sociaux et nationaux contre les travailleurs irlandais. Il se comporte à peu près comme les blancs pauvres vis-à-vis des noirs dans les anciens États esclavagistes des États-Unis. L’Irlandais lui rend avec intérêt la monnaie de sa pièce. Il voit dans l’ouvrier anglais à la fois un complice et un instrument stupide de la domination anglaise en Irlande. Cet antagonisme est artificiellement entretenu et développé par la presse, le clergé et les revues satiriques, bref par tous les moyens dont disposent les classes dominantes. Cet antagonisme est le secret de l’impuissance de la classe ouvrière anglaise, malgré son organisation. C’est le secret du maintien au pouvoir de la classe capitaliste, et celle-ci en est parfaitement consciente.
- (Lettre de Marx du 9 avril 1870 adressée à Siegfried Meyer et August Vogt, New York)
Ainsi, le racisme sape le seul moyen de résister avec succès aux contraintes quotidiennes du système : la solidarité de classe. Malgré l’internationalisation du capitalisme, la bourgeoisie exerce sa domination sous la forme d’États nationaux. S’opposant à cela, le prolétariat s’affirme comme une classe internationale, une classe de migrants. Chaque scission affaiblit sa lutte et resserre les chaînes de l’exploitation. C’est pourquoi il est urgent que les communistes luttent sans compromis contre les idées racistes et c’est pourquoi nous pouvons voir des étincelles d’espoir dans le soutien actuel à l’antiracisme manifesté par de nombreux travailleurs.
Il y eut des précédents. Pendant la Guerre de Sécession, certains secteurs de la classe ouvrière en Grande-Bretagne ont soutenu le blocus des navires confédérés dans l’espoir qu’une victoire de l’Union conduirait à l’abolition de l’esclavage. Cela leur coûta très cher, car les navires transportaient le coton qui devait être transformé en tissu en Angleterre, sans lequel les travailleurs des usines textiles étaient licenciés. Bien sûr, tous les travailleurs n’étaient pas prêts à payer ce prix et certains se sont activement opposés aux blocus. L’idéologie raciste et sa «justification» pseudo-scientifique sous forme d’eugénisme se sont répandues à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, encourageant les notions de supériorité des Européens blancs et justifiant l’assujettissement des populations indigènes de l’Empire britannique. Les sentiments anti-irlandais et l’antisémitisme étaient courants, mais le racisme à l’égard des Noirs ne s’est pas manifesté comme un phénomène majeur en Grande-Bretagne, même avant les années 1950, lorsque (à l’initiative du gouvernement pour fournir de la main-d’œuvre pendant le boom d’après-guerre) une immigration massive en provenance des Caraïbes et d’autres pays du Commonwealth a commencé à avoir lieu (5). Si la classe dirigeante britannique n’hésite pas à jouer la carte raciale quand cela lui convient, généralement en termes d’hostilité à l’immigration, il serait exagéré de dire que le Royaume-Uni est aussi divisé sur le plan racial que les États-Unis. Il ne s’agit pas de minimiser l’importance du problème – qu’il s’agisse de la pauvreté ou des taux d’incarcération, les personnes issues de minorités ethniques sont surreprésentées par rapport à leur pourcentage dans la population générale (6). La police métropolitaine a été qualifiée d’ «institutionnellement raciste» en 1999 par l’enquête Macpherson à propos de l’assassinat au couteau de l’adolescent noir Stephen Lawrence le 22 avril 1993. Macpherson a défini cela comme «l’échec collectif d’une organisation à fournir un service approprié et professionnel aux personnes en raison de leur couleur, de leur culture ou de leur origine ethnique». Cette forme de racisme se manifeste par «des processus, des attitudes et des comportements qui équivalent à une discrimination par des préjugés involontaires, l’ignorance, l’inconscience et des stéréotypes racistes qui discriminent les minorités ethniques». Il y a peu de preuves que cela ait changé puisque peu de recommandations de Macpherson ont été appliquées. Cela ne surprend pas les internationalistes révolutionnaires et ne fait que souligner qu’il ne suffit pas d’exiger une réforme – nous avons besoin d’un changement complet de système.
Sous le capitalisme, la vie des travailleurs importe peu
Il est clair que le racisme est inhérent au capitalisme. En tant que communistes et internationalistes, nous abhorrons le racisme et les divisions qu’il peut favoriser au sein de la classe ouvrière. Mais qu’en est-il de l’antiracisme ? Et des mouvements tel le BLM, doivent-ils être soutenus ou ne font-ils eux-mêmes que favoriser les divisions raciales ? Plus haut, nous avons affirmé que la race et la classe constituent une matrice complexe où l’oppression raciale et l’exploitation des classes se heurtent et interagissent. La forme sous laquelle l’oppression apparaît peut sembler découler de la race, du sexe ou de nombreuses autres formes, mais ceux qui en subissent le plus les conséquences le font principalement en raison de leur exploitation économique en tant que prolétaires ou de leur marginalisation en tant que travailleurs surnuméraires. Si nous reconnaissons qu’il existe des plafonds de verre qui empêchent les femmes d’atteindre les plus hauts sommets de la société bourgeoise, le véritable problème concerne les femmes qui luttent pour subvenir aux besoins de leur famille avec des revenus ou des prestations sociales faibles et précaires. De même, les Noirs de la classe moyenne seront confrontés à des formes de racisme social, mais ceux qui souffrent réellement sont les chômeurs et les travailleurs noirs à bas salaire qui luttent pour survivre à la fois contre l’État et le capitalisme. Et ces vrais problèmes sont aussi ceux qui touchent tous les travailleurs, indépendamment de leur race, de leur sexe ou de toute autre oppression que l’on peut mettre en exergue, c’est le problème fondamental de l’exploitation économique du prolétariat.
Le problème du mouvement BLM est qu’il divise les travailleurs en lignes d’oppression plutôt que de reconnaître que la base du capitalisme est le problème fondamental et universel de l’exploitation économique. Cela n’échappe pas à la bourgeoisie qui, dans l’ensemble, n’a aucun problème à soutenir et à récupérer ces mouvements. Le BLM a été pleinement approuvé par la plupart des hommes politiques – à l’exception de ceux d’extrême droite –, sans parler de toutes les célébrités marquantes. La politique de gestes de vertu ineptes comme «faire la génuflexion» ou le spectacle stupide de policiers blancs lavant les pieds des noirs sont devenus le modus operandi de tout ce cirque. Les grandes entreprises américaines font des dons (afin d’augmenter leur part de marché grâce à une bonne publicité) alors que beaucoup d’entre elles n’emploient que les travailleurs noirs pour le ménage. Les demandes de non-financement, de réforme ou d’abolition de la police n’ont aucun sens lorsque la fonction de la police est essentiellement de protéger la propriété bourgeoise plutôt que de protéger les travailleurs.
Nous devons cependant reconnaître que des personnes sincères qui aspirent à un monde meilleur sont attirées par ce genre de mouvements. Notre point de vue est que le capitalisme peut faire des gestes sur la race ou le sexe ou presque tout ce que vous voudrez, mais ils resteront sans suite. Les divisions que le capitalisme a créées ne disparaîtront pas du jour au lendemain, mais une fois que son existence source de divisions appartiendra au passé, nous pourrons entamer un sérieux combat pour panser les plaies qu’il a infligées à l’humanité. C’est la lutte que les communistes et les révolutionnaires se proposent d’organiser.
La seule force capable de renverser plus que des statues – en mettant l’accent sur des gestes symboliques comme la génuflexion –, la seule force capable de renverser tout le système d’oppression, c’est la classe ouvrière : noire, blanche ou autre, une classe unie. Comme l’a écrit Karl Marx, «le travail sous peau blanche ne peut s’émanciper là où le travail sous peau noire est stigmatisé et flétri» (7). Seule cette classe ouvrière, rassemblée dans sa propre Internationale révolutionnaire, peut renverser le capitalisme, une société de classes, pourrie par les préjugés et puant l’inégalité. Le mouvement engendré par l’assassinat de George Floyd est peut-être déjà en train de s’apaiser, mais si cela conduit à une remise en question plus large de la société capitaliste qui a produit une telle exploitation et une telle oppression, alors ce sera un premier pas vers un mouvement anticapitaliste plus général. La prochaine étape est de s’organiser en une nouvelle internationale révolutionnaire de la classe ouvrière. Aucune société dans l’histoire n’est éternelle et tout porte à croire que celle-ci a largement dépassé sa date de péremption. Ses fossoyeurs à travers le monde doivent s’unir afin de lui donner une sépulture définitive.
PBD.
Notes
(1) Voir leftcom.org
(2) Pour en savoir plus sur les prisons américaines, voir leftcom.org
(3) De nombreux commentateurs capitalistes l’admettent maintenant régulièrement et ouvertement. Voir, par exemple, bloomberg.com Le graphique de cet article montre que les salaires des travailleurs aux États-Unis sont restés au même niveau que la productivité en hausse, jusqu’au milieu des années 1970, lorsque le boom de l’après-guerre a pris fin, puis ils ont divergé massivement, de sorte que les salaires des travailleurs ont augmenté de 115 % tandis que la productivité croissait de 252 %.
(4) leftcom.org
(5) Malgré son opposition ultérieure à l’immigration noire et asiatique en général, le ministre de la Santé Enoch Powell s’est fait le champion du recrutement d’infirmières étrangères au début des années 1960. Comme le suggère l’historien du NHS (la Sécurité sociale britannique) Charles Webster, cette anomalie apparente est peut-être due au fait que l’immigration des infirmières a non seulement «fourni une main-d’œuvre abondante et bon marché, réduit le gaspillage et sapé l’argument de la pénurie», mais a également «renforcé sa position en faisant pression pour une politique ferme contre la demande de rémunération des infirmières, qui était elle-même son arme principale dans une campagne plus large pour inciter ses collègues à adopter une approche plus agressive de contrôle des salaires du secteur public». Voir historyandpolicy.org
Les politiques d’immigration du gouvernement actuel l’aident bien sûr à garantir 100 000 postes vacants pour le NHS pendant la pandémie.
(6) Selon le rapport du 23 juin de l’Office of National Statistics, le revenu moyen des ménages britanniques blancs était supérieur de près de 65 % à celui des groupes ethniques noirs si l’on exclut l’impact des impôts et des prestations. Le même rapport indique que l’inégalité des revenus était en hausse les deux années avant l’apparition du coronavirus. En 2017, la Lammy Review, un rapport sur les résultats obtenus par les Noirs et les minorités ethniques dans le système de justice pénale au Royaume-Uni, a utilisé les chiffres de 2016 pour constater que «bien qu’ils ne représentent que 14 % de la population, les hommes et les femmes de la BAME représentent 25 % des prisonniers» (p. 3 : assets.publishing.service.gov.uk). Deux ans plus tard, il a été rapporté que plus de 50 % des jeunes mis en prison étaient issus de la BAME : theguardian.com.
(7) Marx utilise des formulations similaires dans une lettre de novembre 1866 adressée à Lafargue, ainsi que dans le tome premier du Capital (IIIe section : la production de la plus-value absolue, chapitre X : La journée de travail).
Communist Workers’ Organisation (CWO), Internationalist Communist Tendency.
Lundi 10 août 2020.
* Source : https://www.leftcom.org/en/articles/2020-08-10/the-murder-of-george-floyd-the-end-of-racism-starts-with-the-death-of-capitalism.
** Le nom de «Jim Crow» (Jim le Corbeau !) provient de la chanson Jump Jim Crow, chanson critiquant la politique « populiste » d’Andrew Jackson, composée et interprétée en 1832 par Thomas D. Rice, qui chante et danse avec le visage et les mains peinturlurés en noir afin de caricaturer et dénigrer les Afro-Américains. La chanson et sa mise en scène eurent un vif succès. Dès 1838, « Jim Crow » devient une expression péjorative stigmatisant les personnes noires vivant aux États-Unis. L’expression Jim Crow laws («lois Jim Crow») est répertoriée pour la première fois en 1892 dans le titre d’un article du New York Times consacré à la ségrégation raciale dans les trains de la Louisiane (Note du traducteur-éditeur, Pantopolis).