Fresque réalisée à São Paulo par l'artiste et activiste brésilien Thiago Mundano « The Forest Brigade ».
COP29, 2024
Production annuelle de CO2 par les principaux pollueurs de la planète
- Chine : 11,4 milliards de tonnes de CO2/an
- États-Unis : 5 milliards de tonnes de CO2/an
- Inde : 2,7 milliards de tonnes de CO2/an
- Russie : 1,7 milliard de tonnes de CO2/an
- Japon : 1 milliard de tonnes de CO2/an
- Iran : 749 millions de tonnes de CO2/an
- Allemagne : 675 millions de tonnes de CO2/an
- Arabie Saoudite : 672 millions de tonnes de CO2/an
- Indonésie : 619 millions de tonnes de CO2/an
- Corée du Sud : 616 millions de tonnes de CO2/an
- Canada : 546 millions de tonnes de CO2/an
- Brésil : 489 millions de tonnes de CO2/an
- Turquie : 446 millions de tonnes de CO2/an
- Afrique du Sud : 436 millions de tonnes de CO2/an
- Mexique : 407 millions de tonnes de CO2/an
COP29, 2024
Une nième mascarade du capital validant la destruction de la planète et de la vie
Le dimanche 24 novembre 2024, à Bakou (capitale du Far West pétrolier de l’Azerbaïdjan), sur la Caspienne, au terme d’une prolongation de partie, s’est achevée la comédie annuelle de la COP, dans sa 29e version. La Caspienne, la plus grande mer intérieure du monde est le symbole même de la pourriture de tous les mahagonny[1] capitalistes. C’est un mélange de pollution extrême par l’exploitation pétrolière, d’assèchement rapide par le détournement par le capitalisme russe des grands fleuves (Oural et Volga), d’un réchauffement climatique qui a amené les niveaux d’eau à leur seuil le plus bas depuis plus de 40 ans. En juin 2023, l’État Kazakh venait de décréter l’état d’urgence en raison du bas niveau de l’eau, avec un impact sur les réserves d’eau potable et les pêcheries, ainsi que sur la biodiversité.
[1] L’opéra de Bertolt Brecht, mis en musique par Kurt Weil, créé en 1930 à Leipzig, Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny, est une critique virulente du capitalisme, où le crime absolu est de ne pas posséder d’argent. Mahagonny, ville perdue au milieu du désert, en Alabama, comme Bakou l’est au milieu des derricks d’une Caspienne en voie de désertification, est gouvernée par trois malfrats rivalisant d’imagination dans les débauches, les extorsions et les violences.
La COP (Conférence des parties adhérentes à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques), regroupe tous les États (capitalistes) adhérant, mais aussi des entreprises, des ONG et d’autres acteurs intéressés (des lobbies producteurs de gaz et de pétrole), dans le but de « négocier et de prendre des décisions sur les actions à entreprendre pour faire face au changement climatique ». Lire : marchander pour le plus grand profit des capitalismes les plus puissants… La Convention, entrée en vigueur en 1994, reconnaît (sic) l’existence des changements climatiques et la « responsabilité humaine » (sic) dans ce phénomène, mais jamais la responsabilité écrasante du capitalisme et de ses agents. Elle vise à « stabiliser les émissions des gaz à effet de serre (GES) d’origine anthropique dans l’atmosphère à un niveau qui ne met pas en danger le climat mondial ». Les 198 signataires de la Convention (197 États et Union européenne) sont appelés «parties».
Des « parties » donc, mais des « parties » actrices conscientes (car bien informées) de crimes collectifs contre l’humanité par une inaction volontaire. Des « parties » bien souvent grassement soutenues par les fonds des nababs du capitalisme dit « fossile », payant une armée d’hommes de main « climato-sceptiques » dans les médias, sur les prétendus « réseaux sociaux », voire sur le terrain, comme au Brésil ?
Chaque année depuis 1995, une Conférence des Parties (COP) est organisée, sans jamais remettre en question le capitalisme des énergies fossiles et ses agents qu’ils soient étatiques et privés. Ceux-ci ne manquent jamais de rappeler que le charbon, et aujourd’hui le gaz, le pétrole « sont un don de Dieu » (dixit Ilham Aliev, fils du dictateur (ex-« communiste ») Heydar Aliev, immensément riche depuis le tendre âge de 11 ans), par simple héritage capitaliste[2].
Les dirigeants du monde capitaliste – après avoir rendu grâce au pétrole et au gaz, lors de la COP28, tenue à Doubaï en novembre-décembre 2023[3] – ont un an plus tard réitéré leur allégeance aux énergies polluantes, en se rendant au bord de la Caspienne, à Bakou, la capitale azérie, du 11 au 23 novembre 2024.
De cette COP, présidée par António Guterres, ex-premier ministre « socialiste » portugais de 1995 à 2002, devenu secrétaire général de l’ONU, il en est sorti une provocante promesse d’une aumône de 300 milliards de dollars par an, pour arriver à maintenir la « limite » de 1,5 degré en matière de réchauffement climatique – alors que la prévision la plus crédible est une augmentation de près de 3 degrés Celsius vers 2050 …
Chacun des États et des lobbies pétroliers capitalistes présents à cette conférence savait pertinemment que l’enjeu est bel et bien le crépuscule (irréversible) de l’humanité et des espèces vivantes : a) le niveau de la mer pourrait s’élever de plus d’un mètre en 2100, sous l’effet de la fonte des glaciers et des calottes glaciaires (Groenland et Antarctique), avec des conséquences irréversibles sur toutes les régions côtières du monde ; b) près de la moitié des espèces vivantes présentes sur la Terre pourraient disparaître, victimes d’une sixième extinction de masse[4]; c) la température pourrait grimper jusqu’à 55° C (à l’ombre !) en France, dès 2070 ; des vagues de chaleur létales atteignant 80 °C pourraient rendre de vastes territoires inhabitables en Chine, en Inde, au Pakistan, en Indonésie, au Brésil, au Nigeria, dans les riches pays pétroliers du Golfe persique… ainsi qu’aux USA (Arkansas, Iowa, Missouri) d’ici à la fin du siècle ; d) le dégel massif du permafrost (sol en permanence gelé : Alaska, Canada, Russie) pourrait faire resurgir certains virus disparus ou inconnus, pires que le covid 19, et déstocker deux fois plus de méthane et de dioxyde de carbone que l’atmosphère terrestre, ce qui potentialiserait le réchauffement actuel[5].
À ce tableau apocalyptique bien connu de toutes les factions capitalistes dirigeantes – mais nié par les lobbies « climato-sceptiques » – est venu s’ajouter la grotesque scène de commedia dell’arte jouée par 300 ONG, toutes sponsorisées à des titres divers par les États capitalistes, même les plus pollueurs. Ceux-ci avaient appelé (dans la nuit du 22 au 23 novembre), les pays en développement (l’Inde et la Russie ?!?) ainsi que la Chine à quitter la conférence sur le climat à Bakou, si les « pays riches » n’augmentaient pas leur engagement financier. La Chine échappait à la catégorisation de « pays riche », monstrueusement enrichie par l’exploitation du prolétariat dans l’Empire du milieu et dans toute l’Asie, en voie de dépasser les USA, mais comme un vulgaire pays « en développement ».
La Chine, la plus grande émettrice de gaz à effet de serre, se voyait décerner la grande médaille de la vertu capitaliste, celle de l’irresponsabilité morale et… financière[6]. Hyper-riches ou puissances « prolétaires » voulant se faire leur « place au soleil » – pour reprendre cette antique galéjade de Benito Mussolini – trois grandes puissances (Chine, USA et Inde) dégagent la moitié du total des gaz à effet de serre[7].
Les dindons de la farce, mise en scène par les capitalistes privés et d’État ne pouvaient qu’assister impuissants à leur disparition programmée sous l’effet de la rapide montée des eaux : «Après la fin de la COP29, nous ne pourrons pas nous contenter de naviguer vers le coucher du soleil, car nous sommes littéralement en train de couler. Nous sommes littéralement en train de couler »[8].
À l’heure où une part grandissante d’États (tous capitalistes par la nature des échanges !) risque littéralement de couler, les migrations climatiques deviennent un phénomène de masse. En 2050, 216 millions de personnes pourraient migrer à l’intérieur de leur pays. L’Afrique subsaharienne enregistrerait jusqu’à 86 millions de migrants climatiques internes; l’Asie de l’Est et la zone Pacifique, 49 millions ; l’Asie du Sud, 40 millions ; l’Afrique du Nord, 19 millions ; l’Amérique latine, 17 millions ; et l’Europe de l’Est et l’Asie centrale, 5 millions[9]. Ces migrants qui sont vilipendés par tous les États et tous les partis et « parties » capitalistes, du plus petit au plus grand, n’ont rien d’autre à attendre que l’ouverture d’une chasse « fraîche et joyeuse » à leur égard, leur internement brutal dans des camps de concentration (Grèce, Rwanda, etc.), leur expulsion ou « mieux » leur conversion en chair à canon bien saignante comme dans la Russie de Poutine[10], et finalement qu’une mort lente programmée[11].
Des prolétaires qui meurent tous les jours dans les bagnes capitalistes qu’ils soient du « Nord », du « Sud » dit « global », de l’ « Est » et de l’ « Ouest » ? il ne pouvait en être question : un silence sépulcral a toujours régné. Déjà, lors de la COP28, à Dubaï, il s’avéra que les installations de la COP28 avaient été construites dans des conditions extrêmes par des ouvriers migrants dépourvus de tous droits. Ceux-ci avaient travaillé par plus de 40 ° C à l’ombre ! Et pour signifier que la vie humaine comptait peu pour les milliardaires du pétrole et du gaz, le maître boucher syrien Bachar Al-Assad (responsable en chef de 300.000 morts civiles) avait été cordialement invité par les Émirats arabes unis[12].
La responsabilité de tout le capitalisme, capitalisme d'état inclus...
La réponse revendiquée par tous les responsables réels des catastrophes climatiques est d’une désarmante et perverse simplicité : « c’est une Loi de la Nature; ce n’est pas ma faute »[13].
Pour les médias aux ordres, c’est le quidam qui ne fait pas un tri « citoyen » dans ses poubelles (quand il y en a…), jette ses bouteilles plastiques ou ses containers chimiques dans les points d’eau. Ou de façon dramatique, le paysan qui brûle ses mauvaises herbes sur son misérable lopin de terre faute de services élémentaires de nettoyage et d’hygiène, comme en Inde, à Dehli (30 millions d’habitants), sans remettre en cause la pollution exponentielle du capitalisme par le gasoil ou les usines chimiques,
Pour maints géographes et historiens, c’est la faute à la « géologie humaine », à l’Anthropocène, « nouvelle ère » géologique où les activités humaines sont irréversiblement inscrites dans l’histoire géologique et climatique. Pour les auteurs d’un néanmoins excellent livre sur l’« Événement anthropocène » (Christophe Bonneuil et Jean-Baptiste Fressoz), il s’agirait donc de se résigner, de rentrer chez soi et se coucher : « apprendre à y vivre », « apprendre à y survivre »[14].
Néanmoins, les auteurs de cet essai, plus conscients que le commun des « gauchistes », pris d’un remords lucide, mettent eux-mêmes en garde : « Il faut prendre garde à ce terme et ne pas laisser à la culpabilité collective de l’humanité la charge de ce changement environnemental alors que des acteurs politiques et économiques en sont responsables. L’Anthropocène est une affaire trop importante pour qu’elle soit laissée aux seuls scientifiques ».
Par contre d’autres auteurs, appartenant à une planète trotskyste-léniniste en voie d’extinction osent affirmer que tous les régimes dits staliniens ou « socialistes d’État anti-impérialistes », convertis aujourd’hui au capitalisme mixte (privé et d’État) relèvent d’un « stalinisme fossile » (sic) « non capitaliste ».
Le trotskyste suédois « écologiste radical » Andreas Malm, qui se prend modestement pour le « nouveau Lénine de la planète Terre »[15], mais aussi pour le prophète incompris des « luttes de libération nationale », fussent-elles mafieuses et terroristes[16], non seulement fait abstraction des structures capitalistes dans la Russie de Lénine à Poutine, mais aussi en Chine, Corée du Nord, Vietnam, etc., mais fait du capitalisme d’État LA « vertu suprême ». Contre la gauche communiste russe de l’époque[17], Lénine tenait le même discours que les actuels possédants du capitalisme étatisé, organisé dans de prétendus « partis communistes » :
« Le capitalisme d’État serait pour nous le salut (…). Notre devoir est de nous mettre à l’école du capitalisme d’État des Allemands, de nous appliquer de toutes nos forces à l’assimiler, de ne pas ménager les procédés dictatoriaux pour l’implanter en Russie encore plus vite que ne l’a fait Pierre le Grand pour les mœurs occidentales dans la vieille Russie barbare, sans reculer devant l’emploi de méthodes barbares contre la barbarie »[18].
Monsieur Andreas Malm et ses pairs trotsko-gauchistes non seulement se déclarent prêts à employer un riche arsenal de méthodes barbares pour faire triompher le capitalisme d’État le plus barbare, mais ils sont de fieffés menteurs. Ils font comme si la destruction de la planète avait pour seule cause le capitalisme libéral de type britannique et étatsunien. De destruction sans limite de la nature en URSS, de la disparition de la mer d’Aral au profit du capitalisme mafieux du coton, il ne saurait en être question pour ces amoureux du capitalisme d’État le plus barbare. Le bilan du capitalisme d’État demeure pourtant : destruction de la nature et des hommes[19]. C’est le même que celui du capitalisme dit « libéral ».
*
* *
Un couplet de l’Internationale, chanté par des générations entières de prolétaires, proclame : « Il n’est pas de sauveurs suprêmes, Ni Dieu, ni César, ni tribun, Producteurs sauvons-nous nous-mêmes ! Décrétons le salut commun ! »
Ce salut commun ne peut venir que des travailleurs eux-mêmes, affrontant le capital lui-même, dans tous les pays, sur tous les continents, qu’il soit privé et d’État, qu’elle que soit son étiquette. Jusqu’à leur prise du pouvoir complète à l’échelle mondiale, au terme de combats longs et incertains. Pour établir une vraie mise en commun des richesses d’une Terre qu’il s’agit de préserver jalousement pour éviter une destruction inévitable de l’humanité toute entière, sous le régime mortel du Capital, qui a ouvert une nouvelle ère : le thanatocène pour tous !
Pantopolis, 30 novembre 2024.
[1] L’opéra de Bertolt Brecht, mis en musique par Kurt Weil, créé en 1930 à Leipzig, Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny, est une critique virulente du capitalisme, où le crime absolu est de ne pas posséder d’argent. Mahagonny, ville perdue au milieu du désert, en Alabama, comme Bakou l’est au milieu des derricks d’une Caspienne en voie de désertification, est gouvernée par trois malfrats rivalisant d’imagination dans les débauches, les extorsions et les violences.
[2] Euronews : https://fr.euronews.com/2024/11/12/ilham-aliyev-critique-loccident-a-louverture-de-la-cop29 : « Le pétrole et le gaz sont un don de Dieu, tout comme le soleil, le vent et les minéraux », avant de concéder : « Mais au fond, dans le même temps, nous ne pouvons pas nier que les combustibles fossiles sont nocifs » (sic)…
[3] La nomination de Sultan Al-Jaber à la présidence de la COP28 n’a choqué que les naïfs. Ce « sultan » préside l’ADNOC, l’une des plus grosses compagnies pétrolières mondiales. Quelques jours avant la COP, « 28e saison », le magnat Al-Jaber, avait annoncé que l’ADNOC augmenterait sa production d’or noir pour passer de 3 millions de barils par jour en 2023 à 5 millions en 2027 ! Soit : + 70 % en 4 ans !
[4] https://www.futura-sciences.com/planete/definitions/rechauffement-climatique-sixieme-extinction-masse-16134/
[5] https://ecotoxicologie.fr/effets-rechauffement-climatiquel, voir aussi : https://www.goodplanet.org/fr/3-minutes-pour-comprendre-le-permafrost/#:~:text=Le%20permafrost%2C%20perg%C3%A9lisol%20en%20fran%C3%A7ais,en%20Russie%2C%20Canada%20et%20Alaska.
[6] https://news.un.org/fr/story/2024/11/1150846 : Onu Info, 24 novembre 2024.
[7] Matthieu Goar, « Climat : les émissions toujours trop élevées », Le Monde, 26 octobre 2024, p. 7.
[8] Onu Info, 24 nov. 2024, ibid.
[9] Rapport de la Banque mondiale, Groundswell, 13 sept. 2021 (https://www.banquemondiale.org/fr/news/press-release/2021/09/13/climate-change-could-force-216-million-people-to-migrate-within-their-own-countries-by-2050).
[10] Site Slate : www.slate.fr/monde/russie-armee-invisible-poutine-migrants-prisonniers-asie-centrale-guerre-ukraine-kirghizstan-tadjikistan
[11] L’Office international des migrations (OIM) déplorait (en 2022) 50.000 décès de migrants : https://www.iom.int/fr/news/loim-deplore-50-000-deces-de-migrants-recenses-travers-le-monde
[12] https://reporterre.net/La-COP28-en-quatre-polemiques
[13] Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses (1781) : « On s’ennuie de tout, mon Ange, c’est une Loi de la Nature; ce n’est pas ma faute » (lettre 141).
[14] Bonneuil & Fressoz, L’événement anthropocène, Éditions du seuil, Paris, 2023, p. 268.
[15] https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/04/21/andreas-malm-le-lenine-de-l-ecologie_6170422_3232.html : Le Monde, 21 avril 2023.
[17] La revue Kommunist Moscou, 1918 – Les Communistes de gauche contre le capitalisme d'état, collectif Smolny, Toulouse, 2011.
[18] Le soulignement en gras est de nous. Source : Lénine, « Sur l’infantilisme de gauche et les idées petites-bourgeoises » (sic), mai 1918, in Oeuvres, tome 27, février-juillet 1918, Éditions sociales, Paris, 1961.
[19] Paul Josephson, Nikolai Dronin, Ruben Mnatsakanian et alii, An Environmental History of Russia, Cambridge University Press, 2013.
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